chronique

Taux négatifs, bulles d'actifs… Et c'est reparti!

Première réunion de l’année pour la Banque centrale européenne jeudi prochain à Francfort. Les sujets qui fâchent risquent de rapidement revenir à l’avant-plan.

Jeudi prochain, c’est reparti du côté de Francfort. Christine Lagarde va piloter la première réunion de l’année du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). À cette occasion, elle devrait aborder les contours de la revue de la stratégie de la BCE promise cette année, un exercice qui n’a plus été réalisé depuis 2003. Une éternité. Car depuis lors, deux grandes crises ont secoué l’Europe: la crise bancaire et financière de 2008 et la crise de la dette de 2010-2012 qui a fait vaciller l’euro. Huit ans après le "whatever it takes" salvateur de Mario Draghi, la BCE cherche toujours désespérément à atteindre son objectif d’inflation.

Selon diverses sources, l’ancienne patronne du FMI aurait demandé aux gouverneurs de la BCE de ne pas multiplier les déclarations d’ici la réunion de ces 22 et 23 janvier. Histoire de ne pas compliquer inutilement sa mission.

Après la pause due aux fêtes, les déclarations sur les taux négatifs, l’effet sur l’épargne ou la création de bulles spéculatives sont reparties de plus belle.

Mais après la pause due aux fêtes, les déclarations sur les taux négatifs, l’effet sur l’épargne ou la création de bulles spéculatives sont reparties de plus belle. On a reparlé aussi d’une étude publiée par l’OFCE, le très sérieux Observatoire français des conjonctures économiques. Dans cette étude, deux économistes se demandent si la BCE a perdu la tête lorsque Mario Draghi en a remis une (grosse) couche en septembre dernier, en abaissant les taux d’intérêt et en réactivant les achats d’actifs. Pas du tout, rétorquent les deux économistes. Les mesures étaient pleinement justifiées. Ils vont plus loin encore, tentant de démonter, une à une, les critiques à l’encontre de la BCE.

  • Premièrement, il a été avancé que des taux d’intérêt bas pourraient augmenter le taux d’épargne des ménages en raison d’un effet de revenu (les ménages rendus moins riches par la baisse des taux épargnent davantage pour maintenir leur objectif de montant épargné à plus long terme). Faux, disent-ils. Cette corrélation n’existerait que pour l’Allemagne. Et elle existait déjà avant 2008, ce qui jette un doute selon eux sur le sens de la causalité.
  • Deuxièmement, il est avancé que les bénéfices des banques sont menacés en raison des faibles taux d’intérêt. Toutefois, argumentent-ils, les données montrent que les bénéfices des banques n’ont pas baissé et se redressent même depuis 2012.
  • Troisièmement, ils suggèrent qu’il n’y aurait pas de bulles sur les marchés immobilier et boursier de la zone euro considérés dans leur ensemble. Ils font remarquer que les cours des actions et de l’immobilier sont globalement toujours en dessous du pic de 2007.

Carte blanche | La BCE va-t-elle trop loin?

C’est peut-être vrai à un niveau global, mais en Belgique (tout comme en Allemagne), les trois effets semblent bel et bien exister: l’épargne augmente, les banques sont touchées dans leurs marges et une surchauffe du marché immobilier a obligé la BNB à intervenir.

Au même moment, de plus en plus de voix se font entendre, comme celle du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Trois points sont à retenir de son discours devant des étudiants de l’Université Paris-Dauphine:

  1. Les taux d’intérêt négatifs ont probablement atteint leur point bas.

  2. Un taux négatif sur les dépôts des épargnants doit rester une hypothèse purement intellectuelle. Il n’estime ni probable ni souhaitable l’application des taux négatifs aux particuliers – hors certains gros patrimoines – ou aux PME.

  3. La politique monétaire ne peut ignorer la stabilité financière.
Le problème des bulles, c’est qu’on ne les distingue de manière claire que lorsqu’elles éclatent. Soit trop tard.

Des réflexions teintées d’un certain bon sens. Le compte-rendu de la réunion de la BCE de décembre va d’ailleurs dans le même sens. Il évoque l’effet potentiel des taux d’intérêt négatifs sur l’épargne et s’inquiète de l’impact de l’afflux de liquidités sur les prix des actions ou de l’immobilier. De quoi baliser le travail de Christine Lagarde.

Au passage, cette semaine, un analyste de la Commerzbank a prévenu des risques de bulles sur les marchés immobiliers européens, comme avant… la faillite de Lehman Brothers. Mauvais souvenir s’il en est!

Le seul problème des bulles, c’est qu’on ne les distingue de manière claire que lorsqu’elles éclatent. Soit trop tard…

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