Rédacteur en chef-adjoint

La chute des cours pétroliers ravit le consommateur, mais plonge les marchés financiers dans le doute. L’Arabie saoudite, en quête d’argent, aurait vendu de grosses positions en actions ces derniers mois. Et voilà soudainement que le fameux "rally de Noël" est remis en question. Il nous reste trois petites semaines pour redresser la barre…

Si vous avez rempli votre cuve à mazout récemment, vous avez dû apprécier le petit cadeau, avant l’heure, du Père Noël. Il faut dire qu’en l’espace d’un an, la chute des cours du pétrole à New York atteint désormais 40%, ce qui nous fait retomber aux niveaux les plus bas de l’or noir depuis 2008-2009. Faut-il remercier pour autant l’Opep? Malheureusement, c’est plus compliqué que cela. Car les marchés financiers sont soudain pris d’un certain effroi. Les valeurs pétrolières, et plus globalement les valeurs liées aux matières premières, sont en chute, ce qui entraîne les indices boursiers américains vers le bas. Certains agitent même le spectre de faillites dans le secteur. Et par contagion, les valeurs européennes dégringolent aussi.

Coincée financièrement, l’Arabie saoudite aurait vendu de gros paquets d’actions.

Même la Banque centrale européenne (BCE) qui voyait d’un bon œil la glissade des prix pétroliers pour son effet positif sur la croissance économique est désormais dubitative. À Francfort, on se demande ainsi si la chute des prix pétroliers reflète le seul excès de l’offre. Dans ce cas, cette chute n’est peut-être que très temporaire. Ou alors est-ce plutôt un problème de demande, lié au ralentissement économique général? Dans cette optique, voilà qui pourrait nous entraîner dans une spirale déflationniste, la pire menace envisagée par l’institution monétaire.

Excès d’offre? Insuffisance de la demande? Comme toujours, les deux explications se conjuguent. Mais le résultat est là, avec des cours du Brent de la mer du Nord sous le seuil des 40 dollars. Et si l’on se fie aux propos du patron de Total, il ne faut guère s’attendre à un rebond significatif des prix en 2016.

Il est vrai que l’Arabie Saoudite semble se complaire dans la situation actuelle: écouler le plus possible son pétrole sur les marchés, même à un prix bradé. C’est que le royaume commence à être de plus en plus coincé financièrement. Et pour trouver des fonds, il n’est pas vraiment disposé à couper dans ses dépenses militaires dans une région du globe très tourmentée.

La solution était toute trouvée: vendre une partie des actions détenues en portefeuille. C’est une information qui n’a pas été très médiatisée, mais l’Arabie saoudite, via la Saudi Arabian Monetary Agency, aurait retiré plus de 70 milliards de dollars qu’elle avait sous gestion auprès de grands gestionnaires de fonds internationaux, comme BlackRock ou Fidelity. Difficile toutefois de cerner le chiffre exact.

Toujours est-il qu’il s’agit d’une des raisons avancées par divers analystes pour expliquer la chute des cours boursiers pendant l’été. Les investisseurs arabes auraient commencé à se méfier de la volatilité grandissante des marchés, et auraient accentué la pression vendeuse.

"Don’t short Santa!"

Les remous des derniers jours sur les marchés boursiers ont (temporairement?) mis au frigo l’espoir d’un beau "rally haussier" de fin d’année. Depuis le début de ce mois de décembre, la Bourse de Paris a ainsi chuté de 8% et celle de Francfort de 9%. Le Bel 20 tente de limiter les dégâts (-5,9%) alors que Wall Street perd 2 à 3%. Des performances négatives qui viennent éroder de manière significative les gains de l’année 2015 (+ 7,7% pour le Bel 20).

Pourtant, cette semaine encore, JP Morgan Asset Management rappelait qu’il n’est pas recommandé historiquement de vendre juste avant Noël. "Don’t short Santa Claus" titrait une étude de la firme.

Ces 20 dernières années, les actions européennes n’ont en effet connu que quatre mois de décembre dans le rouge contre cinq mois pour les actions américaines. La performance moyenne en décembre s’établit à + 2,4% en Europe et + 1,4% aux Etats-Unis.

Selon des chiffres compilés par Arnaud Delaunay, analyste financier chez Leleux Associated Brokers, décembre est le mois le plus performant au niveau historique. C’est le cas à Wall Street mais aussi en Belgique. Depuis sa création en 1991, le Bel 20 affiche en décembre une hausse en moyenne de + 2,46%. La plus forte hausse a été enregistrée en 1998 (+ 7,3%) et la plus forte baisse en 2002 (-2,4%). À noter que le mois de décembre 2014 s’était déjà terminé très légèrement dans le rouge.

Il nous reste désormais trois petites semaines en 2015 pour redresser la barre. Avec surtout un rendez-vous très important dès ce mercredi lors de la réunion de la banque centrale américaine. Si le pétrole a joué récemment les trouble-fête, cette fois, c’est la Fed qui entre en piste. Même si une hausse des taux directeurs est largement anticipée, personne ne peut prévoir réellement la réaction des marchés. La dernière réunion de la BCE a constitué, à cet égard, un très sérieux avertissement.

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