chronique

Premières leçons d'un krach boursier

Les banques centrales, comme la Fed et la BCE, ont dû s'y reprendre à plusieurs reprises avant de satisfaire, tant bien que mal, des marchés totalement désorientés.

La crise des "subprimes" de 2008 était venue des Etats-Unis, la crise de la dette en 2010-2012 s’est concentrée sur l’Europe et la crise de 2020 nous est arrivée de Chine sous la forme d’un virus. C’est peut-être cela la mondialisation des crises.

Lundi dernier, à Wall Street, on se croyait brusquement revenu le 19 octobre 1987, au plus fort du krach boursier, qui avait vu le Dow Jones chuter de 22,6%.

Lors de la séance du 16 mars 2020, le Dow Jones a perdu près de 3.000 points, soit 12,9%, la plus forte chute depuis celle du fameux "Black Monday" de 1987. En quelques semaines, la Bourse américaine a ainsi perdu 30% de sa valeur.

Et comme en 1987, on a accusé lundi les programmes informatiques d’avoir accéléré la chute. Sauf qu’en 2020, la sophistication est plus grande et que l’on parle de "trading algorithmique", de trading à haute fréquence, de techniques jouant sur la volatilité...

Face à une telle crise, la partie n'est pas simple pour les banques centrales.

D’aucuns ont pensé aussi au fameux "moment Minsky", le moment décrit par l’économiste américain du même nom, lorsque tous les acteurs veulent sortir du marché boursier au même moment, une  période de détresse où de nombreux investisseurs veulent se reconstituer du cash à tout prix.

Ou alors au mathématicien Benoît Mandelbrot, celui qui a inspiré le "cygne noir" à Nassim Taleb. Mandelbrot s’était intéressé au krach financier de 1987. La probabilité d’une chute du Dow Jones de plus de 22% était d’une chance sur dix exposant 50, soit quasi inexistante! Leçon: ne jamais croire que cela ne peut jamais arriver (même si ce krach de 1987 a été rapidement digéré et surmonté).  

Heureusement, aujourd'hui, les coupe-circuits en vigueur permettent de contenir les pertes. À 20% de baisse pour l’indice Standard and Poor’s, on ferme les portes de la Bourse de New York et tout le monde rentre chez soi. Cela ne s'est pas encore produit. Jusqu’ici, les coupe-circuits ont été déclenchés plusieurs fois au premier seuil de 7% de baisse, entraînant un arrêt des transactions pendant 15 minutes.

 

Dans cette crise sanitaire et économique, la partie n'est pas simple pour les banques centrales. Un peu hâtivement, certains avaient déduit de l'histoire passée que les banquiers centraux, "héros des temps modernes", étaient désormais en mesure de résoudre toutes les crises. Ici, on a vu que la Federal Reserve américaine et la Banque centrale européenne ont dû s'y reprendre à deux fois au moins, ajoutant à chaque fois quelques couches de milliards de dollars et d'euros, avant de trouver grâce au yeux des marchés. Cela démontre bien l'intensité de cette crise.   

L'exemple de la grippe de 1918-19      

Cette semaine, certains se sont même plongés dans les archives relatives à la "grippe espagnole" de 1918-19, la pandémie la plus dévastatrice de l’histoire moderne. Dans le Wall Street Journal, un expert rappelait ainsi que le Dow Jones avait perdu 40% de sa valeur entre janvier 1917 et janvier 1919 et avait poursuivi son déclin jusqu’en décembre 1920. Mais les marchés sont ensuite repartis de l’avant et ont grimpé pendant quasiment une décennie, jusqu'au krach de 1929.

Durant une période de détresse comme aujourd'hui, les intervenants en viennent presque à oublier certains indicateurs pourtant très appréciés en période plus calme. Ainsi en est-il de l'indicateur "Bull & Bear" de la Bank of America qui est tombé à 1,7, en zone de "baisse extrême", qui correspond à un signal d'achat en bourse. Comment ne pas parler de signal d'achat alors qu'à titre d'exemple, le Bel 20 a perdu quelque 40% entre ses plus hauts et ses plus bas de l'année? D'où sans doute cette reprise en fin de semaine.

Mais pour qu'une hausse durable se dessine sur les marchés, de bonnes nouvelles seront essentielles sur le front sanitaire. Car c'est là que l'enjeu est le plus important, pas simplement pour l'économie et les marchés financiers, mais surtout pour le sort de milliers de vies humaines.  

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