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Tina, l'investisseur et le spéculateur

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Tina (There is no alternative) reste l'amie des marchés. L'absence d'alternative aux actions constitue toujours un soutien aux yeux des gestionnaires. Mais ce n'est pas une raison pour faire n'importe quoi...

Les montants publiés cette semaine ont pu surprendre. Le patrimoine financier global des particuliers belges a atteint 1.478 milliards d'euros au premier trimestre 2021, un nouveau record. Depuis fin mars 2020, les actifs financiers des Belges ont ainsi augmenté de 130 milliards d'euros, ce qui est pour le moins remarquable. Encore faut-il préciser que ces mêmes actifs avaient chuté de plus de 60 milliards d’euros au cours du premier trimestre 2020, marqué par le krach boursier lié à la crise du Covid-19.

Aujourd’hui, selon les chiffres de la BNB, les Belges détiennent 243 milliards d’euros en fonds de placement et 80 milliards en actions cotées. Ce dernier chiffre est encore relativement peu  élevé, mais il progresse. Que le Belge s’intéresse aux actions constitue une bonne nouvelle. Devient-il un spéculateur, obnubilé par le profit à court terme? Cela reste à voir. Personnellement, j’ai été pour le moins étonné quand une connaissance m’a avoué qu’elle investissait dans GameStop, cette action qui a défrayé la chronique aux États-Unis et qui est devenue un symbole de la spéculation de la part de ces nouveaux investisseurs rassemblés sur des forums de discussion. Ce distributeur de jeux de vidéos, toujours déficitaire, est brusquement sorti de l’anonymat en faisant l'objet de ventes à découvert par des hedge funds.

Dans un entretien publié cette semaine, Georges Ugeux, l’ancien "vice president" de la Bourse de New York, se pose des questions sur le degré de sagacité de ceux qui ont découvert la bourse pendant le confinement et qui se sont rués sur des actions comme GameStop. Lorsque la correction boursière va intervenir - Ugeux prévoit une chute de la bourse américaine de 20 à 25% -, ces nouveaux investisseurs seront, dit-il, les premiers pigeons.

Globalement, les gestionnaires internationaux n'en continuent pas moins à faire confiance aux actions, si l’on en croit le dernier sondage réalisé par Bank of America. Les liquidités des banques centrales et l'effet Tina (there is no alternative) font que les actions restent incontournables à leurs yeux.

Signes de spéculation

Georges Ugeux n’est pas le seul à dénoncer les excès de spéculation. Les responsables de la firme GMO, cofondée par le vétéran boursier Jeremy Grantham, tiennent un discours assez similaire.

Comme au casino, la spéculation peut entraîner de sérieuses pertes. Des investisseurs américains en ont fait récemment la triste expérience. Tina ou pas Tina.

Dans une note,  Ben Inker, le responsable de la gestion chez GMO, épingle les signes de spéculation que sont l'utilisation de produits dérivés ou encore cette vague de Spacs, ces coquilles vides qui viennent se faire coter avant de racheter une autre société. Cette semaine, la compagnie de jets privés, Wheels Up, surnommée l’Uber du ciel, a bondi lors de son entrée à la Bourse de New York, réalisée via une Spac.

Ben Inker explique qu'un jour son téléphone a sonné à deux heures du matin. C’était un investisseur qui se plaignait du fait qu’il avait récemment affirmé que les petits investisseurs allaient payer les pots cassés quand le marché boursier chuterait. S'il a mentionné les petits investisseurs de détail, ce n'est pas parce qu'ils seront les uniques perdants lors de l'éclatement de la bulle spéculative.  D'autres investisseurs et institutions vont perdre de l’argent. En mars dernier, la débâcle du fonds Archegos a d'ailleurs montré que des investisseurs sophistiqués ainsi des institutions financières réputées sont parfaitement capables de perdre de très grosses sommes d’argent lorsque leurs paris spéculatifs tournent mal. Mais il est difficile d’avoir de la peine pour eux, selon Inker. En revanche, lorsqu'il s'agit de petits investisseurs, on ne peut s'empêcher d'afficher une certaine compassion, même s'ils font exactement la même chose que les "big guys" de la finance.

Alors oui, la spéculation peut sans aucun doute constituer le moyen de dégager des profits importants et rapides. Mais, tout comme au casino, elle peut également entraîner de sérieuses pertes. Des investisseurs américains en ont fait récemment la triste expérience. Tina ou pas Tina...

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