chronique

Tant que l'orchestre joue, on continue à danser

Marc Lambrechts

Les taux d’intérêt restent bas, les cours des actions encore relativement élevés et la croissance soutenue. Alors, pourquoi ne pas poursuivre la fête sur le marché des fusions et acquisitions?

Tant qu’il y a de la musique, on continue à danser, souligne avec un petit sourire un acteur sur les marchés financiers. En début de semaine dernière, on a ainsi assisté à une sorte de feu d’artifice en matière de fusions et acquisitions: 120 milliards de dollars au total.

Cette petite musique qui berce actuellement les marchés, ce sont des taux d’intérêt toujours bas, une croissance économique solide et des cours des actions encore élevés. Un scénario rêvé en matière de fusions et acquisitions. Les sociétés peuvent se financer à bon compte ou procéder à une fusion par échange d’actions.

En début de semaine, T-Mobile US a fusionné avec son concurrent Sprint pour 26 milliards de dollars. Asda et Sainsbury ont conclu un accord de fusion à 13,3 milliards de livres sterling dans le domaine de la distribution. Et dans le secteur pétrolier, Andeavor a été rachetée pour plus de 23 milliards de dollars par Marathon Petroleum.

Depuis le début de l’année, en l’espace de quatre mois, le total des transactions se monte à plus de 1.650 milliards de dollars, dépassant ainsi le niveau pour la même période de 2007… soit juste avant la crise financière.

John Legere, le CEO de T-Mobile US, et Marcelo Claure, le CEO de Sprint, plutôt heureux de la fusion entre leurs deux firmes. ©EPA

Durant la semaine écoulée, tout ne s’est pourtant pas déroulé de manière favorable pour les actionnaires. C’est ainsi que les actions Sprint et T-Mobile US ont chuté lourdement à l’annonce de la fusion. Les investisseurs s’inquiètent en particulier du contexte réglementaire mouvant aux Etats-Unis depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence. Pour un spécialiste, dans des situations où il y a un risque que la transaction ne soit pas approuvée par les autorités, les actions se traitent avec une décote de 10 à 20%.

Historiquement, de telles vagues de fusions coïncident le plus souvent avec le pic du cycle boursier.

Dans 40% des transactions de fusions et acquisitions cette année, ce sont les actions qui ont servi de monnaie d’échange. Les transactions uniquement en cash sont en baisse constante. Pourtant, ce ne sont pas les liquidités qui manquent. On l’a encore vu avec Apple qui va procéder à un rachat d’actions de 100 milliards de dollars! Elle n’est pas la seule société dans ce cas, même si les montants sont généralement moins impressionnants.

De manière générale, les entreprises préfèrent d’ailleurs choyer leurs actionnaires que de rembourser leurs dettes ou même de procéder à des investissements.

D’aucuns se demandent si les records en matière de fusions ne sont pas annonciateurs de la fin d’un cycle. C’est comme si les entreprises se hâtaient de procéder à des opérations avant la remontée des taux d’intérêt ou un repli plus durable des actions.

Mauvais souvenirs

Historiquement, de telles vagues de fusions coïncident le plus souvent avec le pic du cycle boursier. Les fusions s’étaient multipliées dans la période précédant la chute de Lehman Brothers en 2008. Parmi ces fusions, le fameux rachat de ABN Amro par le consortium formé de Royal Bank of Scotland, Santander et Fortis. Un bien mauvais souvenir...

Autre souvenir douloureux: la gigantesque fusion entre Time Warner et AOL en janvier 2000, juste avant l’éclatement de la bulle internet. Une opération à 165 milliards de dollars! Plus tard, le patron de Time Warner confiera que cette opération constituait la plus grande erreur dans l’histoire des sociétés américaines.

Rien ne dit évidemment que les taux d’intérêt vont s’envoler très prochainement et la Bourse chuter brutalement. Mais, on le sait, à trop faire la fête, on risque la gueule de bois.


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