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analyse

À Vilnius, les alliés offrent à l'Ukraine des garanties de sécurité sans précédent

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président américain Joe Biden et le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg au sommet de Vilnius, le 12 juillet 2023. ©AFP

Les pays du G7, tous présents au sommet de l'Otan à Vilnius, ont offert à l'Ukraine des garanties de sécurité sans précédent, dans l'attente de son adhésion à l'Alliance.

"C'était un sommet historique", nous a confié l'amiral Michel Hofman, le chef de la Défense belge, à la sortie de la grand-messe annuelle de l'Otan à Vilnius. Historique parce que les alliés ont accueilli pour la première fois la Finlande, leur nouveau membre, et la Suède, prête à adhérer depuis que la Turquie a levé son veto. Historique parce que l'Ukraine a reçu l'assurance d'être invitée à adhérer à l'Otan et, de la part du G7, des garanties de sécurité à long terme face à l'envahisseur russe.

"Le défi a toujours été de gérer les attentes élevées de la part de Zelensky."

Alexander Mattelaer
Professeur à la VUB et chercheur à l'Institut royal Egmont

"Ce sommet restera un succès", a déclaré mercredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, apparaissant détendu aux côtés du secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, avant l'inauguration du Conseil Otan-Ukraine.

La veille, Zelensky avait étalé sa colère sur Twitter, qualifiant "d'absurde" la décision de l'Otan de ne fournir à l'Ukraine aucun calendrier d'adhésion. Les dirigeants de l'Alliance avaient convenu d'adresser à Kiev une invitation à adhérer "quand les conditions seront réunies". Une formulation millimétrée, excluant tout timing.

La courbe rentrante de Zelensky

Après un dîner avec les 31 dirigeants de l'Otan, mardi soir, et plusieurs rencontres bilatérales mercredi matin, le dirigeant ukrainien s'est adouci. "Le défi a toujours été de gérer les attentes élevées de la part de Zelensky", explique Alexander Mattelaer, professeur à la VUB et chercheur à l'Institut royal Egmont.

Plusieurs avancées ont contribué à l'apaisement. Les alliés ont supprimé le Plan d'action pour l'adhésion (MAP), une étape habituelle du processus d'adhésion qui prévoit une série de conditions à accomplir, sur le plan démocratique et militaire. Pour l'Otan, Kiev aurait déjà rempli ces conditions. C'est, aux yeux de Zelensky, "le résultat le plus important du sommet".

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg (à droite), embrasse le président ukrainien Volodymyr Zelensky après une conférence de presse en marge du sommet de Vilnius. ©AFP

La courbe rentrante est aussi liée à l'octroi de nouvelles aides militaires. Missiles Scalp français, équipement allemand pour 700 millions d'euros, drones, missiles et rations offerts par la Norvège. Et, surtout, l'apport de garanties de sécurité substantielles par les pays du G7 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Canada, Japon).

"L'Ukraine est plus proche que jamais de l'Otan."

Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l'Otan

"L'Ukraine est plus proche que jamais de l'Otan", a conclu Jens Stoltenberg, en insistant sur trois choses: la création du Conseil Otan-Ukraine, qui met les deux partenaires "sur un pied d'égalité", l'adoption d'un programme pluriannuel pour soutenir la modernisation de l'armée ukrainienne et une première invitation à adhérer.

Au passage, le secrétaire britannique à la Défense Ben Wallace s'est autorisé à inviter Zelensky à "faire preuve de plus de reconnaissance".

Prise de conscience

Pour certains observateurs, le sommet de Vilnius n'a pas atterri beaucoup plus loin que celui de Bucarest en 2008, lorsque l'Otan reconnut pour la première fois la vocation de l'Ukraine à adhérer à l'Alliance, sans jamais concrétiser.

"Nous n'avons jamais donné un tel appui à un pays en guerre."

Ludivine Dedonder
Ministre de la Défense

Mais, en huit ans, les choses ont changé. La Russie a envahi l'Ukraine, suscitant une vague sans précédent de soutien militaire, financier et humanitaire de l'Europe et des États-Unis. L'agression russe et cette solidarité ont scellé le destin de l'Ukraine et de l'Occident.

L'utilisation du mot "invitation" dans le communiqué de Vilnius est une première dans les rapports entre l'Otan et l'Ukraine traduisant une volonté d'avancer. "La détermination de chaque pays membre à accueillir l'Ukraine était forte lors des prises de parole", nous a précisé la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS). "Nous n'avons jamais donné un tel appui à un pays en guerre."

"Ce sommet est aussi celui où les alliés ont pris conscience de la nécessité d'avancer quant à l'adhésion de l'Ukraine", résume Alexandre Mattelaer. "Il y a quelques mois, c'était encore une chose lointaine. Aujourd'hui, ils ont pris conscience qu'une fois la guerre terminée, il faudra que l'Ukraine adhère."

Une chose était claire, l'Ukraine n'adhèrera pas avant la fin de la guerre. Les alliés cherchent à préserver depuis l'invasion "un équilibre très délicat entre soutenir l'Ukraine et ne pas entrer en guerre contre la Russie", a indiqué le Premier ministre belge Alexander De Croo.

Zelensky s'est montré compréhensif sur cette question. "L'Ukraine comprend. Après tout, nous ne souhaitons pas de guerre mondiale", a-t-il dit.

Garanties de sécurité

Les pays du G7 ont adopté, en marge du sommet, une déclaration commune dans laquelle ils proposent de "travailler avec l'Ukraine à des engagements de sécurité spécifiques et bilatéraux sur le long terme afin de garantir une force durable capable de défendre l'Ukraine aujourd'hui et de dissuader toute agression russe à l'avenir".

Le Premier ministre Alexander De Croo, lors d'une conférence de presse à Vilnius. ©BELGA

Ces engagements sont comparables à ceux que les États-Unis ont offert à Israël. Ils garantissent l'accès à des équipements sophistiqués, des renseignements et de la cybersécurité. "Notre soutien se prolongera longtemps dans le futur", a affirmé le président des États-Unis Joe Biden.

L'annonce a provoqué l'ire de Moscou, qui a affirmé que ces garanties "portent atteinte à la sécurité de la Russie".

De Croo y voit des opportunités dont l'industrie de la défense belge doit se saisir. "C'est un programme large et très intéressant. La Belgique va analyser comment elle peut y participer sur le plan industriel", a-t-il réagi.

Renforcement de l'Alliance

Les alliés ont aussi adopté trois plans de défense régionaux visant à renforcer le flanc est de l'Otan face à la menace russe. Ces plans impliquent de placer 300.000 soldats en état de préparation avancée. À cela s'ajoute la décision de considérer comme "un minimum" des dépenses de défense atteignant 2% du PIB.

Pour la Belgique, l'effort sera considérable. "L'Otan aura besoin des forces belges de manière bien plus importante qu'aujourd'hui", dit Alexander Mattelaer. La part belge représente 2% des capacités de l'Alliance, ce qui signifie que notre pays devra mettre 6.000 soldats à sa disposition, selon cet expert.

"Nous savons que nous devrons fournir plus d'efforts", a indiqué la ministre de la Défense, en rappelant la croissance des dépenses de défense belges et la présence de 700 soldats en Lituanie et en Roumanie jusqu'à la fin de l'année.

Le résumé
  • Les pays du G7 ont adopté, en marge du sommet de l'Otan, une déclaration offrant des garanties de sécurité à long terme à l'Ukraine en attendant son adhésion à l'Otan.
  • Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a également reçu l'assurance de nouvelles aides militaires lors de rencontres bilatérales. Ulcéré, la veille, de ne pas recevoir de date pour l'adhésion de son pays à l'Alliance, il a effectué une courbe rentrante.
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