interview

Caroline Désir, ministre de l'Education: "Pas question de jeter les élèves ou les travailleurs en pâture"

Caroline Désir, ministre de l'Education ©BELGA

Caroline Désir est au cœur du débat sur les réponses à apporter à la crise sanitaire. En tant que ministre en charge de l'enseignement, elle prépare un scénario de reprise partielle des écoles. La priorité est donnée aux élèves de rhéto.

Les écoles sont fermées depuis la mi-mars. Une étrange situation pour la communauté scolaire qui rappelle les interruptions des années 90, lors des grèves des enseignants. Le contexte de confinement est évidemment totalement différent, mais Caroline Désir (PS), ministre de l'Education, rappelle qu'à l'époque, "on s'en est tous sorti" malgré des années scolaires chaotiques. Aujourd'hui, les profs peuvent maintenir le contact avec les élèves et la concertation entre autorités et acteurs de terrain "est très positive", assure-t-elle. Lundi, une importante réunion de tous les acteurs de l'enseignement doit préparer la suite de l'année scolaire et la rentrée de septembre. En ligne de mire, les décisions du prochain Conseil national de sécurité (CNS) prévu vendredi et l'éventuelle confirmation d'une reprise au moins partielle des cours.  

Auriez-vous préféré une perspective plus claire sur la réouverture des écoles? Parents, élèves, professeurs et directions sont toujours dans l’expectative.

Je comprends que ce ne soit pas confortable de ne pas avoir une date mais cela nous permet de préparer les choses et de s’assurer que les conditions de sécurité et d’hygiène nécessaires pour une reprise, même partielle, soient réunies. Je trouve que c’est pas mal. On aurait donné une date, celle-ci aurait pu primer sur le reste. Le principal, c’est la santé des enseignants et des élèves. On reprendra quand on sera en mesure de s’assurer que ça se passe bien.

Le début du déconfinement est tout de même prévu pour le mois de mai.

"Les acteurs de terrain ont des questions mais aussi des idées."

Ce groupe de travail sur la sortie du confinement est en train d’évaluer la situation pour tous les pans de la société dans une stratégie globale. Il ne sera pas question de jeter en pâture les élèves ou les travailleurs. Tous les impacts seront mesurés. Cela nous donne le temps de faire remonter nos questions aux experts. Que faut-il ? Que toute la communauté scolaire ne soit pas là en même temps ? Quelle distanciation sociale? Faut-il des masques, du gel hydroalcoolique dans chaque classe? Il faut qu’on sache à quelles conditions reprendre. De mon côté, je continue la concertation avec les acteurs pour faire remonter leurs préoccupations. Ils ont des questions mais aussi des idées.

A quelles conditions l’école peut-elle reprendre, selon vous ?

Je ne peux répondre à cette question. Je ne suis ni dans le groupe déconfinement, ni au CNS. Il est important que ce lien se fasse entre nous qui relayons des considérations pratiques et les experts qui sont en mesure de nous répondre sur le plan de la sécurité. J’ai entendu dire que si la distanciation sociale ne peut être respectée, il faut des masques en tissu. Or dans une classe, il est très difficile de maintenir cette distanciation. Faut-il des masques pour tout le monde ou faire entrer les élèves par petits groupes? Ce sont de vraies questions. Il faut des réponses pour construire quelque chose. Nos questions ont été envoyées au groupe d'experts. 

Quid des nouveaux apprentissages à distance?Va-t-il falloir y penser? 

"Nous attirons l’attention des enseignants pour toucher les élèves dont nous n’avons plus de nouvelles."

La question est posée pour les élèves du troisième cycle, principalement les rhétoriciens car ils sont dans une situation particulière, ils doivent être certifiés. Pour eux, il va falloir une approche différente avec des apprentissages supplémentaires à distance pour peu que l’on s’assure que cela touche tous les élèves. Cela pourrait faire partie de la stratégie de déconfinement, on pourrait commencer par les élèves de rhéto. Pour le reste on n'a pas choisi d’aller vers de nouveaux apprentissages car c’est compliqué dans les familles, il y a une fracture numérique, etc. Nous attirons l’attention des enseignants pour toucher les élèves dont nous n’avons plus de nouvelles.

Faire venir tout le monde à l’école pour le peu de temps qui reste de l’année scolaire, est-ce que cela a du sens ?

Faire revenir tout le monde en même temps ne sera pas la solution, à mon avis. La santé est prioritaire mais si c’est possible, cela a du sens même pour deux ou trois semaines. Sinon, entre le 12 mars et la rentrée de septembre, cela ferait 6 mois sans contact entre les élèves et l’école. C'est très long.   

Comment répondre aux craintes des enseignants au niveau sanitaire ? Idem pour les parents qui pourraient rechigner à remettre leurs enfants à l’école?

©BELGA

Ces craintes sont évidemment normales car il y a des attitudes variées dans les pays voisins et les experts ne sont pas unanimes. Il y a plein de modalités pour reprendre. A nous de faire en sorte que les conditions de sécurité soient réunies, il n’est évidemment pas question de mettre en danger élèves et enseignants.

Faudra-t-il adapter les programmes de l’an prochain pour rattraper le retard des élèves ?

On avance sur plusieurs scénarios. Là on prolonge le confinement jusqu’au 3 mai, on imagine reprendre au moins partiellement et donc rattraper une partie des apprentissages. Si on se rend compte qu’il n’est pas possible de rouvrir les écoles, il faudra envisager le début de l’année suivante en adaptant les programmes pour rattraper les matières non vues. On peut imaginer du renforcement scolaire en septembre mais on ne travaille pas encore sur ce scénario.

Il y aura de toute façon de la matière non vue ?

"Si on peut reprendre d’une façon ou d’une autre, les profs auront le droit de tester les élèves."

Non, pas forcément. Les épreuves certificatives et les examens sont annulés. En cas de réouverture, on pourra donc travailler jusqu’au 26 juin, ce qui nous permettrait de ne pas perdre grand-chose. Les profs ont continué à donner du travail aux élèves. Dans ce cas-là, il n’y aura pas de lacunes majeures. Si on ne peut pas reprendre, ce ne sera pas insurmontable non plus. Si on peut reprendre d’une façon ou d’une autre, les profs auront le droit de tester les élèves. Car nous avons des élèves qui comptaient sur la fin de l’année pour se refaire, il faut leur permettre de se rattraper. Il y aura la possibilité de faire des travaux de vacances, des deuxièmes sess, etc. Le but est que les gosses ne soient pas pénalisés.

Quid de l’entrée dans les études supérieures des élèves qui auront eu une rhéto incomplète ? Faudra-t-il des adaptations dans le supérieur également ?

La question de la situation des rhétos sera sur la table lundi. L'objectif est qu'ils ne subissent pas de préjudice, ils seront certifiés en cas de réussite. Certains élèves préparent des examens d’entrée, doivent entrer dans un métier, etc.  On doit faire attention à eux. Une des pistes, c’est qu’ils soient prioritaires en cas de sortie du confinement.

L’implémentation du Pacte d’excellence est-elle retardée ?

On a repris les chantiers, les réunions du comité de direction du Pacte et la concertation en virtuel. On ne peut pas laisser le retard s’accumuler. Mais il y a des choses qui seront impactées. On est par exemple en train de former 13.000 profs pour l’entrée en vigueur du tronc commun en maternelle prévue en septembre, on a loupé pas mal de formations. On va devoir rattraper cela, probablement en septembre.

Le remplacement du décret inscription pour 2021 est-il remis en cause ?

"Pour le remplacement du décret inscription en 2021, je ne vais pas encore dire que c’est foutu, mais ce n’est pas gagné."

Ce n’est pas évident, on prend du retard dans un timing déjà très serré. Je ne vais pas encore dire que c’est foutu, mais ce n’est pas gagné. On continue à travailler d’arrache-pied mais on n'est pas aidés par la conjoncture.

Fin de l’an dernier vous annonciez dans L’Echo des solutions à court terme pour les pénuries de profs. Où en est-on ?

On a un avant-projet de décret sur la table. On est en phase de concertation.

Pouvez-vous lever un coin du voile ?

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Non, c’est en discussion. Mais c’était une priorité avant la crise et ça l’est resté. On a un package des mesures pour le mois de septembre qui visent à assouplir le système pour remplacer les profs plus facilement.

On a vu votre ministre-président Pierre-Yves Jeholet (MR) intervenir sur le prolongement de l’année scolaire. Y a-t-il des frottements dans la majorité ?

On est dans un fonctionnement inédit, il faut se serrer les coudes. Ce n’est pas simple, c’est lui qui représente la Fédération au Conseil national de sécurité, je dois lui remonter les préoccupations du secteur et il doit me donner un feed-back. On doit être partenaires, la question de l’enseignement est un des gros enjeux de cette crise, il est donc normal que le ministre-président intervienne.

Lire également

Publicité
Publicité