tribune

4 millions de morts du covid, 4 leçons à tirer de cette crise

Entrepreneur en big data/AI à des fins sociétales, Managing Partner au cabinet Dalberg Data Insight

À l’avenir, il faudra prioritairement s’atteler à réduire les fractures entre le politique et la société. Nous avons aussi besoin de plus et "mieux" d’État. Et, bien sûr, du digital.

Bientôt 4 millions de morts officiels du Covid-19 en 18 mois. Le monde occidental se vaccine. Des plans de relance économique sont mis en place que ce soit aux États-Unis ou en Europe.

Nous devons encore faire face aux problèmes de plus long terme comme ceux liés à la santé mentale ou aux séquelles physiques du covid long. Nous remontons donc la pente mais le reste du monde se meurt.

Frédéric Pivetta. ©doc

Le nombre de cas d’infections au Covid-19 explose en Afrique et en Asie ou plusieurs pays ont décrété un lock-down agressif fragilisant ce qu’il reste de leurs économies. On laisse, à court terme, plus de 1,5 milliard de personnes essentiellement en Afrique sans réelle possibilité de vaccin qui est le seul remède actuellement existant.

Trois raisons dont deux sont égoïstes devraient nous pousser à faire un choix plus généreux. D’abord, il y a un choix éthique ou moral qui est de ne pas laisser mourir les autres alors qu’il existe un remède. Ensuite, d’un point de vue épidémiologique, une circulation accrue du virus renforce aussi la possibilité de variants moins ou non-couverts par les vaccins actuels. Enfin, économiquement, ce serait un investissement offrant un rendement incroyable.

Plus et mieux d'Etat

Même s’il est encore tôt pour tirer les leçons du Covid-19, certains enseignements sont déjà très clairs : il faut s’atteler à réduire les fractures entre le politique et la société. Il faut davantage d’engagement citoyen. Il faut aussi plus et "mieux" d’Etat et de digital. Enfin, il faut être plus global. Mais tout cela ne se décrète pas.

Première leçon: les dirigeants politiques nationaux doivent rester au centre des décisions mais les citoyens doivent davantage s’engager dans la vie publique

Une communication plus continue, plus claire, moins infantilisante aurait certainement été utile.

Tout au long de la crise, nos gouvernements sont demeurés au coeur de la vie démocratique. Ils ont protégé les plus faibles et les sans voix, les vieux et les pauvres. Au début, les experts ont comblé un vide politique et un manque de connaissance qui se sont résorbés avec le temps. Aux jointures, comme aux fins de lock-down ou au début de la vaccination, l’isolement de la classe politique est apparu plus clairement et, comme le soleil à travers un volet, la crise de confiance sous-jacente a pointé.

Les « égoïstes », les « optimistes » et les « solidaristes » se sont écharpés. Certains, et pas que les « égoïstes », ne se sont pas sentis écoutés ou compris. Une communication plus continue, plus claire, moins infantilisante aurait certainement été utile pour expliquer les raisons de ne pas organiser un pique-nique au Bois de la Cambre ou de ne pas jouer un match de hockey ou de football.

Attirer les talents au service de l'Etat

Cela montre aussi le manque d’engagement de la société civile dans les décisions politiques et le fossé entre les deux. Ces mondes sont trop hermétiques l’un à l’autre. Des projets comme « Leadershipnowproject.org » montre la voie comment impliquer davantage cette société civile (mais pas citoyenne) dans la politique. Il y a donc des solutions. Mais cela montre surtout une chose essentielle : la mission première de nos politiciens nationaux doit être de réduire les fractures sociales, politiques et économiques en permettant aux citoyens de s’engager. Car Facebook ne résoudra rien tout seul...

Il faut attirer davantage de personnes de qualité au service de l’Etat.

Deuxième leçon: nous avons besoin d'un service public de qualité. Les équipes opérationnelles des administrations publiques ont rapidement pris conscience de l’ampleur des actions à lancer. Certains diront que cela n’a pas été assez rapide, comme par exemple pour la vaccination ou le suivi digital des cas de Covid-19. Mais cela met en évidence un point capital : il faut attirer davantage de personnes de qualité au service de l’état car il existe un service de l’état qui n’est pas politique et qui demande juste d’être compétent. L’administration publique ne doit pas tout faire elle-même, mais le talent est nécessaire.

Troisième leçon: il faut plus de digital, plus de données et mieux les encadrer. Des approches comme Data-against-Corona en Belgique ou le suivi digital à Singapour ont servi d’exemples à de nombreux pays dans le monde. Le digital permet d’être systématiques, granulaires et dynamiques. Cependant, l’une des clés de Data-against-Corona a été la mise en place d’un comité éthique qui a obligé d’aller plus loin que la loi et la régulation existantes. Mais cela met en exergue un aspect fondamental : la mise en place d'une gouvernance des données doit accompagner la digitalisation accrue de nos vies. Et il ne faut certainement pas laisser la technologie répondre à tout.

180 fois la mise de départ

Quatrième leçon: une solution globale dépend en grande partie de personnes qui ont une vision ou qui ont envie d’écrire une histoire, voire l’Histoire. Que cela soit Bill Gates, Klaus Schwab ou la Commission européenne, ils donnent une direction, un endroit de réflexion ou une capacité rapide de réaction. Ils n’ont que peu de légitimité démocratique et ne représentent d’ailleurs qu’une fraction de ce que le monde est capable de mobiliser comme moyens. Il n’en reste pas moins que les seules approches épidémiologiques globales actuelles comme l’initiative COVAX sont pilotées par l’OMS, l’Alliance pour les vaccins (GAVI), le CEPI qui sont tous des émanations de la Fondation Gates, de la Commission européenne et souvent de Davos.

Une solution existe et pourrait nous rapporter beaucoup d’argent.

Une solution existe pourtant et pourrait même nous rapporter beaucoup d’argent. Le Fonds Monétaire International (FMI) a ainsi décrit récemment une approche en sept étapes afin d’éviter un futur marasme économique: vacciner 40% de la population mondiale en 2021; atteindre les 60% en 2022 en investissant 50 milliards de dollars... mais récolter ensuite quelque 9.000 milliards de dollars sur 4 ans à l'échelle de l’économie mondiale en raison d’une reprise plus rapide de l’activité économique. 180 fois la mise de départ avec peu de risques ! (1) Même si les chiffres sont exagérés, la direction demeure correcte.

Heureusement qu’il n’y a pas d’autre crise sanitaire globale et que la crise climatique est une crise lente sinon nous serions déjà tous morts.

Frederic Pivetta
CEO Dalberg Data Insights
Digtial Minds, Belgium

(1) A proposal to end the COVID-19 pandemic, Agarwal and Gopinath, INF Staff Discussion Note, May 2021, IMF Fiscal Monitor April 2021, p.29; World Economic Outlook April 2021, IMF,p p. 42-43

Lire également