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Un carton jaune pour les marchés boursiers

Chroniqueur, newsmanager

Cela va bien "pour le moment". C’est le message du Fonds monétaire international qui n'exclut pas un ajustement brutal sur les marchés d'actions.

 Les risques à court terme pour la stabilité financière dans le monde sont maîtrisés pour le moment. C’est le message du Fonds monétaire international (FMI) dans son rapport sur la stabilité financière publié à l’occasion des réunions annuelles de Washington. Un réunion en mode virtuel, Covid oblige. Ce sont les derniers trois mots qui sont importants : « pour le moment ». Face à une crise sanitaire et économique touchant le monde entier, les dirigeants ont certes pris des mesures exceptionnelles pour protéger les populations, l’économie et le système financier, mais l’avenir reste encore incertain, souligne le rapport. Et il devrait le rester tant que des traitements et des vaccins efficaces contre le Covid-19 ne seront pas disponibles.

Que nous dit le Fonds pour les marchés d’actions, un peu chahutés ces derniers jours? Il nous sort un carton jaune en guise d'avertissement. Rien de très neuf dans son chef. Son précédent rapport faisait déjà état d’un découplage entre l’augmentation des valorisations boursières et la situation de l’économie réelle. Et pour le FMI, force est de constater que cette situation persiste. C’est surtout vrai aux USA où la nette détérioration des perspectives de bénéfices des entreprises a été plus que compensée par la baisse des taux d’intérêt, et ceci malgré l’incertitude croissante qui pèse sur l’activité économique.

Méfions-nous si les investisseurs revoient à la baisse leurs anticipations du soutien public à l’économie ou si la reprise économique est retardée.

Est-ce grave, docteur? Ce découplage est-il susceptible de provoquer une correction  boursière? Pas nécessairement, souligne le rapport. Si les marchés estiment que les mesures de soutien à l’économie vont se prolonger ou s’intensifier face à la détérioration des perspectives économiques, la valorisation actuelle des actifs à risque pourrait perdurer pendant un certain temps, juge le FMI.

En revanche, et c'est là que cela se complique, si les investisseurs revoient à la baisse leurs anticipations du soutien public à l’économie, ou si la reprise économique est retardée, "un ajustement brutal pourrait être plus probable". Attachez alors vos ceintures. Les plus superstitieux rappellent déjà que nous sommes à la veille de l'anniversaire du krach boursier du lundi 19 octobre 1987 qui a marqué les esprits de pas mal d'investisseurs. Mais le FMI ne verse pas dans la superstition. Et puis, que l'on se rassure, il est loin d'avoir toujours raison dans ses prévisions.

Ce sont en fait surtout les marchés des actions en Chine et aux États-Unis qui ont surpassé les autres marchés, grâce aux actions technologiques malgré la petite correction intervenue sur les marchés au mois de septembre, souligne Tobias Adrian, directeur au FMI pour les marchés de capitaux. D'autres secteurs ont en revanche particulièrement souffert, comme le tourisme, l’énergie et le secteur financier. Pour ce dernier secteur précisément, le rapport note que les banques ont abordé la crise du Covid-19 avec des volants de fonds propres et de liquidités nettement plus importants qu’en 2008-2009. Cela leur a permis de continuer à faire crédit à l’économie d'autant qu'elles y étaient encouragées par les autorités. Cependant, constate le rapport, certaines banques commencent déjà à durcir leurs critères en matière d’octroi de prêts. C'est ce que l'on pouvait d'ailleurs redouter. Et cela pourrait avoir des conséquences négatives sur le redressement de l’activité. Gare donc au retrait trop rapide des mesures de soutien.

Ce qui est sûr, c'est que les taux d’intérêt "seront plus bas, plus longtemps". Cela devrait aider pas mal de monde dans cette crise, en particulier les Etats. Tout au moins "pour le moment".

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