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Quand la hausse des taux continue à faire des victimes

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Il n'y a pas que la Silicon Valley Bank qui a souffert de la hausse des taux d'intérêt. La Banque nationale de Belgique fait aussi en quelque sorte partie des victimes.

"Heureusement que la Banque nationale de Belgique (BNB), le contrôleur des banques, n’est pas une institution systémique", nous confiait cette semaine, non sans une pointe d’ironie, un observateur avisé du monde financier. Tout comme la Silicon Valley Bank aux États-Unis, la BNB est en quelque sorte une grande victime de la remontée des taux d’intérêt. Sauf qu’une banque centrale, elle, ne fait pas faillite.

Cette semaine, la BNB a annoncé une perte de 580 millions d’euros pour 2022 alors que la perte cumulée pourrait atteindre les 11 milliards d’euros d'ici à 2027. Ce n’est pas rien. La banque centrale souffre de la remontée des taux des dépôts qu'elle verse aux banques (un taux déterminé par la BCE) alors que les actifs dans son portefeuille obligataire sont assortis de rendements bas. Un "effet ciseau" des taux d’intérêt qui lui est fatal pour le moment. Comme il l'est pour d'autres banques centrales, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas.

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Comme la BNB est une banque centrale et qu’elle est au cœur de l’émission monétaire, on fait mine de dire que cela n’a pas beaucoup d’importance. Sauf que les actionnaires individuels de la BNB continuent à subir une véritable douche froide (l’action a chuté de 66% ces 12 derniers mois) et que l’État est privé d’importantes rentrées financières provenant de l’institution dirigée par Pierre Wunsch.

À chaque remontée des taux, c’est comme une sorte de supplice chinois: la BNB n'en finit pas de souffrir.

La BNB reconnaît qu’il est impossible d’effectuer des estimations chiffrées en matière de résultats suffisamment fiables pour une période plus longue que cinq ans, au vu des nombreuses incertitudes.  Ce qui est sûr, c'est qu’à chaque remontée des taux, c’est comme une sorte de supplice chinois: la BNB n'en finit pas de souffrir.

Cette semaine, le chef économiste de la BCE, Philip Lane, n’a pas caché dans une interview que la hausse des taux n’est pas encore terminée. C’est un peu surprenant, car Lane est plutôt classé parmi les "colombes" monétaires. Et l’on pouvait s’attendre de sa part à peut-être davantage de prudence dans le contexte actuel. Est-ce le fait qu’il s’adressait à un média allemand, Die Zeit, qui a motivé un certain durcissement de ses propos? Peut-être, parce que l'on sait que l'Allemagne redoute historiquement tout dérapage de l’inflation? En tout cas, le banquier central irlandais semble minimiser les effets des récentes turbulences bancaires, aux États-Unis et en Suisse. "Si le stress financier s'avère relativement limité, les taux d'intérêt devront encore être relevés", a-t-il ainsi avancé, tout en se montrant confiant pour la solidité du secteur bancaire européen.

Comment mettre alors fin à ce supplice chinois? Par exemple en arrêtant la hausse des taux d’intérêt? Mais Pierre Wunsch l’a déjà pointé: la priorité de la BNB n’est pas de faire des bénéfices (ou de limiter les pertes), mais de participer à la conduite de la politique monétaire de la BCE afin de juguler l’inflation qui reste trop élevée. Pourrait-on alors modifier la rémunération dont bénéficient les banques sur leurs dépôts auprès des banques centrales? L’économiste Paul De Grauwe propose tout simplement de transformer ces réserves excédentaires des banques, qui leur rapportent 3% actuellement, en réserves obligatoires sur lesquelles aucun intérêt n'est versé. Après tout, cela ne serait qu’un retour à une situation qui prévalait auparavant.

En 2023, les banques de la zone euro devraient percevoir 130 milliards d'euros sur leurs dépôts auprès des banques centrales, souligne De Grauwe. Ce qui s’assimile à une sorte de subvention accordée aux banques. Des banques qui dans le même temps ne sont pas vraiment pressées de relever les conditions offertes à l’épargnant. C'est vrai en Belgique pour les carnets d'épargne. Bien entendu, les banques gagnent surtout de l'argent lorsque les taux longs sont plus élevés que les taux courts. Ce qui n'est pas le cas actuellement puisque le taux de l’obligation d’État à un an reste légèrement supérieur au taux à 10 ans. Il n'en reste pas moins que la situation actuelle apparaît déséquilibrée dans le trio banques centrales, banques et épargnants. Et elle le sera encore davantage si la BCE remonte ses taux en mai prochain.