chronique

Vers un "remake" de la crise de 1998?

Marc Lambrechts

Mêmes causes, mêmes effets (ou presque). Une hausse des taux US, un dollar qui s’apprécie, des fonds qui quittent les marchés émergents, des marchés boursiers qui dégringolent…

Un air de déjà-vu… La remontée des taux directeurs américains combinée à celle du dollar commence à créer des dégâts sur certains marchés émergents. Sans oublier bien évidemment les craintes d’une guerre commerciale d’ampleur. Depuis le début de l’année, les marchés boursiers argentins ont chuté de 40% (performance exprimée en dollars) et les marchés turcs de 30%. Les actions brésiliennes ont perdu environ 20% (toujours en dollars), tout comme les actions indonésiennes. Et les marchés chinois sont entrés récemment dans un marché baissier (-20%).

Pour certains analystes, notamment ceux de Bank of America Merrill Lynch, tout ceci distille un petit parfum de 1998. Mêmes causes, mêmes effets (ou presque). Une hausse des taux américains orchestrée par la Federal Reserve, un dollar qui s’apprécie, des fonds qui quittent les marchés émergents, des devises locales mises sous pression et des marchés boursiers qui dégringolent.

À l’époque, tout avait débuté durant l’été 1997 avec les problèmes de la Thaïlande. Mais en 1998, l’effet de contamination avait été total. De juillet à octobre 1998, les actions américaines avaient perdu de 20 à 30% et les banques américaines plus de 40%. Une débâcle liée aux graves problèmes, à la fin septembre 1998, du fonds américain Long Term Capital Management (LTCM), victime numéro un de la crise financière russe.

Depuis LTCM, les marchés ont dû s’habituer à subir des chocs de plus en plus violents.

LTCM était le premier grand "hedge fund" à faire la culbute, obligeant la Federal Reserve à intervenir afin de préserver la stabilité du système financier. Une sorte de répétition avant l’heure de ce qui allait se produire en 2008.

Si la déroute de LTCM a fait tant de bruit voici 20 ans, c’est aussi en raison des noms impliqués. Créé par John Meriwether (Salomon Brothers), LTCM avait réussi à attirer en son sein Robert Merton et Myron Scholes, deux prix Nobel d’économie, ainsi que David Mullins, ancien vice-président de la Réserve fédérale américaine. Rien que du beau monde. La chute de LTCM, c’était aussi un coup dur porté aux modèles mathématiques au niveau financier. Pensez, on avait dit que le système développé par LTCM était quasiment infaillible. Il a fallu déchanter.

Depuis LTCM, les marchés ont dû s’habituer à subir des chocs de plus en plus violents. Le mathématicien Benoît Mandelbrot avait coutume de répéter une petite phrase: "Il ne faut jamais croire que ce qui paraît improbable n’arrivera jamais". Nassim Taleb s’est beaucoup inspiré des écrits de Mandelbrot, lui dédiant d’ailleurs son livre le plus fameux "Le cygne noir".

Bien évidemment, rien ne dit que nous allons vivre un "remake" parfait de la crise de 1998. Mais l’investisseur devra sans doute encore faire face à des événements improbables.

Improbable, vraiment?

Ce qui paraissait improbable jusqu’il y a peu, c’est une chute de l’action bpost de près de 50%. Une action pourtant qualifiée de "bon père de famille", mais qui a été minée récemment par le rachat de la société américaine Radial par le postier belge.

Cette chute de l’action bpost est un coup dur pour la Bourse de Bruxelles, car elle risque de peser sur la confiance globale des investisseurs. Car si une chute de 50% n’est jamais impossible pour une action biotech, il était difficile d’imaginer une telle issue pour une valeur comme bpost. Certains investisseurs qui s’étaient laissé séduire par l’action n’ont pas manqué d’interpeller à ce sujet leur conseiller financier. Et les réponses ne sont pas toujours évidentes. Si ce n’est de dire que dix ans après les déroutes de Fortis et Dexia, dans un monde en perpétuelle disruption, il faut bien s’y résoudre: il n’y a plus vraiment d’actions de bon père de famille.

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