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analyse

L'Otan invitera l'Ukraine à adhérer "quand les conditions seront réunies"

Le président américain, Joe Biden, et le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, lors du sommet de l'Otan à Vilnius, le 11 juillet 2023. ©AFP

Les pays membres de l'Otan ont convenu d'inviter l'Ukraine à rejoindre l'Alliance "quand les conditions seront réunies". Kiev n'a pas caché sa déception.

L'Ukraine attendait de ses alliés un signal fort sur son adhésion à l'Otan lors du sommet annuel de l'alliance à Vilnius. Ses attentes ont été refroidies. Les pays membres de l'Otan ont convenu mardi, au premier jour de la rencontre, d'inviter l'Ukraine à rejoindre l'Alliance "quand les alliés seront d'accord" et "quand les conditions seront réunies". Un exercice de haute voltige sémantique, ayant nécessité plusieurs jours d'âpres négociations.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, déçu, a répondu par un Tweet virulent, jugeant "absurde" que l'Otan ne propose pas à son pays un calendrier d'adhésion. Cette "indécision" de l'Otan encouragerait, selon lui, la Russie à exercer sa terreur sur l'Ukraine.

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Un sommet crucial

Les 31 chefs d'État et de gouvernement de l'Otan sont réunis durant deux jours en Lituanie pour un sommet crucial pour la sécurité en Europe, à quelques kilomètres de la Biélorussie et de l'enclave de Kaliningrad où sont stationnées des troupes russes. La capitale est sécurisée par plus de 12.000 agents. L'Allemagne a déployé dans la région un système de défense aérienne Patriot et la France des avions de chasse Rafale.

Le président Zelensky rejoindra les alliés mercredi, pour le lancement du Conseil Otan-Ukraine. Mardi soir, il s'est offert un bain de foule au cœur de Vilnius, sur la place Lukiskiu, face aux anciennes geôles du KGB russe.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'adresse à la foule sur la place Lukiskiu à Vilnius en marge du sommet de l'Otan, le 11 juillet 2023. ©REUTERS

Une "invitation" à adhérer

"On n'a jamais envoyé un message aussi fort à l'Ukraine en matière d'adhésion."

Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l'Otan

Les alliés ont confirmé la vocation de l'Ukraine à adhérer à l'Otan, mais ils sont restés divisés sur le timing. En réalité, la messe était dite depuis l'interview donnée par le président des États-Unis, Joe Biden, dimanche, à CNN. "Je pense qu’elle n’est pas prête à l’adhésion. Je ne pense pas qu’il y ait unanimité au sein de l’Otan", avait-il tranché.

Plusieurs pays membres de l'Otan, ceux de l’Est en tête, prônent une adhésion dès la fin de la guerre. D’autres, comme les États-Unis et l’Allemagne, insistent pour que l’Ukraine remplisse toutes les conditions d'adhésion, sur le plan de la gouvernance, de la corruption et de l’interopérabilité de son armée avec celles de l’Otan.

Le Tweet musclé de Zelensky n'a rien changé à la ligne des alliés. "Le débat a tourné à la discussion sémantique sur la manière de gérer les attentes de Kiev. C'est difficile d'éviter une déception de l'Ukraine", analyse Alexander Mattelaer, professeur à la VUB et chercheur à l'Institut royal Egmont.

L'Allemagne, en particulier, a du mal à accepter une adhésion dès la fin de la guerre, car pour activer l'article 5 du Traité de l'Otan, la clause de solidarité des alliés en cas d'attaque contre l'un d'eux, il faut que les frontières du pays à protéger soient sûres. Or, celles de l'Ukraine ne seront pas clairement définies avant un certain temps.

Jens Stoltenberg a défendu la formulation finale retenue par les alliés, l'assurance d'une invitation, sans calendrier. "Pour la première fois, nous avons inclus le terme 'invitation'. On n'a jamais envoyé un message aussi fort à l'Ukraine en matière d'adhésion", a-t-il dit.

L'Otan reconnaît également que l'Ukraine a suffisamment avancé sur la voie de l’intégration pour qu’un plan d’action pour l’adhésion - une étape en principe obligée - ne soit plus une nécessité une fois que le processus lancé. "Il ne faudra plus deux étapes, mais une seule", a expliqué Stoltenberg.

"Ce qui est important, ce sont les garanties de sécurité que les alliés peuvent offrir à Kiev."

Alexander De Croo
Premier ministre belge

"L’Ukraine sera un jour dans l’alliance, mais tant que la guerre est en cours, il n’y aura pas d’adhésion. Ce qui est important, ce sont les garanties de sécurité que les alliés peuvent lui offrir", a confié le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld). Il est accompagné à Vilnius par les ministres des Affaires étrangères, Hadja Lahbib (MR) et de la Défense, Ludivine Dedonder (PS).

Le Premier ministre Alexander De Croo au sommet de l'Otan à Vilnius. ©AFP

Garanties de sécurité

Pour autant, le sommet de Vilnius n'est pas un échec. L'Ukraine a reçu des garanties de sécurité supplémentaires. "Sur ce point, le sommet a produit des résultats significatifs", dit Alexander Mattelaer.

Berlin s'est engagé à livrer pour près de 700 millions d'euros d'armes supplémentaires à l'Ukraine. La France a annoncé la livraison des missiles longue portée Scalp à Kiev, l'équivalent des Storm Shadow britanniques, permettant de frapper les lignes russes en profondeur.

La coalition des F-16, comportant 11 pays dont la Belgique, s'est réunie à Vilnius pour faire avancer le programme de livraison d'avions de chasse et de formation de pilotes à l'Ukraine, prévu dans 6 mois.

De plus, les pays du G7 devraient annoncer mercredi, dans une déclaration commune, "des engagements de sécurité pour l'Ukraine". Le contenu fait encore l'objet de négociations. "Cela pourrait être quelque chose d'intéressant pour la Belgique et son industrie", a estimé De Croo.

La Russie a multiplié les avertissements à l'encontre de l'Otan sur une adhésion de l'Ukraine, mardi, et qualifié la réunion de "sommet antirusse".

La Suède, 32ᵉ membre de l'Otan

L'avancée la plus concrète du sommet reste la levée de l'opposition de la Turquie à l'adhésion de la Suède. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a donné, lundi soir, son feu vert après avoir reçu des garanties suffisantes de Stockholm sur la lutte contre les terroristes du PKK. Un poste de coordination de la lutte contre le terrorisme sera également créé au sein de l'Otan. Ankara a, surtout, reçu des assurances de Washington sur une demande de livraison de F-16, actuellement bloquée au Congrès.

Erdogan a aussi obtenu la promesse de la relance du processus d’adhésion de la Turquie à l'UE. Mais, le retour aux négociations est hypothétique dans la mesure où le dirigeant turc, nationaliste et nostalgique de l’empire Ottoman, freine le processus depuis plusieurs années.

La Suède, qui a le statut d’invité au sommet de Vilnius, deviendra sous peu le 32e État membre de l’alliance.

2%
du pib
Les alliés de l'Otan ont convenu de considérer comme un "minimum" l'objectif de dépenses de défense à 2% du PIB.

Dépenses de défense

Les dirigeants de l'Otan ont également décidé de considérer comme un "minimum" l'objectif de dépenses de défense à 2% du PIB qui avait été convenu au sommet du Pays de Galle en 2014. En neuf ans, onze pays membres ont atteint ou dépassé ce niveau.

"Les partenaires de l'Otan voient que nous faisons des efforts importants."

Ludivine Dedonder
Ministre belge de la Défense

La Belgique, avec des dépenses de 1,13% en 2023, est en queue de peloton. Sous l'impulsion du gouvernement actuel, les dépenses militaires ont été rehaussées de 11 milliards sur une période de 7 ans. "Les partenaires de l'Otan voient que nous faisons des efforts importants. Il faut reconstruire les fondations de notre défense, et cela prend du temps", affirme Ludivine Dedonder.

La Belgique atteindrait l'objectif de 2% en 2035, ce qui paraît éloigné. "Le plus important, c'est que les conclusions du sommet parlent d'un effort soutenu pour atteindre les 2%, et c'est ce que nous faisons", conclut Alexander De Croo.

Le résumé
  • Les pays membres de l'Otan ont convenu, mardi, d'inviter l'Ukraine à adhérer à l'alliance lorsque les alliés seront d'accord et que les conditions seront réunies.
  • Cette formulation laisse entendre que le processus d'adhésion sera accéléré une fois que les conditions seront remplies. Mais, elle ne satisfait pas l'Ukraine, car elle ne comporte aucun calendrier ni engagement ferme.
  • Les alliés se sont également engagés à consacrer "au minimum" 2% de leur PIB aux dépenses militaires. Un défi pour la Belgique, dont les dépenses de défense sont à 1,13% du PIB.
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