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Les "Tesla lovers" doivent-ils imiter Elon Musk?

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Quand Elon Musk, le fondateur de Tesla, utilise un sondage sur Twitter afin de vendre des actions, l'investisseur qui a fait confiance au célèbre fabricant de véhicules électriques doit forcément se poser des questions.

De manière générale, je me méfie toujours des politiciens qui parlent de la bourse et des marchés financiers. Parce que le plus souvent, ils n’y connaissent absolument rien. Mais cette fois, je suis (presque) entièrement d’accord avec l’un d’entre eux: le sénateur américain Ron Wyden qui s’exprimait à propos de la vente d’actions Tesla par son fondateur Elon Musk afin de payer des impôts. "Que l'homme le plus riche du monde paie des impôts ne devrait pas dépendre des résultats d'un sondage sur Twitter", a indiqué celui qui préside la commission sénatoriale des Finances. Wyden a raison, ce sondage organisé par Musk était particulièrement dérangeant, voire indécent.

Ce sénateur démocrate avait mis le feu aux poudres en proposant un plan visant à taxer les plus-values boursières "latentes". L’idée de taxer les plus-values latentes, c’est-à-dire des plus-values qui sont non réalisées, apparaît tout aussi iconoclaste que certaines déclarations de Musk. Mais c’est le seul moyen imaginé par Wyden pour capter une part de l’augmentation de la richesse liée à la hausse des cours boursiers dans le chef d’un Elon Musk ou d'un Jeff Bezos, une richesse qui reste non-taxée s’ils détiennent indéfiniment leurs actions. Ce plan fiscal, qui a été finalement recalé, ne visait que les contribuables ayant plus de 100 millions de dollars de revenus annuels ou plus de 1 milliard de dollars d'actifs sur trois années consécutives, soit 700 super-riches.

Peut-être Musk s'est-il rendu compte que le cours de l'action était cette fois vraiment beaucoup trop élevé compte tenu des éléments fondamentaux.

L’offensive de Wyden avait été immédiatement critiquée par Elon Musk. Ce dernier, dont la fortune est évaluée à quelque 300 milliards de dollars, avait indiqué sur Twitter que cette taxation des super-riches ne résoudrait certainement pas tous les problèmes américains. Il avait en outre laissé entendre qu’elle pourrait être élargie un jour à la classe moyenne, histoire sans doute de rallier ses suiveurs à sa cause.

Le week-end dernier, toujours sur Twitter, Musk a poussé la polémique un cran plus loin, en demandant à ses 63 millions d'abonnés s'il devait vendre 10% de ses parts dans Tesla, histoire en quelque sorte de payer des impôts. "Je n'ai que des actions, la seule façon pour moi de payer des impôts personnellement est donc de vendre des actions."

Ils sont 3,5 millions à avoir voté, et le "oui" l’a emporté à 57,9%. Qui étaient ceux qui ont répondu positivement? Des actionnaires de Tesla? Des partisans d’une plus grande justice fiscale? Personne ne le sait. En tout cas, Musk a affirmé qu’il tiendrait compte du verdict. Et le marché y a cru puisque l’action a chuté de 5% lundi dernier et même dégringolé de 12% mardi. En écoulant 10% de ses parts, Musk pourrait vendre pour environ 18 milliards de dollars au total.

Selon les documents déposés auprès du régulateur américain des marchés, la Securities and Exchange Commission (SEC), Musk a vendu cette semaine pour 5,7 milliards de dollars. La question est de savoir s'il va poursuivre ses ventes.

Simple subterfuge?

Pour certains analystes, le sondage sur Twitter n'était en fait qu'une simple diversion, étant donné que le patron de Tesla allait de toute manière devoir payer des impôts liés à l'exercice d’options. D’autres ajoutent que Musk a peut-être voulu devancer une éventuelle hausse de la taxe sur les plus-values boursières de 23,8% à 31,8% en 2022. Par ailleurs, les documents déposés à la SEC montrent que certaines ventes avaient été planifiées par Musk dès la mi-septembre, soit bien avant le sondage sur Twitter.

Ce ne serait pas la première fois que le fondateur de Tesla "manipulerait" ainsi le marché au grand dam de la SEC qui l’a d’ailleurs déjà sanctionné par le passé. En mai 2020, Musk avait tweeté que le cours de l’action Tesla était trop élevé. Il s’était fait épingler par le régulateur alors qu'à l’époque, le cours de l'action avoisinait les 160 dollars. Aujourd’hui, le cours se situe à plus de 1.000 dollars après avoir poussé récemment une pointe à 1.200 dollars. Peut-être Musk s'est-il rendu compte que le cours de l'action était cette fois "vraiment beaucoup trop élevé" compte tenu des éléments fondamentaux et qu'il était temps de vendre une partie de ses titres, quitte à utiliser un subterfuge. Si c'est le cas, les "Tesla lovers", les inconditionnels de la marque et de l'action, devraient sans doute l'imiter et prendre une partie de leurs profits. Si ce n'est déjà pas trop tard...

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