70% de vaccinés, cela ne suffira pas face au variant Delta

Face aux percées causées par le variant Delta, Israël accélère le plus possible la vaccination des 12-15 ans. ©REUTERS

Ce mercredi, la Belgique a dépassé le seuil de 70% de la population majeure à avoir reçu une première dose. Objectif: dépasser les 80% de personnes complètement vaccinées.

Souvenez-vous. Tel était l'horizon dessiné lors du lancement de la campagne de vaccination contre le Covid-19: 70%. Il fallait arriver à toucher 70% de la population afin de pouvoir se mettre à rêver d'immunité collective – avec cette zone de flou, selon que l'on vise la population totale ou seulement celle en âge d'être vaccinée.

70,2%
De Belges de plus de 18 ans ayant reçu une première dose
En Belgique, 70,2% de la population majeure a déjà reçu une première dose de vaccin. Le compteur en est à 39,2% si l'on se concentre sur un schéma vaccinal complet, à savoir deux doses pour Pfizer, AstraZeneca et Moderna, et une seule pour Johnson & Johnson.

Près de sept mois, et son lot de variants, plus tard, où en est-on? Symboliquement, un cap vient d'être franchi, puisque 70,2% des Belges de plus de 18 ans ont reçu une première injection. "C'est significatif", commente le microbiologiste Emmanuel André (UZLeuven). "Cela montre qu'une large proportion de la population est rentrée dans le processus."

70%, un seuil désuet

Rien n'est joué pour autant. Parce que lorsque l'on brandit ces 70%, c'est avec un schéma vaccinal complet, soit deux doses, à l'exception de Johnson & Johnson. Et là, la Belgique en est à 39,2% des plus de 18 ans. Depuis, la Belgique a élargi sa cible, visant à présent les plus de 16 ans, ainsi que les 12-15 ans présentant des comorbidités; ce qui laisse de côté pas loin de 18% de la population.

"Notre objectif est de vacciner le plus possible et de dépasser le seuil des 80% de la population en âge d'être vaccinée. Cela devrait être le cas d'ici à la mi-juillet pour les premières doses et d'ici à la fin août pour la vaccination complète."
Christopher Barzal
Porte-parole de la task force vaccination

Surtout, avec l'apparition de variants plus transmissibles, le seuil de 70% est tombé en désuétude. "On ne s'y réfère plus", confirme Christopher Barzal, porte-parole de la task force vaccination. Notre objectif est de vacciner le plus possible et de dépasser la barre de 80% de la population en âge d'être vaccinée. Cela devrait être le cas d'ici à la mi-juillet pour les premières doses et d'ici à la fin août pour la vaccination complète."

D'où proviennent ces seuils qui fluctuent de la sorte? "Leur estimation est ardue", avertit Simon Dellicour, chercheur FNRS au Laboratoire d'épidémiologie spatiale de l'ULB et membre de la plateforme fédérale de surveillance génomique du SARS-CoV-2. Et évolue au fil de l'irruption de variants.

Tout part d'une équation théorique: 1-(1/R0), où R0 est le taux de reproduction de base du virus, soit le nombre moyen de personnes contaminées par un individu infecté, en l'absence de mesures de protection et dans une population non immunisée. "Le taux de reproduction de base des variants ayant colonisé l'Europe tournait autour de 3, explique Simon Dellicour. Pour le variant Delta, on ne dispose pas encore d'estimation consolidée, même si l'on parle déjà d'un R0 pouvant dépasser 5." Ce qui mène aux fameux 80% de la population, à dépasser dès lors qu'on ne vaccine massivement que les plus de 16 ans.

"Même si les premières données restent globalement rassurantes, il semblerait qu'il y ait une petite baisse d'efficacité des vaccins face au variant Delta."
Simon Dellicour
Chercheur FNRS au Laboratoire d'épidémiologie spatiale de l'ULB

À ce défi de la transmissibilité accrue, s'ajoute celui de la solidité de l'immunité. "À quel point les variant peuvent-ils causer des réinfections ou contourner la protection vaccinale?" On soupçonne l'ami Delta d'avoir à son actif un échappement immunitaire partiel. "Même si les premières données restent globalement rassurantes, il semblerait qu'il y ait une petite baisse d'efficacité des vaccins face au variant Delta."

Le cas écossais

D'après une étude réalisée en Écosse entre avril et juin, on se dirigerait en effet vers une baisse de la protection de l'ordre de 10 points de pourcentage – une donnée à prendre avec des pincettes. Outre le fait que le variant Delta charrie un risque d'hospitalisation doublé par rapport à son cousin Alpha, il apparaît que "la majorité des personnes infectées appartiennent à des tranches d'âge assez basses, ce qui prouve indirectement que la vaccination a bien un impact sur cette nouvelle phase de l'épidémie".

De quoi baliser les enjeux de la campagne pour cet été: négocier le virage des secondes doses et convaincre les plus jeunes de se protéger.

Le résumé

  • La Belgique a dépassé le cap des 70% de la population majeure à avoir reçu une première injection de vaccin.
  • Face à l'irruption de variants plus transmissibles, le cap a été revu à la hausse. Il est à présent question de dépasser les 80%.
  • Cap qui devrait être atteint à la mi-juillet pour une dose, et à la fin août pour un schéma vaccinal complet.
  • D'après des données écossaises, il semble que le variant Delta soit à l'origine d'une baisse de la protection offerte par les vaccins de l'ordre de 10 points de pourcentage.

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