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analyse

Guerre en Ukraine: Deux scénarios possibles après la reprise de Kherson

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lundi à Kherson. ©AFP

Le président Zelensky s'est rendu à Kherson pour marquer la victoire ukrainienne. Deux scénarios sont envisageables pour la suite: la poursuite de la contre-offensive ou le gel du conflit.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a effectué, lundi, une visite surprise à Kherson, trois jours après que ses troupes sont entrées dans la ville abandonnée par ses occupants russes. Accueilli en héros, solidement protégé, Zelensky a affirmé que les forces ukrainiennes continueraient à combattre pour libérer le territoire. Le même jour, le président des États-Unis Joe Biden saluait une "victoire importante" de l'Ukraine, après un entretien avec son homologue chinois Xi Jinping avant le G20.

Deux scénarios possibles

Volodymyr Zelensky a estimé que la reprise de Kherson marque "le début de la fin de la guerre". Mais pour le Kremlin, la ville appartient toujours à la Russie.

Les forces russes, retranchées derrière la rive gauche du Dniepr, continuent à pilonner les Ukrainiens et à barrer le passage vers la Crimée. Dans ce contexte, deux scénarios envisageables se profilent pour la suite de la guerre.

L'Ukraine pourrait poursuivre sa contre-offensive et engager la bataille du Dniepr en vue de reprendre la Crimée. "Cette bataille ne sera pas facile à gagner. Le Dniepr est un fleuve très large, et les conditions météorologiques vont empirer. S'ils veulent poursuivre leur contre-offensive, les Ukrainiens vont devoir se préparer", explique Sven Biscop, directeur à l'Institut royal Egmont et professeur à l'Université de Gand. "Mais la reconquête de la Crimée, une péninsule bien défendue, est un défi majeur. Je ne suis pas sûr que les Ukrainiens en aient les moyens".

Les deux armées pourraient aussi camper sur leurs positions en attendant la fin de l'hiver. Ce gel du conflit pourrait aboutir à d'éventuelles négociations sous la pression internationale. "Les opérations vont ralentir temporairement et cela pourrait créer des possibilités de pourparlers, c'est juste. Mais on a l'impression que les deux parties n'ont pas l'intention de négocier", tranche Sven Biscop.

Poutine critiqué

"Les tensions montent au sein du régime russe."
Sven Biscop
Directeur à l'Institut royal Egmont et professeur à l'Université de Gand

La perte de Kherson représente une humiliation de plus pour le président russe Vladimir Poutine, contre qui les critiques ont continué à croître des derniers jours, en Russie et jusque dans son propre entourage. Vendredi, l'idéologue d'extrême droite Alexander Douguine a appelé sur son compte Telegram à renverser le maître du Kremlin. Quelques heures plus tard, le message était retiré et Douguine démentait.

Le président russe est aussi critiqué au sein de l'armée et par les mères de soldats russes. Mais la fragilisation du président n'est pas encore suffisante pour le faire vaciller. "Les tentions montent au sein du régime russe", dit Sven Biscop, "on peut se demander si Poutine contrôle toujours le régime, mais pour le liquider politiquement, il faudrait disposer d'une force armée".

La Russie isolée

La Russie est de plus en plus isolée sur la scène internationale, comme en témoigne l'absence de Vladimir Poutine au sommet des dirigeants du G20 à Bali, où la guerre en Ukraine est un des grands sujets qui seront discutés.

Les présidents américain et chinois ont donné le ton, lundi, lors d'une réunion bilatérale de trois heures. Les deux grandes puissances mondiales ont semblé converger sur certains thèmes, la Russie étant reléguée à l'arrière-ban des grandes nations.

Le président Xi Jinping s'est dit "profondément préoccupé" par le conflit. Les deux dirigeants ont réitéré leur opposition "au recours ou à une menace de recours à l'arme nucléaire en Ukraine", en faisant écho aux menaces nucléaires proférées par le président Poutine et d'autres dirigeants russes depuis le début de la guerre.

L'Ukraine a dit, à plusieurs reprises, craindre l'utilisation d'armes nucléaires tactiques par la Russie. Cette menace est prise au sérieux par Washington et Pékin. Le patron de la CIA américaine William Burns a rencontré, lundi à Ankara, son homologue russe Sergueï Narychkine, pour le mettre en garde contre toute attaque nucléaire.

Nouvelle assistance de l'UE

"Nous continuerons à isoler la Russie sur la scène internationale et à imposer des mesures restrictives à l'encontre de l'économie russe."
Josep Borrell
Haut représentant de l'UE aux Affaires européennes

L'UE a réitéré son soutien à l'Ukraine, lundi lors d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères. Les Vingt-Sept ont lancé une mission européenne d'assistance militaire à l'Ukraine visant à former 15.000 militaires ukrainiens. À ce jour, l'Europe a consacré 8 milliards d'euros à l'assistance militaire à Kiev.

"L'Union européenne restera aux côtés de l'Ukraine jusqu'à sa victoire, et cette victoire sera déterminée par les paramètres fixés par l'Ukraine", a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

8
milliards d'euros
L'Union européenne a consacré à ce jour 8 milliards d'euros à l'assistance militaire à Kiev.

Les ministres européens ont aussi discuté de leur approche stratégique de la Russie."Nous continuerons à isoler la Russie sur la scène internationale et à imposer des mesures restrictives contre l'économie russe", a ajouté Josep Borrell. Cet avertissement est aussi adressé aux pays étrangers qui soutiennent la Russie, comme l'Iran et la Biélorussie.

"Poutine n'est pas capable de défaire l'armée ukrainienne. Poutine est en train de battre en retraite", a résumé Borrell.

Le résumé

  • Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en visite à Kherson, a estimé que la reprise de la ville marque le "début de la fin de la guerre". Mais la Russie considère toujours Kherson et sa région comme une partie de son territoire.
  • Deux scénarios sont envisageables pour la suite de la guerre: la poursuite de la contre-attaque ou le gel du conflit durant l'hiver, cette hypothèse ayant la faveur des analystes.
  • Vladimir Poutine est très critiqué en Russie après la chute de Kherson. La Russie apparaît de plus en plus isolée sur la scène internationale.

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