chronique

Septembre est-il un mois maudit en Bourse?

Historiquement, sur les marchés, c’est le plus mauvais mois de l’année. Mais méfions-nous des simplifications.

Certains pensent toujours que c’est le mois d’octobre qui est le plus déprimant en Bourse. Ceci en raison des krachs boursiers retentissants de 1929 et 1987. Mais ce n’est nullement le cas. Historiquement, sur les marchés boursiers, c’est septembre qui est le plus mauvais mois de l’année. En moyenne, l’indice Dow Jones a perdu 1%. Même situation en Europe. Ainsi pour la Bourse belge, on retrouve le même -1% pour l’indice Bel 20. Ce "pire mois de l’année" en Belgique est suivi par le mois de juin (-0,9%), selon des calculs de la firme Leleux.

Bien entendu, il s’agit ici de moyennes. Sachez que les plus mauvaises performances en septembre remontent à la sinistre année 2008, marquée par la chute de Lehman Brothers (perte de 14,8% pour le Bel 20) et à l’année 2002 (-16,8%). Dans ce dernier cas, le monde vivait toujours les conséquences du 11 septembre, la chute des valeurs technologiques ou les remous liés à quelques scandales comptables de grande ampleur (Enron, WorldCom, …).

Alors comment expliquer cette performance négative en moyenne en septembre? C’est là que les choses se compliquent. Diverses raisons sont avancées mais aucune n’est totalement convaincante. Comme si le mois de septembre échappait à une certaine logique. D’ailleurs, à Bruxelles, on connaît autant de mois de septembre en baisse qu’en hausse.

Le mois de septembre semble échapper à une certaine logique au niveau boursier.

Certains avancent qu’en septembre, les investisseurs commencent à s’inquiéter des résultats des entreprises au troisième trimestre, surtout si quelques avertissements bénéficiaires (profit warnings) viennent troubler les marchés. Mais comme le dit avec justesse le chroniqueur financier américain Mark Hulbert, cette nervosité devrait alors être perceptible lors des mois qui précèdent les autres fins de trimestre, en mars, juin et décembre. Or, ce n’est pas le cas.

©Hollandse Hoogte / Rias Immink

Certains soulignent que de nombreux fonds de placement américains terminent leur année fiscale le 30 septembre. Les gestionnaires ont dès lors tendance à vendre les positions sur lesquelles ils perdent de l’argent pour des raisons fiscales. Mais Mark Hulbert le souligne, il y a encore davantage de fonds qui clôturent leurs comptes le 31 décembre.

Enfin, dernière raison la plus évoquée, certains expliquent qu’en septembre, les investisseurs sont de retour après les mois de juillet et août réputés plus calmes. Ils sont tentés de prendre leurs bénéfices, surtout si la première partie de l’année a été relativement favorable côté performances.

En début de semaine, on a bien cru que le syndrome de septembre avait frappé en Bourse. Mardi, après le congé du Labor Day (le premier lundi de septembre), l’indice Dow Jones a perdu 1,1%, sa plus mauvaise performance post-Labor Day depuis 2002. Une baisse liée à un très mauvais indicateur ISM aux Etats-Unis. L’activité du secteur manufacturier s’est contractée en août pour la première fois depuis trois ans, sous l’effet des incertitudes entourant le commerce international. De quoi faire trembler Donald Trump. Heureusement, ceci a été compensé ensuite par un rebond dans l’activité des services. Et surtout, la situation s’est subitement détendue au niveau international, tant à Hong-Kong que du côté des négociations commerciales USA-Chine.

Comme pour couronner le tout, l’indicateur de sentiment de Bank of America Merrill Lynch a donné un net signal d’achat en Bourse. Cet indicateur Bull & Bear est un "contrarian indicator": il donne un signal d’achat lorsqu’il tombe sous le niveau de 2, ce qui décrit une peur excessive sur les marchés. Lorsqu’il dépasse le niveau 8, il donne un signal de vente car le marché est devenu trop euphorique. La semaine dernière, il était tombé à 1,3. Et cette semaine, il a dégringolé à 0,6, son plus bas niveau depuis mars 2016. Pour la banque, la conclusion est simple: Wall Street va enregistrer un rally haussier automnal. Reste à espérer que Donald Trump ne dégaine aucun tweet vengeur durant les prochaines semaines…

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