Vers une "japonisation" de la zone euro?

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C’est le retour du spectre de la japonisation: une déflation accompagnée d’une longue période de taux d’intérêt au plancher.

C’est le retour du spectre de la "japonisation" de la zone euro. D’ailleurs, ce titre, vous avez déjà dû le voir. La dernière fois, c’était en 2014, lorsque la Banque centrale européenne (BCE) avait annoncé qu’elle prendrait des mesures radicales d’assouplissement de sa politique monétaire. À l’époque, même les spécialistes nippons avaient décelé le danger de cette "japonisation": une déflation accompagnée d’une longue période de taux d’intérêt nuls.

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Cinq ans après, c’est rebelote, c’est comme si rien n’avait vraiment changé. Le spectre est de retour. La récente révision drastique des prévisions d’inflation et de croissance en zone euro (1,1% de croissance seulement prévue cette année, en raison notamment de la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump) a mis le feu aux poudres, tout comme la sorte de précipitation de Mario Draghi à annoncer que toute hausse des taux directeurs serait reportée à l’an prochain.

Une étude de la banque ING met en lumière ce danger de japonisation. Faible croissance, inflation basse, des taux d’intérêt au plancher… Tout ceci ressemble furieusement au cas japonais depuis 1992-1993, après l’éclatement de la bulle spéculative.

Au plus haut de l’euphorie, l’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo avait atteint un record de 38.915 points à la fin de 1989. Soit un triplement des cours en trois ans. Aujourd’hui, l’indice se situe à 21.450 points.

La bulle boursière a éclaté au début des années 90, tout comme la bulle immobilière. Les banques ont été plombées par les prêts douteux, la dette publique a enflé. Et malgré les taux d’intérêt au plancher, l’économie japonaise n’a jamais réellement retrouvé un tonus durable.

Dans une certaine mesure…

Afin de mieux cerner les risques pour la zone euro, ING a créé un "Japanification model" basé sur la recherche de Takatoshi Ito de l’Université de Columbia. Le modèle qui prend en compte différents éléments (croissance économique, inflation, taux d’intérêt à court terme et évolution démographique) montre que, depuis 1993, le Japon est en territoire négatif. De son côté, la zone euro était en territoire positif jusqu’à 2013, à l’exception d’une petite plongée négative en 2009, période de récession européenne. Mais depuis 2013, le modèle montre que la zone euro a basculé en zone négative, dans une sorte de rapprochement avec le Japon qui n’est jamais sorti de cette zone négative depuis 25 ans. Un quart de siècle!

Si la BCE agit aujourd’hui dans une certaine urgence, c’est peut-être pour échapper au syndrome japonais.

Alors l’Europe est-elle en voie de se "japoniser"? Dans une certaine mesure, répond la banque ING. Mais seulement dans une certaine mesure. Car si des similarités existent avec le cas japonais, on peut aussi pointer des différences. Le taux d’inflation du Japon n’a pas atteint l’objectif de stabilité de 2% depuis 1993, à l’exception de l’année 2014 marquée par une hausse des taxes ("sales tax"). Et depuis 1991, le Japon a connu douze années de déflation, c’est-à-dire de baisse des prix.

Dans la zone euro, on a réussi à échapper (jusqu’ici) à ce type de déflation. Les dirigeants de la zone ont pris des mesures pour ne pas contracter la "maladie japonaise". Globalement, les autorités européennes ont été plus promptes que leurs homologues japonaises (mais moins rapides que les américaines) en termes de sauvetages bancaires où la lenteur nippone a singulièrement compliqué les choses.

D’ailleurs, si la BCE agit aujourd’hui dans une certaine urgence, c’est peut-être pour, précisément, échapper au syndrome japonais.

Il n’en reste pas moins que des similarités structurelles subsistent. Il suffit de penser à la démographie. Tant au Japon qu’en Europe, la population vieillit. Or, une population vieillissante épargne davantage et prend moins de risques. Et une moindre prise de risques n’est pas de nature à relancer à l’économie.

Alors doit-on s’inquiéter? Il convient certainement de rester vigilant. Cette "japonisation" partielle de la zone euro ne fait en tout cas que soutenir l’idée que les taux d’intérêt ne sont près de remonter.

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