chronique

Trump et Wall Street, des amis-ennemis

Marc Lambrechts

Jusqu’à quand les coups médiatiques, les décisions surprenantes et les tweets vengeurs du président américain Donald Trump ne feront-ils que glisser sur Wall Street?

Dans vingt ou trente ans, quand les historiens de l’économie se pencheront sur les événements de cette année 2018, ils auront bien des choses à dire et à écrire.

Quand ces mêmes historiens étudient la crise de 1929, ils ne manquent jamais de rappeler que les mesures protectionnistes ont amplifié le marasme économique dans les années 30. Quand ils refont l’histoire du krach boursier de 1987, ils insistent sur les différends entre les Etats-Unis et l’Allemagne notamment sur les taux d’intérêt qui ont déclenché la chute boursière.

De mémoire de boursier, on a connu des crises financières pour moins que cela…

En cette année 2018, Donald Trump a réussi, sur des questions commerciales, à littéralement faire exploser l’unité du G7 au Canada, un événement d’une portée insoupçonnée. L’histoire nous dira si cela constitue les prémices d’une crise économique d’ampleur.

Car ce qui s’est produit au Québec dépasse l’entendement. Samedi dernier, dans son avion en direction de Singapour pour son sommet avec Kim Jong-un, Trump a brusquement retiré son soutien au communiqué final du sommet, malgré le compromis qui avait été forgé sur les questions commerciales quelques heures auparavant.

Il réagissait aux déclarations du Premier ministre canadien Justin Trudeau qui avait répété que les nouvelles taxes américaines sur l’acier et l’aluminium étaient "insultantes", au regard de l’histoire entre les deux pays. Et c’est alors que des mots d’une dureté assez inouïe ont fusé.

Donald Trump et Justin Trudeau: des mots très durs. L'Américain a qualifié le Canadien de personne "malhonnête et faible". ©REUTERS

Les Etats-Unis ont accusé le Canada de "trahison". Le Premier canadien a été qualifié de personne "malhonnête et faible". Le conseiller présidentiel pour le commerce, Peter Navarro, a fait du Trump à la puissance 10. "Il y a un siège réservé en enfer pour tout dirigeant étranger qui s’engage dans une diplomatie de la mauvaise foi avec Donald Trump et tente de le poignarder dans le dos quand il s’en va." La France a rapidement dénoncé l'"incohérence" de la délégation américaine. Et l’Allemagne a accusé Trump de "détruire" la confiance des alliés à coups de tweets.

De mémoire de boursier, on a connu des krachs ou des crises financières pour moins que cela…

Silence

 

Et pourtant, Wall Street semble imperturbable ou presque. Trump ne manque d’ailleurs jamais de claironner que la bonne performance de la Bourse américaine doit tout à son action. Même s’il oublie de dire que son programme de relance était sans doute inutile pour une économie US qui n’était nullement en perdition. C’est cette même relance qui va creuser l’endettement américain et qui oblige la Réserve fédérale à remonter ses taux d’intérêt à un rythme plus soutenu que prévu l’an dernier.

Mercredi, son président Jérôme Powell a remonté le taux directeur d’un quart de point (à 1,75%-2,0%) et deux autres hausses devraient encore suivre cette année. Powell adopte de plus en plus un langage "à la Trump" ("L’économie se porte très bien") mais reste curieusement assez silencieux sur la politique commerciale de l’administration Trump et ses possibles répercussions pour l’économie américaine. Ce qui peut poser à terme des questions en termes d’indépendance de la Fed.

Seul le FMI tente d’élever la voix à Washington, avec sa patronne Christine Lagarde qui rappelle, à juste titre, qu’en cas de guerre commerciale, il n’y a aucun vainqueur; on voit généralement des perdants des deux côtés.

Mais Trump se moque éperdument de ces remarques, comme en témoigne la nouvelle escalade vendredi dans la guerre commerciale entre les USA et la Chine.

Que diront les historiens dans 30 ans?

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