chronique

Mais que font donc nos chers économistes?

Depuis la crise, les économistes sont regardés avec méfiance. En France, des membres de la profession, dont Jean Tirole et Olivier Blanchard, veulent faciliter le dialogue avec le grand public et le monde politique.

Les avocats, les médecins, les notaires… Autant de professions définies par leur diplôme et leur appartenance à un ordre. Rien de tel pour les économistes: la profession est libre d’accès, si bien que quiconque peut se présenter comme économiste sans posséder aucun diplôme d’économie. L’offre d’expertise dans le domaine est donc pléthorique et de qualité inégale. Et surtout, les économistes sont rarement d’accord entre eux, ce qui ne manque pas de plonger le grand public dans la perplexité la plus totale. "Mettez dix économistes l’un à côté de l’autre, et vous aurez… onze avis différents", ironisait d’ailleurs un humoriste anglo-saxon. Sans oublier qu’ils sont (très) rares, ceux qui ont réussi à prévoir la grande crise financière.

Mettez dix économistes l’un à côté de l’autre, et vous aurez… onze avis différents.

Le constat est dur. Mais c’est pourtant celui qui est dressé (sans la blague anglo-saxonne, rassurez-vous) par deux économistes français de poids, Jean Tirole et Olivier Blanchard. Ils s’expriment dans une note récente du Conseil d’analyse économique (CAE), rédigée avec l’économiste Agnès Bénassy-Quéré. Ce CAE est chargé de réaliser, en totale indépendance, des analyses économiques pour le gouvernement français.

Il n’est guère étonnant de voir côte à côte les signatures du prix Nobel d’économie 2014 et de l’ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), aujourd’hui au Peterson Institute. Les deux hommes ont déjà publié des recherches communes. Ils ont notamment proposé – une idée très intéressante – que le marché du travail fonctionne avec un système de bonus-malus, c’est-à-dire que les entreprises qui licencient le moins soient récompensées et celles qui licencient le plus soient pénalisées. On pourrait ainsi baisser les charges sociales pour les sociétés qui ne licencient pas et les augmenter pour celles qui licencient. Raisonnement suivi: il faut donner de la flexibilité aux entreprises, mais en même temps, les responsabiliser.

Médecin plutôt que météorologue

Le livre "Economie du bien commun" de Jean Tirole (qui sera bientôt publié en anglais) évoquait déjà en long et en large le rôle des économistes. Pour le président de la Toulouse School of Economics, un économiste s’apparente davantage à un médecin qu’à un météorologue qui livre des prévisions pour les jours à venir. "Un médecin sera toujours plus à l’aise dans l’identification des facteurs de maladie que dans la prévision et l’estimation du moment de leur déclenchement".

Pour Tirole, il est surtout nécessaire que les économistes fassent mieux passer leurs idées. Car il y a certaines vérités économiques qui doivent pouvoir être affirmées afin de chasser le populisme et les raisonnements trop faciles, dit-il. Dans ce cadre, les médias ont un rôle à jouer. Les journalistes, "qui sont souvent des généralistes sans formation économique" (sic), sont tentés de se référer à quelques économistes bien en vue, des "bons clients", qui ne refuseront pas de leur répondre sur une large gamme de sujets, même sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas entièrement. Il est aussi tentant pour les médias de mettre en scène les divergences entre économistes. Tel économiste sera prié de livrer un point de vue "keynésien", tel autre une version "libérale". Et finalement, le lecteur sera incapable de se faire une opinion.

Dans la note publiée par le CAE, une des recommandations est de mettre en place un panel d’experts économiques interrogés chaque mois sur une question pratique d’économie ou de politique économique. Histoire de bien clarifier les choses.

Il s’agirait aussi de recourir systématiquement à des équipes d’enseignants-chercheurs en économie pour évaluer l’efficacité des politiques publiques. Dans le même temps, il conviendrait de faciliter les allers-retours entre le monde académique et celui de la décision publique.

Enfin, les experts économiques pourraient faire part de leur savoir aux journalistes lors de sessions spéciales d’information. Et de manière symétrique, les journalistes pourraient aider ces mêmes experts-chercheurs à mieux communiquer sur des sujets ardus. De quoi améliorer un débat économique qui en a bien besoin. En France comme en Belgique.

La figure: Stanley Fischer

Officiellement, ce départ anticipé est lié à des "raisons personnelles". Mais, voici quelques semaines, dans un entretien au Financial Times, Stanley Fischer s’était opposé à la "pensée trumpienne", indiquant qu’il était dangereux de vouloir revenir, après 10 ans de crise, à la situation qui prévalait avant la grande crise financière. Comme si finalement, rien ne s’était passé. Il critiquait les tentatives d’abandonner les réformes consécutives à la crise et dénonçait les plaidoyers pour alléger la réglementation concernant les tests de résistance des grandes banques.

Stanley Fischer, c’est une sorte de "sage", de mémoire de l’histoire monétaire du haut de ses 73 printemps. "C’est la fin d’une époque" a jugé l’économiste Lawrence Summers, en commentant son départ.

Cet Américano-Israélien a notamment été chef économiste de la Banque mondiale, a travaillé au Fonds monétaire international et chez Citigroup et a même occupé le poste de gouverneur de la Banque d’Israël.

Le fameux bouquin "Macroéconomie", le "Dornbusch-Fischer" comme l’appelaient les étudiants en économie, c’est aussi lui. Il a également publié un ouvrage de référence avec l’économiste Olivier Blanchard. à une époque, certains l’ont même qualifié de "rock star" de l’économie!

En 2011, il s’était porté candidat à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI. Mais sa candidature avait été rejetée: Fischer était alors âgé de 67 ans alors que le FMI place la limite à 65 ans.

Avec son départ, on estime que le président Donald Trump a désormais les coudées franches pour choisir un nouveau duo à la tête de la Réserve fédérale, dans l’hypothèse probable d’une non-reconduction du mandat de Janet Yellen à la présidence.

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