Neuf années de marchés haussiers, et après?

©Bloomberg

La semaine de Marc Lambrechts | La hausse des marchés boursiers a débuté le 9 mars 2009. Les plus optimistes veulent oublier la petite correction survenue au début du mois de février. D’autres soulignent que la bulle est toujours d’actualité.

Lundi 9 mars 2009 – vendredi 9 mars 2018, soit neuf années de marché haussier. Certains rêvent déjà d’un beau gâteau pour les 10 ans… Wall Street fait en tout cas largement la course en tête devant l’Europe. Depuis le niveau le plus bas touché le 9 mars 2009, dans le sillage direct de la grande crise financière de 2008, l’indice Dow Jones a grimpé de 280%. Par comparaison, sur la même période, l’indice Bel 20 de la Bourse de Bruxelles a pris 160%. La crise de la dette européenne en 2010-2011 a contrecarré les élans sur le Vieux Continent.

Neuf années de hausse boursière, sans aucune correction de 20% (soit la définition d’un marché baissier), ce n’est pas encore un record. Le plus long "bull market" de l’histoire de Wall Street reste celui qui s’étend d’octobre 1990 à mars 2000, soit 9 ans et demi de hausse. Reste à voir si la petite secousse de début février, avec une correction de quelque 10% à Wall Street, n’est pas annonciatrice de quelque chose de plus vaste.

Neuf ans de hausse boursière, sans aucune correction de 20%, ce n’est pas encore un record.
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Mais que constate-t-on aujourd’hui? Les Bourses américaines sont de retour dans le vert depuis le début de l’année. Elles seront les premières à effacer leurs pertes de début février. C’est le cas du Nasdaq, emmené par Amazon, qui a bondi de 30% depuis le début de l’année!

Dans le même temps – on commence à en avoir l’habitude –, l’Europe demeure quelque peu en retrait. Les indicateurs économiques semblent un peu s’essoufler depuis un mois, l’euro fort pèse sur la tendance et l’Italie n’a pas vraiment rassuré après les récentes élections. De quoi tempérer les ardeurs.

Globalement, chez Merrill Lynch, on est toutefois d’avis que la croissance économique et les bénéfices robustes permettront de dégager de bons returns boursiers cette année. Mais la récente volatilité est un signe des temps à venir. Les marchés ne monteront plus en ligne droite, 2017 était une année d’exception.

Après la récente correction de février, les ratios cours/bénéfices avaient effectué un pas en arrière. Le ratio du Nobel d’économie Robert Shiller était ainsi revenu sous son niveau du grand krach boursier de 1929. Mais, c’est déjà terminé, il vient de le franchir à nouveau. Alors, retour dans une situation de bulle spéculative?

Une bulle "cynique"?

Dans une étude, James Montier, stratège à la firme GMO, décrit une intéressante taxinomie des bulles boursières. Pour cet auteur de plusieurs livres sur la finance comportementale, le premier type de bulle est la bulle de folie ("mania"). Dans ce type de bulles, les gens croient réellement que "cette fois, c’est différent", qu’une nouvelle ère a débuté. Il existe plusieurs exemples illustres: la bulle des TMT (technologie, médias et télécoms) dans les années 90, la bulle japonaise, la bulle de l’immobilier américain…

Le deuxième type est la bulle intrinsèque. Ici, ce sont les éléments fondamentaux qui sont la cause de la bulle. Les bénéfices explosent à un rythme insoutenable, ce qui donne lieu à des extrapolations toujours plus optimistes. Les valeurs financières pendant la bulle immobilière US constituent un bon exemple d’une telle bulle.

Le troisième type de bulle est la "bulle cynique" où celui qui acquiert un actif ne pense pas réellement qu’il l’achète à un prix raisonnable, mais il espère le revendre à quelqu’un d’autre à un prix plus élevé encore, avant que la bulle n’éclate.

La plupart des gestionnaires de fonds sont d’accord pour dire que le marché américain reste cher, mais ils n’en choisissent pas moins de détenir des actions.
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Montier suggère que cette bulle cynique est celle que nous connaissons pour le moment. La plupart des gestionnaires de fonds sont d’accord pour dire que le marché américain reste cher, mais ils n’en choisissent pas moins de détenir des actions.

Cette bulle, selon Montier, est basée sur la confiance dans la capacité à sortir du marché avant les autres. Mais c’est impossible, assure-t-il. C’est un peu comme dans un stade lorsque l’ensemble du public désire sortir en même temps et dans l’urgence. Cela ne peut que créer des dégâts.

Montier préfère donc quitter la fête avant l’heure. Quitte à rater le gâteau des dix ans du marché haussier...

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