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Poutine lance un déluge de feu sur l'Ukraine "pour reprendre le contrôle"

Des voitures détruites au centre-ville de Kiev, après le bombardement russe. ©REUTERS

La Russie a lancé lundi son plus important bombardement sur l'Ukraine depuis le début de la guerre. Humilié par le repli de ses troupes et critiqué en Russie, Vladimir Poutine cherche à reprendre le contrôle.

La Russie a intensifié, lundi, ses bombardements contre les grandes villes ukrainiennes, 229 jours après avoir lancé sa guerre d'invasion. Le président russe Vladimir Poutine a laissé entendre que ces frappes étaient des représailles à une "attaque terroriste" contre le pont de Crimée, qu'il attribue aux services de renseignements ukrainiens.

En une journée, plus de 80 missiles ont été tirés, en pleines heures de pointe, contre des infrastructures et des habitations. Kiev, Lviv, Kherson, Kharkiv, Dnipro, Mykolaïv, Zaporijia figuraient parmi les cibles. Selon un nouveau bilan annoncé mardi par les autorités, au moins 19 personnes sont mortes et 105 ont été blessées. Environ 40 missiles auraient été interceptés.

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"Ils essaient de nous détruire tous, de nous effacer de la surface de la Terre."

Vlodymyr Zelensky
Président ukrainien

Les engins ont été tirés depuis la terre, la mer et les airs. Il s'agissait de la frappe aérienne la plus puissante depuis le début de la guerre en Ukraine. Kiev a été touchée à plusieurs reprises, des missiles atteignant entre autres un pont touristique populaire et un carrefour important de la capitale.

Des frappes ont été menées contre le quartier de Shevchenkivskyi, tuant 8 personnes et en blessant 24. Un bâtiment du consulat allemand, heureusement inoccupé, a été touché. Un missile a explosé à 850 mètres de l'ambassade de Roumanie. Le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders (MR), qui se trouvait à Kiev, a été forcé de se mettre à l'abri au sous-sol de son hôtel.

Des Ukrainiens examinent un cratère suite à un tir de missile russe à Dnipro, ce lundi. ©AFP

"Ils essayent de nous détruire"

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est exprimé depuis un quartier de Kiev visiblement touché par l'attaque. Il a indiqué que la Russie avait utilisé des missiles et des drones suicides iraniens. Il a qualifié ces attaques de "terroristes" et insisté sur la volonté de la Russie de faire des victimes civiles, vu les heures auxquelles les tirs ont été effectués.

"Le monde a, une fois de plus, vu le vrai visage d'un État terroriste qui tue notre peuple", a déclaré Zelensky sur Twitter. "Ils essaient de nous détruire tous, de nous effacer de la surface de la Terre."

Par ailleurs, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba a lancé un appel à l'Occident pour la fourniture de systèmes de défense aériens supplémentaires.

"Brutalité absolue"

Les Occidentaux ont condamné ces nouveaux bombardements. Le président des États-Unis y a vu une preuve de la "brutalité absolue" de son homologue russe Vladimir Poutine. Joe Biden a promis dans la foulée au président ukrainien Volodymyr Zelensky "de continuer à fournir à l'Ukraine ce dont elle a besoin pour se défendre, y compris des systèmes perfectionnés" de défense antiaérienne, selon un communiqué de la Maison Blanche.

Pour le Premier ministre belge Alexander De Croo, ces frappes constituent "un acte répréhensible de la Russie" et "une escalade inacceptable".

En réponse aux demandes du ministre Kuleba, l’Allemagne a assuré qu'elle livrerait "dans les prochains jours" un système de défense antiaérienne capable de protéger une ville entière.

Un sauveteur ukrainien aidant une femme blessée dans les rues de la capitale. ©via REUTERS

Nouvelles menaces

Vladimir Poutine s'est expliqué sur ces bombardements lors d'une émission télévisée diffusée le jour même, tout en menaçant l'Ukraine d'autres "représailles sévères" en cas de "nouvelle attaque". Le président russe a également présidé lundi une réunion du Conseil de sécurité russe consacrée à la crise.

"Il est tout simplement impossible de laisser des crimes de ce genre sans réponse."

Vladimir Poutine
Président russe

Le maître du Kremlin a accusé les services secrets ukrainiens d'être à l'origine de l'attaque contre le pont de Crimée, une infrastructure clé reliant la Russie à la péninsule annexée. "Il est tout simplement impossible de laisser des crimes de ce genre sans réponse", a martelé Vladimir Poutine.

Pour rappel, la Russie a annexé les 4 régions ukrainiennes qu'elle occupe, après y avoir organisé à la hâte des référendums. Le président Poutine a ensuite menacé l'Ukraine et l'Occident d'utiliser l'arme nucléaire si le territoire russe était attaqué.

Depuis plusieurs semaines, l'armée russe recule devant une contre-offensive ukrainienne. Une humiliation pour le président Poutine, de plus en plus critiqué par les faucons sur la scène politique russe.

Objectif psychologique

"Pour Poutine, c'est une façon de montrer qu'il est toujours maître de la situation, et de mettre la pression sans utiliser l'arme ultime."

Sven Biscop
Directeur à l'Institut royal Egmont, professeur à l'Université de Gand

Cette pluie de missiles ne semble viser aucune cible stratégique militaire déterminante, mais poursuit plutôt un objectif d'ordre psychologique.

"Pour Poutine, c'est une façon de montrer qu'il est toujours maître de la situation, et de mettre la pression sans utiliser l'arme ultime", explique Sven Biscop, directeur à l'Institut royal Egmont et professeur à l'Université de Gand.

"Il utilise sa force aérienne à haute altitude, sans la mettre en danger, en menant des frappes à l'aveugle. Cela aura-t-il un impact militaire? Je ne pense pas", poursuit-il.

Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion du Conseil de sécurité, le 10 octobre. ©Photo News

Changement de commandement

Humilié par le repli de son armée, le président russe tente de reprendre l'initiative. "Poutine est sur la défensive, il a besoin de stabiliser le front. Il envoie de nouvelles troupes, et cela prend du temps", ajoute Sven Biscop.

Ce renouvellement se traduit aussi dans la hiérarchie. Le Kremlin vient de désigner un nouveau commandant à la tête de "l'opération spéciale" en Ukraine, le général Sergueï Sourovikine. Ce "héros" de l'armée russe a combattu sur tous les fronts, en Afghanistan, dans les deux guerres de Tchétchénie. Il s'est aussi illustré en Syrie. Il remplace le général Alexandre Dvornikov.

L'armée russe est confrontée depuis le début de la guerre à des problèmes de commandement, ce qui a entraîné plusieurs limogeages. "C'était une erreur stratégique de confier l'invasion à quatre généraux", estime Sven Biscop.

Les bombardements massifs coïncident avec cette nouvelle nomination. Mais, pour l'analyste, "il est trop tôt pour dire si la guerre se trouve à un tournant". Jusqu'ici, la valse des généraux n'a rien changé sur le terrain.

Poutine critiqué

Poutine est poussé à frapper fort pour faire taire les critiques, de plus en plus fortes, dans le camp des radicaux. Le chef de guerre Igor Girkin, très influent dans les milieux ultranationalistes, a récemment traité le président russe de "clown" suite au repli de l'armée russe. Les critiques sur les réseaux sociaux militaristes montent aussi en puissance.

Le maître du Kremlin est également de plus en plus isolé sur la scène internationale où même la Chine et l'Inde, les alliés traditionnels de la Russie, ont pris leur distance.

Une assemblée générale de l'ONU est réunie depuis lundi à New York. Les Occidentaux espèrent voter mercredi une résolution condamnant l'annexion des territoires ukrainiens et montrant cet isolement du régime russe.

Le résumé
  • Le président russe Vladimir Poutine a ordonné, lundi, les frappes aériennes les plus importantes sur l'Ukraine depuis le début de la guerre. Plus de 80 missiles se sont abattus sur plusieurs villes ukrainiennes, faisant au moins 19 morts.
  • Poutine justifie ces bombardements en représailles à une "attaque terroriste" sur le pont de Crimée qu'il attribue aux services secrets ukrainiens.
  • Le président russe, isolé sur la scène internationale et critiqué dans son pays par le camp des "faucons", cherche à reprendre le contrôle.
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