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Ne pas décevoir les nouveaux investisseurs

Chroniqueur, newsmanager

Espérons que la bourse ne décevra pas les nouveaux investisseurs, dont les 18-35 ans. Ces derniers doivent toutefois se rendre compte que le marché boursier n'est pas un casino ou une alternative aux paris sportifs.

Ils ont moins de 35 ans et ont effectué leurs premiers pas sur les marchés boursiers à l’occasion du confinement. C’est une excellente nouvelle de voir la jeune génération, celle des 18-35 ans, s’intéresser au monde de l’investissement. Car la Belgique manque toujours cruellement d’une vraie culture boursière. À la fin 2019, les ménages belges détenaient 70 milliards d’euros en actions cotées en bourse. On est encore bien loin des 275 milliards parqués sur les carnets de dépôt.

Selon les chiffres de la Banque nationale, les particuliers belges ont acheté environ 3,5 milliards d'euros d'actions cotées au premier trimestre. C'est le montant le plus élevé jamais répertorié par la BNB. Visiblement, les Belges ont estimé que la chute des marchés boursiers, jusqu’à -40% pour l'indice Bel 20, était exagérée.  

Si l’on en croit l’Autorité des services et marchés financiers (FSMA), les 18-35 ans ont multiplié par dix leurs achats boursiers durant certaines semaines de mars lorsque les indices ont atteint leur niveau le plus bas. Depuis lors, le marché belge a repris plus de 40%. Un rebond spectaculaire qui n’empêche pas le Bel 20 de terminer ce premier semestre un peu fou en repli de 15%.

Ces nouveaux investisseurs, il faudra les convaincre de rester sur les marchés. Même quand la météo boursière sera plus capricieuse.

Ces nouveaux investisseurs, il faudra les convaincre de rester sur les marchés. Même quand la météo boursière sera plus capricieuse.

Certains ont découvert la bourse parce qu’ils étaient confinés chez eux avec peut-être pas mal de temps à tuer. En l’absence de paris sur le football ou sur un autre sport, certains ont tout simplement décidé de se lancer en bourse via les courtiers en ligne. Mais attention, la bourse n’est pas un casino.

Tragédie

Aux États-Unis, les nouveaux investisseurs ont afflué ces derniers mois sur la plateforme de transactions Robinhood où les frais de courtage sont nuls (ou presque). Certains se sont improvisés "day trader". Parfois avec bonheur. Mais parfois, cela a tourné à la tragédie. Comme avec ce jeune de 20 ans, Axel Kearns, qui pensait avoir perdu plus de 700.000 dollars en spéculant sur  des options. Le jeune homme s’est suicidé. Il avait mal interprété le message affiché par la plateforme Robinhood… Trop de jeunes confondent la bourse avec des jeux vidéo. Méfiance.

Ces jeunes doivent surtout se rendre compte que le marché réagit parfois  de manière excessive. Vers le haut comme vers le bas. Frank Vranken, le "chief strategist" de Puilaetco, confiait récemment que beaucoup de professionnels ont automatisé leurs investissements à l’aide d’algorithmes sophistiqués. Ce qu'ils scrutent, c'est la volatilité. Quand cette volatilité chute, les premiers acheteurs sur les marchés sont des machines qui sont programmées à cet effet. Puis, interviennent les "hedge funds" qui jouent sur des contrats d’options et futures. Et ensuite, ce sont les petits investisseurs qui sont entraînés dans la danse, alléchés par les perspectives de gains. Avec le danger de basculer dans une sorte d’euphorie qui, l'histoire l'a montré, se termine souvent très mal.  

Ces dernières semaines, la ferveur boursière s’est un peu calmée. Et la société Hyloris Pharmaceuticals en a fait les frais lors de sa première séance de cotation. Par rapport au prix d'introduction de 10,75 euros, l'action a accusé un repli de 3,35% à 10,39 euros. Vendredi, elle s’échangeait aux alentours de 10,50 euros. C'est évidemment regrettable pour l'investisseur. Mais d'un autre côté, cela montre que l'euphorie est absente du marché, ce qui est plutôt rassurant. Stijn Van Rompay, le CEO, a d'ailleurs raison de ne pas trop se focaliser sur les variations journalières du cours. Ce qui compte, c'est le business sur le plus long terme.  C'est là que les investisseurs, nouveaux comme anciens, attendent la société au tournant.

Dans l'immédiat, sur les marchés financiers, ce sont les résultats du deuxième trimestre des entreprises européennes et américaines qui vont retenir l'attention. Certains analystes nous prédisent déjà une bonne dose de volatilité. Ce sera un premier test important pour tous ces nouveaux investisseurs. Ah oui, pour les vrais "joueurs", les paris sportifs ont repris...

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