chronique

Mais oui, nous avons des champions européens!

En tant qu'Européens, nous affichons trop de complexes vis-à-vis des valeurs technologiques américaines. Après tout, il n'y a pas que les Gafa dans la vie...

Et si Jacques Attali avait raison… La semaine dernière, il confiait que plutôt que de vouloir taxer à tout prix les Gafa américains, le plus urgent est de se donner les moyens d'avoir des Gafa européens. Et le penseur français d’ajouter que l’Europe n’est pas dépourvue d’atouts. La moitié des brevets de la 5G sont européens (avec Ericsson et Nokia, même si ce dernier a toujours quelques problèmes...) et l’Europe dispose d’entreprises qui ont un potentiel considérable : Spotify, SAP, Capgemini... Mais, ajoutait Attali, nous avons aussi besoin d’une vraie politique industrielle européenne. Bonne nouvelle de ce côté. La Commission européenne a dévoilé mercredi son plan pour faire décoller l’hydrogène sur le continent avec l'aide de plusieurs sociétés. Un plan qui fait suite à celui présenté à la fin 2019 visant à créer un géant européen des batteries électriques. Et si un vent nouveau soufflait sur l’Europe… 

Au même moment, plusieurs grandes firmes d’investissement semblent redécouvrir les attraits européens sur les marchés boursiers. D'un point de vue sanitaire, l'Europe est moins touchée que les États-Unis par le coronavirus. Sur le plan économique, la Commission a concocté un plan de relance ambitieux financé pour partie par des obligations communes, une petite révolution dans le ciel européen. Encore faudra-t-il surveiller étroitement le déroulement du sommet européen de ces 17 et 18 juillet. Enfin, les marchés européens sont généralement moins chers que les marchés américains, en particulier le Nasdaq.

Les champions européens, c'est un peu de technologie, surtout des pharmas mais aussi de l’alimentation et du luxe.

Alors, c’est vrai, l’Europe n’a pas l’équivalent des stars technologiques que sont les Gafa ou les Faang (Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Google). Ou même les Faamg, où Microsoft remplace Netflix. Mais nous avons les " Granolas ". Non, ne riez pas. Quoique... C’est comme si des analystes de Goldman Sachs avaient joué au scrabble, en tentant désespérément de trouver un acronyme pour réunir des noms aussi divers que GlaxoSmithKline, Roche, ASML, Nestlé, Novartis, Novo Nordisk, L’Oreal, LVMH, Astrazeneca, SAP, Sanofi. Bref, un cocktail de sociétés, avec un peu de technologie quand même, de la santé surtout, mais aussi de l’alimentation et du luxe.

Gagnants mondiaux

Nos champions européens ont changé au fil des ans. Au début 2000, les dix plus grands noms en Europe étaient des sociétés télécoms et des pétrolières, à l’exception d’une banque (HSBC). Dix plus tard, après la Grande crise financière, un groupe constitué de pétrolières, de banques et de télécoms dominaient toujours le paysage. Mais ces valeurs ont désormais été surpassées par des valeurs plus stables en matière de croissance: Nestlé et le trio des pharmas, Novartis, Roche et GSK.

Quels éléments réunissent ces Granolas? Ces sociétés cotées possèdent en général un bilan solide, une croissance relativement stable et un bon rendement du dividende. Mais attention, car ces Granolas, très recherchés sur les marchés, affichent désormais la même valorisation que l'indice S&P 500.

Dans une récente étude, Goldman Sachs souligne qu'à l'avenir, les gains sur les marchés d'actions ne proviendront plus tellement de la baisse des taux d'intérêt puisque nous sommes déjà arrivés à un plancher en la matière. Il faudra surtout dénicher des valeurs qui afficheront une bonne croissance structurelle. Dans ce contexte, la firme anglo-saxonne propose 50  gagnants mondiaux, des "World Winners". Petite déception: 44% sont des valeurs américaines et 22% seulement européennes. Il y a encore du chemin à parcourir...

Ces champions européens, selon Goldman Sachs, sont Roche, LVMH, Novartis, SAP, Novo Nordisk, ASML Holding, Prosus, Dassault Systèmes, Pernod Ricard, Ferrari et Adyen . Cette dernière est une fintech néerlandaise spécialisée dans les paiements qui est entrée en Bourse d'Amsterdam en 2018. Introduite à 240 euros, elle en vaut aujourd'hui quelque 1.400 euros. Adyen vient par ailleurs de profiter récemment des déboires de sa concurrente allemande Wirecard.

À vous maintenant de former un acronyme avec ces 11 noms européens...

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