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interview

Vitali Klitschko, maire de Kiev: "Poutine veut tous nous tuer, il veut l'Ukraine sans les Ukrainiens"

Le maire de Kiev, Vitali Klitschko. ©AFP

Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, doit préparer sa ville de 3 millions d'habitants à affronter les bombardements russes et un terrible hiver. Il a accordé un entretien exclusif à L'Echo, à l'occasion du Forum d'investissement de Kiev à Bruxelles.

Vitali Klitschko, un colosse de 2,02 mètres, quatre fois champion du monde de boxe, a connu des combats difficiles. Mais depuis un an, il livre la mère de toutes ses batailles: sauver sa ville des griffes de la Russie. Le maire de Kiev a accepté de s'entretenir avec L'Echo depuis la capitale ukrainienne, ciblée depuis plusieurs semaines par des dizaines de missiles russes.

"Nous attendons la prochaine attaque russe pour ce soir, ou demain matin."
Vitali Klitschko
Maire de Kiev

Nous l'interrogeons par vidéoconférence, en marge du Forum d'investissement de Kiev, un événement organisé par le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS), rassemblant les maires des grandes villes européennes pour soutenir et reconstruire la capitale ukrainienne.

Après les bombardements de ces derniers jours, Vitali Klitschko a renoncé à se rendre à Bruxelles. "Nous attendons la prochaine attaque russe ce soir, ou demain matin", lâche-t-il d'emblée, la voix cassée par la tension et la fatigue. Il est vêtu de sa tenue de combat, et garde son armure à portée de la main.

Mensonge et terrorisme

Depuis octobre, l'armée russe tire sans relâche des missiles et des drones suicides sur l'Ukraine, en visant Kiev avec insistance. "Ne croyez pas les Russes. Poutine veut nous tuer tous, il veut l’Ukraine sans les Ukrainiens", dit-il. "Aujourd'hui, la situation est sous-contrôle dans la capitale. Mais nous ne pouvons pas nous reposer. Nous devons nous préparer au pire des scénarios à chaque instant".

Nous l'interrogeons sur la stratégie de Moscou. "Les Russes n’ont aucun succès sur le terrain. Nous avons empêché l’invasion de Kiev, repris Kherson, libéré des villages. Poutine cherche à tout prix des succès à présenter à sa population, mais il n’en trouve pas. Alors, il bombarde les civils", dit Vitali Klitschko. "Les missiles sont tombés dans le centre historique de la ville, dans des plaines de jeu pour enfant, dans les maisons. Qu’est-ce que c’est, selon vous? C’est un génocide. C’est du terrorisme. Tout est mensonge, jusqu’au nom de ‘l’opération spéciale’."

"Nous n’allons pas évacuer Kiev, ça c’est le rêve des Russes."
Vitali Klitschko

Pas d'évacuation de Kiev

L'armée russe vise les infrastructures électriques dans l'espoir de plonger Kiev dans le froid et le noir. "Il y a quelques jours, nous étions dans une situation critique. Nous n’avions plus d’eau ni électricité, ni chauffage. Toute la ville était dans le noir", poursuit Vitali Klitschko, "nous avons travaillé jour et nuit. Si nous n’avons pas d’attaque pendant plusieurs jours, nous pourrons rétablir l’électricité."

Au plus fort des bombardements, la mairie avait affirmé qu'il faudrait peut-être évacuer la ville. Pour Vitali Klitschko, ce scénario n'est pas d'actualité. "Nous n’allons pas évacuer Kiev, ça c’est le rêve des Russes. Ils rêvent que nous prenions nos affaires et que nous partions à l’ouest, pour que notre ville soit vide et qu’ils puissent la prendre", explique-t-il. "Il y a 3,3 millions d’habitants à Kiev aujourd’hui. Avant la guerre, il y en avait 3,6 millions. Les gens reviennent, ils ne veulent pas vivre ailleurs".

Lors de l'invasion, l'armée russe a fondu sur Kiev par la Biélorussie, rasé des immeubles résidentiels et massacré des centaines de civils. Cette stratégie de terreur a eu l'effet inverse. "Les Russes ont essayé de nous mettre la pression, de nous déprimer. Au lieu de cela, nous avons ressenti de la colère et nous nous sommes dressés pour nous battre", dit Vitali Klitschko. "C'est simple: sans combat, pas de victoire."

Les frères Klitschko

Au début de la guerre, Vitali Klitschko a quitté son bureau de maire et pris les armes pour défendre sa ville sur le front, avec son frère Volodymyr, son cadet, lui aussi plusieurs fois champion du monde de boxe. Leur implication a galvanisé la résistance des Ukrainiens.

Sur le champ de bataille, Vitali s'est senti sous pression. "Une ville de plus de 3 millions d’habitants, c’est une très lourde responsabilité. J'avais le sentiment d’un long jour sans fin. Les Russes étaient presque dans Kiev. On s’est battus dans les murs de la ville. Nous avons construit des défenses. Et ça continue. Maintenant, nous devons réparer nos infrastructures critiques", confie-t-il, "chaque jour est un nouveau défi. Nous n’avons pas le temps de nous relâcher. Mais je ne me plains pas. Je suis fort".

La boxe ne le quitte jamais. "Comme ancien boxeur, je vous dis une chose: ce n’est ni la taille, ni les muscles qui importent. Ce qui est important, c’est l’esprit. C’est d’avoir la volonté de gagner", martèle-t-il.

"Les Ukrainiens sont très motivés. Par contre, les Russes paient leurs soldats. Vous seriez prêt à mourir pour de l’argent, vous? Personne ne veut ça. Nous, nous nous battons pour notre pays, nos enfants, nos familles. Nous sommes prêts à mourir pour eux. C’est pourquoi nous allons gagner. Et nous ne défendons pas que notre pays, mais chacun d’entre vous, parce que nous partageons les mêmes valeurs."

"Il (Volodymyr Zelensky) joue un jeu politique. C’est une grosse erreur de la part d’un représentant gouvernemental."
Vitali Klitschko
Maire de Kiev

Volodymyr Zelensky "n'a pas les bonnes informations"

L'intensité des bombardements et la désactivation de trois centrales nucléaires a provoqué des tensions au sein du camp ukrainien. Il y a quelques jours, le président Volodymyr Zelensky a critiqué Vitali Klitschko, estimant que "Kiev pose le plus gros problème" et que "les autorités locales n'ont pas installé assez d’abris d’urgence".

Nous demandons au maire de réagir. "Il (Volodymyr Zelensky) joue un jeu politique. C’est une grosse erreur de la part d’un représentant gouvernemental, car nous sommes confrontés à un défi vital pour le pays. Ensuite, le président n’a pas les bonnes informations. Nous avons beaucoup de points de chauffage où chacun peut se rendre."

Vitali Klitschko est persuadé de la victoire finale. "Je suis très optimiste, car chaque jour, nous sommes plus forts. L’Ukraine va gagner la guerre, et elle deviendra un pays européen. Kiev est un grand exemple pour toutes les villes, et c’est pourquoi ce Forum d’investissements est fondamental pour changer l’Ukraine, et en faire un pays doté du niveau de vie européen."

La solidarité des maires européens

Ce Forum fut l'occasion pour les maires de villes comme Paris, Berlin et Sarajevo, de témoigner leur soutien à Kiev, en présence de grandes entreprises comme Veolia, Solvay et Engie. Cette aide s'est concrétisée, entre autres, par l'envoi de générateurs électriques et l'octroi d'un prêt de 450 millions d'euros de la BEI pour reconstruire le métro de Kiev. "Je remercie la Belgique, et Philippe Close, de nous donner tant de temps. Nous voyons notre avenir dans la famille européenne, avec le droit et les valeurs européennes", résume Vitali Klitschko.

Nous pensons au jour après la fin de la guerre. C'est pourquoi nous avons besoin de partenaires, et je me porte garants de leurs investissements à Kiev", conclut-il.

Les phrases-clés

  • "Des missiles tombent dans le centre historique de Kiev, dans des plaines de jeu pour enfant, sur les maisons. Qu’est-ce-que c’est, selon vous? C’est un génocide. C’est du terrorisme. Tout est mensonge, jusqu’au nom de ‘l’opération spéciale’."
  • "Les Ukrainiens sont très motivés. Par contre les Russes paient leurs soldats. Vous seriez prêt à mourir pour de l’argent, vous? Personne ne veut ça."
  • "Nous ne défendons pas que notre pays, mais chacun d’entre vous, parce que nous partageons les mêmes valeurs."
  • "Comme ancien boxeur, je vous dit une chose: ce n’est ni la taille, ni les muscles qui importent. Ce qui est important, c’est l’esprit. C’est d’avoir la volonté de gagner."

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