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Quand l'Europe boursière court après les Gafa

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Difficile pour l'Europe de concurrencer les marchés américains. Surtout quand, en cette période de pandémie, les valeurs technologiques deviennent des valeurs refuges.

Depuis le début de l’année, l’indice Stoxx Europe 600, qui reprend 600 grandes valeurs européennes,  affiche un repli de quelque 11%. La crise du Covid est donc loin d'être digérée. Par comparaison, cela fait déjà un certain temps que l’indice américain S&P 500 est repassé dans le vert cette année, avec une hausse de 6% depuis le 1er janvier.

Sur une période de dix ans, la comparaison fait également très mal: l’indice américain affiche une hausse de 200% contre +40% à peine pour le Stoxx Europe 600. Certains diront que l’Europe n’a pas un président comme Donald Trump qui par un seul tweet  peut faire la pluie et le beau temps sur les marchés boursiers. C’est vrai, ce n’est pas le président du Conseil européen Charles Michel qui serait capable de réaliser une telle "prouesse". Mais personne ne lui en demande autant...   

Plusieurs experts se sont penchés sur le malaise boursier européen. Le dernier d’entre eux est Patrick Artus de la firme Natixis qui se demande d’où vient cet attrait des investisseurs pour les actions US plutôt que pour les actions européennes. Il pointe plusieurs éléments. D’abord, jusqu’à 2013, des taux d’intérêt à long terme plus bas aux États-Unis. Ensuite, une progression plus rapide des bénéfices américains depuis 2010. Il y a aussi les perspectives de plus-values dues aux rachats d’actions aux USA. Enfin, le poids des valeurs technologiques constitue un facteur particulièrement important.

Ce sont les "techs" emmenées par les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui ces dernières années ont tiré les indices américains. Les technologiques au sens large (en y incluant Amazon répertorié dans le secteur de la consommation) pèsent 45% dans l’indice S&P 500. Par comparaison, les technologiques ne pèsent que 7% dans le Stoxx Europe 600, loin derrière le secteur de la santé avec ses 16% (Roche, Novartis…).

Les "techs" américaines devraient continuer à profiter de l’économie en mode "stay at home" (Netflix, Zoom, Amazon...).

Le problème, c'est que la domination technologique n'est pas près de disparaître. Pour Philippe Gijsels de BNP Paribas Fortis, les "techs" sont à l’heure actuelle considérées comme une manière sûre d’investir dans l’univers des actions. Car si l'épidémie de coronavirus s’accélère à nouveau et/ou si la croissance déçoit, ces entreprises continueront à profiter de l’économie en mode "stay at home" (films et séries sur Netflix, visioconférences par Zoom, achats sur Amazon...) Oui, nous vivons une époque particulière, où les valeurs technologiques sont devenues des valeurs refuges…

Un troisième larron

Vincent Juvyns, "Global market strategist" de JP Morgan Asset Management, ne dit pas autre chose. Même si la banque est plus positive sur l'Europe depuis l’accord sur le plan de relance du 21 juillet, le moment n’est pas encore venu de voir l’Europe boursière surperformer, a-t-il confié à la tribune de l'Ecofin Club. Les actions technologiques américaines devraient continuer à profiter de la période du Covid. Si certaines valeurs US ont déjà fortement grimpé, la situation est toutefois plus saine que lors de la bulle technologique de 2000 dans la mesure où les "techs" d’alors reposaient sur des bases très fragiles. "Et, aujourd'hui, quand il y a parfois des exagérations, le marché les sanctionne", dit-il encore.

Selon lui, c'est la Chine qui apparaît comme la grande gagnante de cette crise. "Elle ne connaît pas de deuxième vague de contamination. Et la reprise économique est présente alors que la Chine a fait relativement peu d’efforts de relance. Enfin, malgré tout ce que l’on entend, le pays continue à ouvrir ses marchés." La preuve, JP Morgan a pu racheter en août les 49% que la banque ne détenait pas encore dans China International Fund Management, pour en prendre le contrôle total.

Et si effectivement, au-delà de ce match Europe-USA, c’était un troisième larron qui l'emportait? Depuis le début de l'année, l'indice boursier chinois CSI 300 affiche une hausse de 14%. La crise, quelle crise?

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