chronique

Quand la Bourse compte les coups sur le ring

Marc Lambrechts

Entre Donald Trump et Jerome Powell, le combat est rude sur les taux d’intérêt. Le président de la Federal Reserve a encaissé les coups sans broncher. Cette semaine, il a même semblé mettre un genou à terre.

Les deux personnes les plus influentes de la planète financière ne passeront pas leurs vacances ensemble. Ou alors elles cachent admirablement bien leur jeu. D’un côté, le président américain Donald Trump qui a dégainé l’arme commerciale, ce qui fait trembler les Chinois et les Européens, et de l’autre, Jerome Powell, le patron de la Réserve fédérale (Fed), qui détient l’arme monétaire. À eux deux, ils peuvent provoquer une crise financière retentissante.

C’était l’époque où tout allait encore bien entre Donald Trump et Jerome Powell… ©REUTERS

Le premier ne cesse de critiquer le second. Et les reproches vont crescendo. Dans le Washington Post, Trump a confié qu’il n’était pas content de Powell, "même pas un petit peu satisfait" de l’avoir nommé à la présidence de la Fed. En octobre dernier, lorsque Powell avait confié que les taux d’intérêt de la Fed étaient encore bien loin de leur situation neutre (un niveau qui n’est de nature ni à stimuler ni à freiner l’économie), cela avait provoqué une correction en Bourse. Et aussi une colère noire du président.

Face à la fureur présidentielle, Jerome Powell reste de marbre. Tout au moins en public. Mercredi soir, parlant devant l’Economic Club à New York, il a justifié avec une certaine habileté la hausse des taux d’intérêt. Mais il a prononcé deux petits mots qui ont rempli d’aise les marchés boursiers. C’est comme si le président de la Fed était subitement devenu Santa Powell. "Just below". Les taux d’intérêt seraient juste au-dessous de leur niveau neutre et non plus très loin de ce niveau comme en octobre dernier. Grâce à ces deux mots, Powell laisse entrevoir que la hausse des taux est sans doute proche de son terme. À la Maison Blanche, Trump a dû jubiler, même s’il n’a pas "tweeté".

Powell s’est-il couché face aux coups assénés à répétition par Trump? En réalité, rien n’est moins sûr.

Pour autant, Powell a-t-il cédé à la pression présidentielle? S’est-il couché dans le ring face aux coups assénés à répétition par Trump? En réalité, rien n’est moins sûr. Cela fait quelques semaines déjà que la Fed se montre plus pragmatique face aux signes de ralentissement de l’économie. Et la fragilité de la Bourse ces dernières semaines n’y est sans doute pas étrangère non plus. Car Powell ne veut pas être tenu pour responsable d’un krach boursier. D’ailleurs, lors de son allocution de mercredi, on n’a pas manqué de pointer les petites phrases concernant la Bourse. Il a reconnu qu’une chute sévère des actions pouvait entraîner la misère économique. C’est pourquoi la Fed reste attentive lorsque les actions atteignent des niveaux extrêmes d’un point de vue historique. Mais il n’y a rien de similaire actuellement, dit-il, avec le boom des valeurs internet dans les années 90 ou l’explosion du crédit avant la crise de 2008.

Selon lui, les niveaux actuels des indices boursiers américains "correspondent globalement aux références historiques en matière de ratios cours/bénéfices attendus". D’autant que ces ratios ont baissé récemment. Dès lors, d’un point de vue de la stabilité financière, "nous ne voyons pas de dangereux excès sur les marchés d’actions". N’est-ce pas là une belle déclaration de soutien pour la Bourse, qui vient s’ajouter à celle sur les taux d’intérêt? De quoi plaire à Donald Trump.

Mais ce dernier ne doit pas croire qu’il a partie gagnée. Powell a bien compris qu’il ne pouvait pas baisser totalement la garde, au risque de mettre en péril l’indépendance de la banque centrale. D’ailleurs, a-t-il réellement changé de discours entre octobre et novembre? Ou a-t-il joué sur les mots? Le taux directeur des "fed funds" est fixé actuellement à 2%-2,25% alors que le taux dit "neutre" est estimé entre 2,5% et 3,5%. Si la Fed remonte ses taux de 0,25% à la mi-décembre, ce qui est largement attendu, elle atteindra la borne inférieure de la zone neutre (2,50%). Objectif accompli. Ensuite, en 2019, la Fed réagira en fonction des données économiques. Trump ferait bien de se méfier, Powell n’a pas encore jeté l’éponge.

Lire également