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Ne répétons pas les erreurs des années 70

Chroniqueur, newsmanager

C'en est terminé de comparer cette crise avec celles de 2008 ou de 1929. Nous serions revenus dans les années 70. Avec toutes les conséquences négatives que cela implique.

Un petit parfum du début des années 1970, les fameuses "seventies", avec "Let It Be" des Beatles (l’album fête ses 50 bougies ce mois-ci) ou encore "Stairway To Heaven" de Led Zeppelin... Mais davantage que de musique, les économistes sont sensibles à certains parallèles entre la situation d’alors et celle d’aujourd’hui. Bigre! Nous serions même de retour dans les années 70. Des années marquées par des remous importants sur les marchés financiers et par un choc d’offre d’une énorme ampleur avec la crise pétrolière de 1973. À l’époque, l’embargo pétrolier de l’Opep avait provoqué un quadruplement des cours du brut (à plus de 10 dollars le baril). Et en l’espace d’un peu moins de deux ans, de janvier 1973 à octobre 1974, la bourse américaine avait chuté de 48%, une des plus importantes crises de son histoire. Mais les remous avaient commencé bien plus tôt qu'en 1973. Le 15 août 1971, le président américain Nixon avait annoncé l’inconvertibilité du dollar en or. Un véritable choc sur la planète financière. 

Stagflation

La similitude avec les années 70 a d’abord été pointée par l’économiste américain Ken Rogoff. Selon lui, le Covid-19 entraîne à la fois un choc de l’offre et de la demande. Il faut remonter au choc de l’offre pétrolière des années 1970 pour observer un impact aussi conséquent. Un tel ralentissement du côté de l’offre peut entraîner des pénuries généralisées, un phénomène que certains pays n’ont plus connu depuis les files aux stations à essence dans les années 1970. De quoi pousser l’inflation à la hausse. Ce serait alors le retour à la fameuse "stagflation", ce subtil mélange de stagnation économique et de hausse de l’inflation. 

Aujourd'hui, le pétrole ne semble pas constituer une menace immédiate en termes d’inflation. Il a même enregistré un krach retentissant récemment (même s’il vient de reprendre 50% en quelques semaines). Ce qui inquiète plutôt certains économistes, c’est le déversement de liquidités opéré par les banques centrales. C’est le cas de Steen Jakobsen, le directeur des investissements chez Saxo Bank, bien connu pour ses prévisions choc lors de chaque début d’année. Selon lui, ces injections de liquidités devraient engendrer une inflation incontrôlable au cours des deux prochaines années.

On doit redouter aujourd'hui le soutien à des secteurs sans réel avenir et le manque d'aide aux vrais entrepreneurs, ceux qui prennent des risques.

En réalité, dit-il, c’est comme si le monde n’avait rien appris en l'espace d'un demi-siècle. Le premier "Jour de la Terre" s’est déroulé en 1970 et la question de l’environnement est devenue encore plus cruciale aujourd'hui. À ses yeux, ce que nous verrons dans les dix prochaines années ressemblera beaucoup à ce que nous avons vécu dans ces années 1970. Cela se traduira par un rôle plus important dévolu aux États, avec des participations de plus en plus grandes dans des entreprises qui permettront à ces États de contrôler les activités et d'orienter les décisions des conseils d'administration. Avec aussi dans la foulée une érosion de la rentabilité des entreprises et des taux d'imposition nettement plus élevés pour les firmes technologiques. La TVA augmentera aussi, tout comme les droits de succession et les impôts sur l'immobilier.

Fidèle à sa réputation, Steen Jakobsen force parfois le trait. Quoi qu'il en dise, les interventions des banques centrales sont nécessaires pour éviter une dépression économique totale. Mais là où il a parfaitement raison, c'est en pointant les dérives potentielles comme le soutien à des secteurs et des entreprises sans réel avenir. On y ajoutera le danger de grands travaux publics inutiles et surtout le manque d'aide aux vrais entrepreneurs, ceux qui osent prendre des risques. Ne répétons pas les erreurs du passé, ne conservons que le meilleur des années 70 comme ce "Let It Be" chanté par Paul McCartney. 

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