chronique

Risques et solutions pour le "Great Lockdown"

Chroniqueur, newsmanager

"Le Grand Confinement", nom de baptême de cette crise, n'est pas sans risques pour les pays émergents, les banques et le marché du crédit. Et puis, il y a, encore et toujours, l'Italie...

Il y avait la Grande Dépression des années 30, la Grande récession de 2008-2009, il y a désormais le "Great Lockdown" ou le "Grand Confinement" de 2020. L'économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), Gita Gopinath, a baptisé la crise actuelle de ce nom en présentant cette semaine les prévisions de l’institution de Washington.

Quel qu’en soit le nom, cette crise restera dans les annales. Notamment pour l’effort déployé par les banques centrales pour éviter une crise systémique "à la Lehman Brothers". "Aujourd’hui, c'est simple, la Federal Reserve américaine achète tout, excepté votre lunch !" souligne, non sans humour, un analyste de Bank of America. Cette année, les banques centrales devraient acheter pour 7.000 milliards de dollars d’actifs et l’effort budgétaire des États sera de même hauteur.

Pour autant, tous les dangers sont-ils écartés ?  Malheureusement, non. Agustin Carstens, le directeur général de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), soulignait récemment que le secteur bancaire officiel constitue une plus petite partie du système financier par rapport à 2008, tandis que la finance fondée sur le marché joue un rôle plus important. Les banques sont donc moins présentes en tant que relais pour prêter aux entreprises et " atteindre la petite entreprise tout au bout de la chaîne ". Cette petite entreprise que l’on ne peut pas laisser au bord du chemin dans cette crise. 

De l’autre côté, le fameux " shadow banking " (la finance de l’ombre) s’est développé. On y retrouve pêle-mêle les hedge funds, le private equity, les fonds monétaires, les " exchange traded funds "… Avec leurs avantages mais aussi leurs dangers et parfois leurs excès. 

Situation précaire 

Dans son rapport sur la stabilité financière publié cette semaine, le FMI souligne que le regain de confiance sur les marchés reste précaire. Des perdants sont déjà pointés dans cette crise comme les pays émergents qui ont enregistré la plus forte inversion de flux d'investissements de portefeuille jamais enregistrée (plus de 100 milliards de dollars depuis la mi-janvier). De quoi causer de grandes difficultés aux pays les plus vulnérables.

L'Europe n'a manifestement pas convaincu dans son soutien à l'Italie. Et c'est un réel problème pour le futur.

Si les taux de défaillance des entreprises venaient à augmenter, les marchés du crédit pourraient quant à eux se bloquer soudainement, surtout dans les segments risqués comme les obligations à haut rendement, les prêts à effet de levier et la dette privée. Le FMI rappelle que ces marchés se sont développés rapidement depuis la crise financière de 2008, pour atteindre 9.000 milliards de dollars, tandis que la qualité de crédit des emprunteurs s’est affaiblie. Et le risque existe que les agences de notation amplifient les problèmes en abaissant les ratings des entreprises. Ces agences avaient été critiquées en 2008, elles pourraient l'être encore en 2020. 

Quant aux banques, si elles disposent de davantage de fonds propres et de liquidités que par le passé, on voit bien que la résilience du secteur pourrait être mise à l'épreuve si le lockdown dure plus longtemps que prévu. Les fortes baisses des cours des actions bancaires depuis janvier ne sont que le reflet de la nervosité ambiante.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Et puis, il y a l’Italie qui a subi cette semaine de nouvelles tensions sur les taux obligataires. Sa dette en pourcentage du PIB pourrait bondir à plus de 150% cette année et l'Europe n'a manifestement pas convaincu dans son soutien à la péninsule. C'est un réel problème.

Les économistes Paul De Grauwe (London School of Economics) et Guido De Bruyne (KULeuven) avancent une solution intéressante. Ils proposent que les États émettent dans une certaine limite, par exemple 10% de leur PIB, des obligations perpétuelles à 0%, qui seraient achetées par la Banque centrale européenne. Un tel soutien permettrait de ne pas augmenter le ratio de la dette. Bien entendu, tout financement monétaire des Etats par la BCE est en principe interdit. Mais à crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Car c'est peut-être l'avenir de l'euro qui va se jouer prochainement. Une nouvelle fois...   

Lire également