chronique

Quand Wall Street entre en résistance

Rédacteur en chef-adjoint

La Bourse de New York balance actuellement entre la publication des résultats d’entreprise et les risques géopolitiques (Corée du Nord, Syrie…). Pourtant, assez curieusement, l’indice Dow Jones s’est bien comporté historiquement lors des périodes de guerre, d’attentats et de tensions internationales.

Depuis le début du mois de mars, le taureau américain hésite à charger de manière trop débridée. De temps à autre, on sent que le "bull" est prêt à repartir de l’avant. Comme lundi dernier, lorsque l’indice Dow Jones a pris 0,90%. Mais bien vite, le taureau refrène ses ardeurs, comme lorsque les résultats trimestriels de Goldman Sachs viennent à décevoir les analystes.

C’est que le marché a placé la barre assez haut. Les résultats des sociétés au premier trimestre sont attendus en moyenne en hausse de 9 à 10%, ce qui constituerait la meilleure performance depuis 2011, selon Factset. Gare, dès lors, aux déceptions.

Et puis, il y a cet écart qui semble se creuser entre les indicateurs de confiance des entreprises et la réalité des chiffres qui apparaît nettement moins rose. La production industrielle, les ventes de détail et même l’emploi sont moins robustes qu’attendu. Peut-être le marché s’est-il un peu trop emballé après les premières promesses de relance de Donald Trump.

Des guerres et actes de terrorisme n’ont qu’un effet limité ou temporaire sur la Bourse.

Enfin, le retour du risque géopolitique fait clairement peur à pas mal d’investisseurs. Le Président américain, après avoir envoyé ses missiles en Syrie, met la pression sur la Corée du Nord. Ces "bruits de bottes" (bien qu’aujourd’hui, on parle plutôt de missiles…) ne sont pas du goût de tous les investisseurs à la Bourse de New York. Et pourtant…

Certains analystes ont compilé les performances historiques de l’indice Dow Jones en période de guerres ou de graves tensions géopolitiques. Ben Carlson, directeur de la gestion institutionnelle chez Ritholtz Wealth Management, est l’un d’entre eux. Et ses conclusions sont assez interpellantes.

Il rappelle que pendant les six mois qui ont suivi le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, les actions américaines ont chuté de plus de 30%. Cette année-là, la Bourse de New York a fermé ses portes de la fin juillet à la mi-décembre, la plus longue période de fermeture de l’histoire boursière. Une sorte de méga- "coupe-circuit" destiné à éviter toute panique. À l’époque, les Européens désiraient, il est vrai, se dégager de leurs actions US et rapatrier leur or.

Mais l’année suivante, en 1915, la tonalité était déjà très différente. Le Dow a en effet bondi de plus de 80%, ce qui reste la plus forte hausse annuelle de toute l’histoire boursière. Et finalement, sur l’ensemble de la période du conflit, l’indice a engrangé plus de 40%.

Même topo ou presque pendant la Seconde Guerre mondiale où le Dow Jones a gagné au total quelque 50%.

Quid alors des conflits plus "locaux"? La guerre de Corée de 1950 à 1953 a vu l’indice prendre près de 60%. Et pour celle du Vietnam, entre l’intervention américaine en 1965 et le retrait des troupes américaines en 1973, la Bourse a gagné plus de 40%. Mais il s’agit ici d’une période assez longue et la performance est inférieure à 5% par an. Un bilan plutôt moyen.

Pour les conflits plus ponctuels, comme lors de la grave crise des missiles de Cuba qui a duré 13 jours en octobre 1962, le Dow Jones est finalement resté assez calme, n’abandonnant que 1,2%. Lors des deux derniers mois de l’année 1962, le Dow Jones s’est ensuite envolé de plus de 10%.

Lors des tragiques événements du 11 septembre 2001, la Bourse de New York est restée fermée pendant quatre séances. Lors de sa réouverture, le lundi 17 septembre, le Dow Jones a finalement limité sa chute à 7,1%, perdant globalement sur la semaine quelque 15%. Mais ensuite, en octobre et novembre, le Dow Jones s’est offert un beau rally haussier de 20%, grâce à l’action des banques centrales. De quoi éponger toutes ses pertes.

"C’est l’économie, idiot!"

La guerre du Golfe fait un peu figure d’exception dans ce tableau global. De juillet à octobre 1990, la Bourse américaine a chuté de 20%, ce qui correspond à la définition d’un marché baissier (bear market).

Mais à l’époque, les Etats-Unis étaient déjà entrés en récession économique au début de l’année. Et la hausse des prix du pétrole consécutive à la guerre du Golfe n’a fait qu’accentuer le marasme économique.

La conclusion de tout ceci est simple. Des événements majeurs comme des guerres et des actes de terrorisme n’ont qu’un effet assez limité ou temporaire sur les marchés américains.

Globalement, la Bourse de New York se montre particulièrement résistante… sauf si ces événements coïncident ou entraînent une récession économique, comme ce fut le cas en 1990.

Car oui, au final, c’est toujours l’économie qui prime. "It’s the economy, stupid!" C’est ce que disait l’équipe de Bill Clinton, vainqueur de l’élection présidentielle en 1992 face au président sortant George W. Bush. Ce dernier, au lieu de se concentrer sur l’économie pendant sa campagne électorale, se glorifiait de son bilan militaire. Erreur fatale…

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