chronique

Quand les marchés continuent à danser

"Tant qu’il y a de la musique, on continue à danser." C’est devenu une petite phrase fétiche sur les marchés. On a même revu les IPO fleurir, comme celle de Warner Music.

Alors que la chute du produit intérieur brut (PIB) sera historique cette année, les marchés boursiers poursuivent inlassablement leur rebond. Et il est spectaculaire: +45% pour l’indice boursier américain S&P 500 depuis les plus bas niveaux de mars dernier et +40% pour l'indice Bel 20. Rien n’arrête les marchés, même pas les émeutes aux États-Unis ou le sort très incertain de Hong Kong, avec en toile de fond cette crise lancinante entre les USA et la Chine. Visiblement, le marché veut tourner le dos à une période noire et effacer des tablettes le krach boursier de février-mars.

Les meilleurs chiffres en matière de propagation du Covid-19 et le retour à l’activité dans de nombreux pays ont clairement "boosté" le sentiment des investisseurs, tout comme le soutien indéfectible des banques centrales et les plans de relance des gouvernements. La Banque centrale européenne (BCE) a ajouté 600 milliards d’euros à son programme d’urgence contre la pandémie alors que l’Allemagne a dévoilé un plan de relance historique de 130 milliards d’euros. Ce n’est pas rien. 

Signe du retour à l’optimisme, les entrées en bourse (IPO) effectuent leur grand retour, comme celle de Warner Music.

Signe du retour à l’optimisme, les entrées en bourse (IPO) effectuent leur grand retour. Pour son premier jour de cotation lors de la plus grosse introduction de l’année à New York, Warner Music a gagné 20% sur le Nasdaq mercredi. Warner Music, c’est Ed Sheeran, Coldplay ou encore Christine and the Queens. Visiblement, le marché de la musique n’est pas (encore) mort. Il profite désormais des revenus du streaming. Des revenus qui ont encore progressé lors de la période de confinement. Cela peut paraître surprenant, mais Spotify est aujourd’hui le meilleur allié de Warner Music. Jeudi, c’est ZoomInfo Technologies  (à ne pas confondre avec Zoom Video Communications) qui a vu son prix doubler lors de son IPO, avant de terminer la séance sur une hausse de 62%. 

Retour dans le passé

Il est à noter que l’IPO de Warner Music avait été décalée d’un jour en raison du mouvement "Blackout", en soutien aux centaines de milliers de manifestants dénonçant les violences policières racistes aux États-Unis. Mais comment expliquer l’absence de réaction de Wall Street aux manifestations et émeutes aux États-Unis? Certains sont retournés dans les archives de 1968, année très mouvementée après l’assassinat de Martin Luther King. Surprise : le marché boursier avait progressé. Selon le magazine Barron’s, la hausse était due aux dépenses liées à la guerre du Vietnam et aussi… aux injections de liquidités effectuées par la banque centrale américaine. Ce qui rappelle immanquablement la situation d’aujourd’hui.

En revanche, ce qui s'est passé par la suite, en 1969, est nettement moins reluisant, poursuit Barron's. L'inflation et les taux d'intérêt ont bondi et le marché boursier a enregistré une correction de 30% par rapport à ses sommets de 1968.

De leur côté, les analystes de Bank of America Merrill Lynch soulignent que la fin des années 60 et le début des années 70 ne sont pas sans rappeler la situation actuelle: période de désordres civils et sociaux, augmentation des déficits budgétaires, fin de la coopération globale... Ceci a coïncidé avec trois grandes tendances: une hausse des taux obligataires, des marchés boursiers volatils et une chute du dollar. Tiens, le billet vert a commencé à refluer ces dernières semaines. Il ne faudrait pas que la petite musique des marchés s'enraye subitement...  

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