chronique

Quelle valeur refuge pour les années 2020?

Au cours des 30 dernières années, les obligations ont parfaitement rempli cette mission de protection du portefeuille en cas de troubles financiers. Mais la situation a évolué.

Actuellement, sur les marchés financiers, il y a deux types d’individus: ceux qui pensent que le "rally" haussier des actions va se poursuivre jusqu’à Noël. Et les autres qui se projettent déjà au début de l’année prochaine lorsqu’on remettra les choses à plat après un excellent cru boursier en 2019 (20 à 25% de hausse aux USA et en Europe). Mais peut-être qu’en définitive, il s’agit des mêmes investisseurs, encore optimistes à court terme mais circonspects à plus long terme.

Récemment, JP Morgan Asset Management a présenté ses vues et conjectures pour les 10 à 15 années à venir (baptisées les Long-Term Capital Market Assumptions). La firme y souligne que la protection du portefeuille redevient un "must" pour de nombreux investisseurs. De bonnes raisons justifient une telle attitude: les marchés boursiers américains sont à des niveaux record, les obligations affichent des rendements au plancher et les risques géopolitiques sont loin d’avoir disparu. Logique dès lors de se demander comment un portefeuille peut se comporter en cas de retournement du cycle. Et comment dans ce contexte se construire un portefeuille plus résistant. Car si vous écoutez un "gourou" comme Nouriel Roubini, la nouvelle exubérance des marchés financiers est irrationnelle. Pas mal de dangers guettent, comme une réaction potentiellement violente de la Chine à Hong Kong qui pourrait bloquer tout accord commercial avec les USA et entraîner une crise sur les marchés.

En réalité, explique JP Morgan Asset Management, il n’y a pas ou plus de valeur refuge unique et parfaite.

De manière générale, la vertu d’un actif refuge sûr est d’afficher une corrélation négative avec les marchés boursiers. Si la Bourse dégringole, il doit pouvoir protéger l’investisseur.

Au cours des 30 dernières années, les obligations ont rempli cette mission de protection. Mais la situation a évolué. Une large proportion d’obligations étatiques affichent aujourd’hui un rendement sous zéro. Pour être protégés, les investisseurs doivent donc payer. Du jamais vu.

Dans une perspective à 10-15 ans, souligne JP Morgan, les obligations peuvent toutefois conserver un rôle de refuge, étant donné les perspectives d’une inflation modérée.

La situation est en revanche plus compliquée pour le dollar, autre refuge par excellence.

L’analyse du dollar durant les périodes de stress sur les marchés montre des résultats mitigés. Le billet vert s’est renforcé lors des crises de 1980-82 et de 2007-09 mais ce ne fut pas le cas en 1973-74, en 1990 et en 2001. Selon l’étude, le dollar ne sera peut-être pas gagnant lors du prochain retournement des marchés. Il part d’un niveau relativement élevé (et on sait que Trump estime que le dollar est toujours trop fort). La banque centrale américaine a aussi davantage de marge pour baisser les taux d’intérêt que les autres banques centrales, ce qui réduit le soutien potentiel au dollar.

Parmi les autres refuges, l’or conserve une place particulière. Les banques centrales restent acheteuses, notamment la Chine. Et le métal jaune pourrait profiter de différents désordres monétaires. Et si l’or ne rapporte aucun intérêt, les comptes de dépôt non plus.

L’immobilier n’est pas non plus à dédaigner, tout comme les investissements dans les infrastructures, même s’il ne s’agit pas d’investissements très liquides.

En réalité, explique JP Morgan Asset Management, il n’y a pas (ou plus) de valeur refuge unique et parfaite. Les marchés et les économies présentent des risques multiples et changeants. Les investisseurs ont aussi des priorités qui sont très différentes. À chacun dès lors de chercher son bon refuge.

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