chronique

Quelle forme de reprise: en V, U, L ou W?

Des chiffres et des lettres. Les plus optimistes parlent d'une reprise en V, les plus pessimistes avancent la lettre I. La vérité se situe sans doute entre ces extrêmes.

Dans cette crise qui provoque une dose importante d’anxiété, chacun cherche logiquement à se rassurer. Cela vaut aussi pour l’investisseur, à la recherche de comparaisons historiques. Est-ce une crise comparable à celle de 2008 ou de 1929? La reprise économique prendra-t-elle une forme de V, de U ou d’une autre lettre de l’alphabet?

En termes historiques, des chercheurs de l’Université de Californie (Jordà, Singh et Taylor) ont planché sur les effets économiques à long terme des pandémies, remontant jusqu’au XIVe siècle. Ils montrent que les pandémies sont suivies par de très longues périodes de croissance faible, de taux d’intérêt très bas et d’une hausse de l’épargne de précaution. La différence avec aujourd’hui est que l’on vivait moins vieux dans les temps passés et que les grandes pandémies de l’histoire ont dès lors touché en majorité des personnes en dessous de 60 ans, ce qui a fortement contracté la main d’œuvre disponible. Donc, cette fois, disent les auteurs, "cela pourrait être différent".

Dans l’intervalle, le choc actuel est impressionnant. Goldman Sachs anticipe une contraction de 4% du Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro au premier trimestre et de 11,4% au deuxième. Ce dernier chiffre serait trois fois plus élevé que lors du premier trimestre de 2009, en pleine crise financière. Résultat: la contraction du PIB atteindrait -9% en 2020.

Les bourses vivent à un autre rythme que l'économie. Elles se concentrent sur les nouvelles rassurantes.

La grande question, c’est effectivement la forme de la reprise. Les plus pessimistes, comme Nouriel Roubini, parlent d’un scénario qui prend la forme de la lettre I: une chute verticale de l’économie. Les plus optimistes misent sur le V, une chute très brusque suivie d’une reprise rapide. La vérité doit sans doute se trouver entre ces extrêmes.

Un scénario en L n’est pas très rassurant. Après un brusque ralentissement succède une phase de stagnation. Le coronavirus reste toujours présent, les gens reportent leurs vacances et leurs dépenses de loisirs. Et les États se voient forcés de prendre de nouvelles mesures de relance.

Un scénario en U signifie que le creux dure aussi plus longtemps que prévu. Pour des raisons de précaution sanitaire, les mesures de confinement ne sont que très progressivement levées. La reprise du travail est retardée. Et la phase de reprise reportée dans le courant de 2021.

Le logo de Nike et une reprise progressive... © Reuters ©REUTERS

Et puis, il y a ce fameux scénario en W. Après une embellie, le virus effectue son retour au troisième trimestre, ce qui signifie de nouvelles mesures de confinement et des fermetures d’entreprises. C’est le scénario du “double dip”, ou double creux.

Certains économistes vont jusqu’à imaginer une reprise qui ressemble... au logo de Nike, avec une remontée très progressive des dépenses des ménages et de l’activité industrielle. Ce n’est qu’après deux ans que l’on retrouverait les niveaux d’avant crise.

La bourse opte pour le V

Alors I, U, V, W, L (ou autre chose...), faites votre choix! Sylviane Delcuve, "senior economist" de BNP Paribas Fortis, conseille d’observer l’évolution de la Chine, qui pourrait constituer un indicateur avancé pour nos économies. Si la Chine tente de sortir de son hibernation, l’absence de demande en provenance de l’étranger rend toutefois les choses difficiles, de sorte que la reprise aurait plutôt la forme d’un U. 

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Ce qui est intéressant de constater, poursuit-elle, c'est le fait que les marchés boursiers semblent vivre à un autre rythme que l’économie. La récente reprise sur les marchés prend la forme d'un V. Après le krach, les investisseurs semblent vouloir se concentrer sur les bonnes nouvelles: mesures de soutien, promesses de davantage de tests... V comme Victoire, pourrait-on être tenté d'ajouter. Chez Bank of America, on table ainsi sur un rebond de 25% de l'indice européen Stoxx 600 d'ici le mois d'août. En espérant, au vu des hésitations sur les marchés cette semaine, que l'on échappe à ce fameux W. Même si au final, un W comme Winning signifierait que l'on aurait vaincu le virus et surmonté la crise. C'est tout ce que l'on espère...     

Lire également