Quand le politique éclipse le monétaire

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Le facteur politique, avec les sanctions commerciales annoncées par le président Trump, a complètement dominé le discours sur les taux.

Cela pourrait s’appeler la ballade de Jerome et Donald. Le premier, Jerome Powell fraîchement arrivé à la tête de la Réserve fédérale (Fed), qui s’évertue à ne pas heurter Wall Street, l’autre, Donald Trump, qui sans complexe aucun, n’hésite pas à provoquer ses partenaires commerciaux, notamment chinois, et à plonger les marchés financiers mondiaux dans la tourmente.

Après cela, on s’étonnera que les gestionnaires de fonds internationaux apparaissent nerveux. C’est ce qu’a montré la dernière grande enquête de Bank of America Merrill Lynch auprès de la profession publiée en début de semaine. C’est bien simple, la menace d’une guerre commerciale a été catapultée au sommet des risques extrêmes cités par les investisseurs.

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Près de 75% des investisseurs sont désormais d’avis que l’économie globale est entrée en fin de cycle.

Par ailleurs, près de 75% des investisseurs sont désormais d’avis que l’économie globale est entrée en fin de cycle. En Europe, ils ne sont plus que 9% (solde net) à s’attendre à une hausse de la croissance économique dans les 12 mois à venir. Plutôt inquiétant. Les différents baromètres de conjoncture, y compris en Belgique, publiés cette semaine montrent d’ailleurs un affaiblissement assez généralisé de la confiance. Il faut y déceler le danger d’une guerre commerciale mais aussi la persistance d’un euro fort.

Que font les grands investisseurs internationaux dans un tel contexte? Ils achètent encore des actions, mais avec moins d’empressement que par le passé.

Ils achètent encore en Bourse parce que la fameuse TINA (there is no alternative) n’a pas encore disparu de nos contrées. Pour que les obligations redeviennent une alternative réellement intéressante par rapport aux obligations, il faudrait, confient les gestionnaires, que les taux de rendement des obligations du Trésor US grimpe à 3,60%. Nous n’y sommes pas encore puisque le taux à 10 ans se situe à 2,85%. Et Jerome Powell, le nouveau maître de la banque centrale américaine, n’a nullement l’intention de brusquer le marché.

Pour sa première réunion en tant que président de la Federal Reserve, il a certes remonté les taux directeurs de 0,25 point. Mais il a assuré que les futures hausses dépendraient étroitement de la situation économique. Les prévisions des membres de la Fed font état de trois hausses des taux directeurs au total cette année et de trois autres l’an prochain.

La menace d’une guerre commerciale a été catapultée au sommet des risques extrêmes cités par les investisseurs.
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Lors de sa conférence de presse, Powell est apparu prudent, voire même un peu timide. Pas question de longs développements économiques en réaction aux questions parfois pointues des journalistes. C’est clair, Powell fera preuve de pragmatisme. Ce n’est pas pour déplaire aux marchés. Et comme les perspectives bénéficiaires des sociétés demeurent plutôt favorables, les actions restent encore conseillées.

Il n’en reste pas moins que les investisseurs paraissent surpondérés en actions FAANG, les Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Google (Alphabet), ce qui n’est pas sans danger. Ils apparaissent tout aussi surpondérés en BAT. Vous ne connaissez pas les BAT? Ce sont les stars de l’internet en Chine: les Baidu, Alibaba et Tencent. Avec un potentiel qui paraît toujours important, selon les analystes. C’est précisément cette Chine, mais plutôt la Chine industrielle, qui est visée par les sanctions commerciales de Trump. Ceci au moment même où, très paradoxalement, Pékin a nommé deux "modérés" à des postes clés. Un proche conseiller du président Xi Jinping, Lui He, a été nommé vice-Premier ministre. Diplômé de Harvard, il est le spécialiste des différends commerciaux sino-américains, cela tombe bien. Et puis, il y a Yi Gang, également formé aux Etats-Unis où il a d’ailleurs enseigné, qui a été désigné à la tête de la banque centrale.

Nous voilà donc avec deux nouveaux présidents de banque centrale, en Chine et aux USA. Deux modérés, ce qui est rassurant pour les marchés. Ce qui l’est nettement moins, c’est la politique de Trump, toujours aussi erratique et imprévisible. Cette semaine, le facteur politique a totalement éclipsé le monétaire. C’est plutôt inhabituel. Et c’est précisément cela qui est le plus inquiétant pour les semaines à venir.

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