Parier sur ou contre la volatilité? Échec garanti

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Les stratégies d’investissement basées sur la volatilité n’ont pas porté leurs fruits jusqu’à présent. En cause, une variation trop brusque de la volatilité, dans une période d’"inconnues inconnues".

La volatilité sur les marchés cette année est repartie après une longue période calme. Elle s’est avérée une véritable épreuve pour les investisseurs, en particulier pour ceux qui ont misé leur stratégie dessus. Le Wall Street Journal relève que la grande majorité des hedge funds (fonds spéculatifs) qui pariaient sur une hausse ou une baisse de la volatilité n’ont pas profité de cette stratégie.

Le premier test pour ces fonds fut le 8 février dernier, lorsque l’indice VIX, qui mesure la volatilité des options sur le S&P500, a enregistré sa plus forte hausse historique. L’année précédente, l’indice avait touché son plus bas niveau historique, et les investisseurs s’étaient habitués à cette faible volatilité sur les marchés.

"Des niveaux extrêmement élevés de volatilité ne sont pas bons pour le fonctionnement des marchés."
Zubin Ramadarshan
responsable des produits dérivés chez Eurex

Le 8 février, les fonds qui paraient sur une hausse de la volatilité après des années de repli n’ont pourtant pas profité de cette soudaine évolution. Mais ils s’en tirent mieux que ceux qui avaient parié sur une baisse de la volatilité. Les produits à effet de levier sur cette stratégie ont entraîné des pertes importantes chez les investisseurs. Crédit Suisse et Nomura ont dû fermer leurs fonds qui suivaient cette stratégie, à cause de la chute de leur valeur. 36 South Capital Advisors, une firme basée à Londres dont les fonds sont destinés à surperformer en cas de mouvements extrêmes des marchés et de la volatilité, n’a gagné que 0,5% au mois de février avec son fonds Kohinoor Core, après avoir enregistré une perte de 26,1% en 2017. La performance du fonds est de -2,6% depuis janvier. Le fonds Amundi Absolute Volatility Europe Equities affiche un recul de 1,2% depuis le début de l’année, selon les données de Morningstar, après un recul de 16,9% en 2017. Le fonds, pariant sur la volatilité à long terme à travers des options, n’a pas su capturer la performance de février du VIX.

Effrayant à moyen terme

La principale difficulté pour ces stratégies repose sur une quête rêvée par tous ceux qui investissent sur les marchés: pouvoir investir au bon moment. Mais tous ceux qui investissent sur les marchés, que ce soit en actions, en dérivés ou même en monnaie virtuelle, le savent: il est extrêmement difficile de tomber au bon moment sur les marchés. Avec les options, cette difficulté s’applique. Ces titres s’avèrent payants si le marché évolue dans la bonne direction, mais peuvent expirer sans valeur.

Des fonds sont toutefois parvenus à capturer la performance du VIX au mois de février. Le LongTail Alpha Fund a pris 30% sur la période. Mais c’est une exception.

Un autre problème se pose aussi avec les variations extrêmes de la volatilité. Zubin Ramdarshan, responsable des produits dérivés chez Eurex, souligne que "des niveaux extrêmement élevés de volatilité ne sont pas bons pour le fonctionnement des marchés". "Des hauts niveaux de volatilité amènent seulement à des hauts volumes de transactions sur le court terme. Mais à moyen terme, cela effraie les traders, qui ferment leurs positions", constate-t-il. Autrement dit, la liquidité s’assèche sur les marchés après un épisode de forte volatilité, une situation que les investisseurs n’affectionnent pas.

Trump amplificateur

Le 8 février, les investisseurs s’étaient fait peur avec les données sur la progression du salaire horaire aux Etats-Unis, qui laissaient présager une hausse de taux d’intérêt plus agressive de la part de la Fed. La hausse des salaires horaires outre-Atlantique résulte de la politique de Donald Trump. Le président américain, depuis son élection en novembre, a provoqué de nombreux épisodes de volatilité sur les marchés, les investisseurs ne sachant pas ce qu’il veut. Beaucoup d’"inconnues inconnues" l’entourent, en effet. Ce terme est de l’ancien secrétaire d’État Donald Rumsfeld, et désigne ces choses qu’on ne sait pas et dont on ignore si elles peuvent arriver.

Donald Trump à lui seul amplifie un phénomène apparu avec le réseau social Twitter: un impact soudain et bref sur les marchés. À chaque tweet, le président américain provoque une tempête sur les marchés. Ses tweets sur la Corée du Nord, les droits de douane, Amazon,… surgissent de manière imprévisible, et provoquent la peur.

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