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analyse

"Les attaques sur Zaporijjia font craindre un accident nucléaire comme Fukushima et Tchernobyl"

Des militaires russes montent la garde sur le territoire de la centrale nucléaire de Zaporijjia, dans le sud-est de l'Ukraine. ©EPA-EFE

Les nouveaux bombardements sur la centrale nucléaire de Zaporijjia font craindre un accident majeur qui pourrait avoir de graves répercussions sur l'Europe et la Belgique.

De nouveaux bombardements ont eu lieu samedi et dimanche sur le site de la centrale nucléaire de Zaporijjia, dans le sud-est de l'Ukraine. Rafael Grossi, chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a exhorté les responsables d'arrêter immédiatement ces frappes "délibérées et ciblées".

Moscou et Kiev se sont une nouvelle fois accusés mutuellement, sortant la carte du chantage nucléaire. Car si le chef de l'AIEA a précisé que les réacteurs n'ont pas été touchés, malgré des dégâts "dans des endroits assez délicats", de nouveaux bombardements font craindre un accident nucléaire majeur dans la plus grande centrale d'Europe, qui compte six réacteurs.

Quel risque nucléaire?

"En aucun cas, on n'aurait une explosion nucléaire, mais on pourrait avoir une situation semblable à Tchernobyl ou Fukushima."

Pascal Froment
Expert agréé en radioprotection à l'UCLouvain

"Si le bâtiment est frappé, et si un autre bombardement au même endroit parvient à toucher le circuit primaire, cela peut engendrer une problématique au niveau du refroidissement du réacteur ou une fissuration du circuit primaire", explique Pascal Froment, expert agréé en radioprotection à l'UCLouvain. "En aucun cas, on n'aurait une explosion nucléaire comme une bombe atomique, mais on pourrait avoir une situation semblable à Fukushima ou Tchernobyl", à 500 km de là.

Un accident pourrait en outre survenir en cas de détérioration des alimentations électriques extérieures qui servent à refroidir le réacteur, ajoute-t-il, alors que ces infrastructures sont la cible régulière d'attaques. Selon l'AIEA, la centrale a ainsi perdu sa dernière source d'énergie externe le 8 octobre, ce qui l'a obligée à utiliser des générateurs diesel "de secours". La centrale dispose de 20 générateurs, qui contiennent suffisamment de diesel pour 10 jours.

Si les six réacteurs sont maintenant en arrêt à froid après l'arrêt du réacteur n°6 le 12 septembre, les pompes électriques qui font circuler l'eau dans le cœur du réacteur doivent continuer à fonctionner pour refroidir le combustible, sans quoi ce dernier risque la surchauffe. Le combustible pourrait alors fondre et déclencher un incendie ou une explosion susceptible de libérer un panache de radionucléides dans l'air, comme ce fut le cas en 1986 et en 2011.

"C’est préoccupant", estime l'expert de l'UCLouvain, qui indique que "la Russie n'est elle-même pas très éloignée et se retrouve dans le panache potentiel".

Un danger radioactif pour la Belgique?

La Belgique serait-elle également exposée à ce "nuage" radioactif? "Une dispersion atmosphérique de radionucléides sera fortement liée aux conditions météorologiques: la direction des vents, leur force, la pluie, etc. Le mieux, ce serait qu’il n’y ait pas de vent et beaucoup de pluie", indique Pascal Froment.

2.000
kilomètres
La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d'Europe, se trouve à un peu plus de 2.000 kilomètres de la Belgique.

Tout dépend aussi des systèmes de sécurité encore fonctionnels dans la centrale: "on peut, par exemple, asperger le réacteur, ce qui permet de 'refixer' au sol les poussières et aérosols." La distance qui sépare la centrale de Zaporijjia de notre pays, à plus de 2.000 km, sera aussi un facteur déterminant pour l'influence de ce nuage radioactif. Mais on rappelle qu'après l'accident de Fukushima, le panache avait atteint l'Europe, moins de deux semaines après la catastrophe et à plus de 9.000 km...

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