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Ce qu'il faut savoir sur le traçage de vos déplacements post-confinement

Singapour a déjà déployé une application de contact tracing, mais elle n'a été adoptée que par 12% de la population. ©AFP

Apple et Google vont proposer une solution inédite pour suivre les déplacements via une mise à jour de leurs systèmes d'exploitation. En Belgique, on privilégie la piste d'une application de "contact tracing" commune aux pays européens. Comment cela va-t-il fonctionner et quels sont les risques? Réponse en 6 questions.

Plus on se rapproche de la période de déconfinement, plus l’emploi d’une application de traçage ou de "contact tracing" se précise et se confirme. Objectif ? Vérifier que les malades sont biens isolés, prévenir les personnes qui ont été en contact avec des cas confirmés et permettre un déconfinement par vague pour prévenir un potentiel deuxième pic de l’épidémie. En annonçant un partenariat inédit dans le domaine, Apple et Google pourraient devenir le standard en matière de "contact tracing". En face, la solution d’une application mobile paneuropéenne fait son chemin, poussée par l’Allemagne et la France. Tour d’horizon du sujet en 6 questions.

1/ Que proposent Apple et Google?

Le système de "tracing" des deux géants technologiques fonctionnera sur la base des interactions entre votre smartphone et ceux des personnes que vous croiserez. Les personnes diagnostiquées comme positives recevront un code unique à entrer dans le système, qui permettra d’avertir les personnes qu’elles auraient croisées sur leurs différents trajets. Les systèmes d'exploitation de Google et Apple alerteront eux-mêmes les utilisateurs sur le fait qu'ils ont pu être exposés et les dirigeront vers le téléchargement de l'application de santé publique appropriée en fonction du pays. C’est un élément déterminant, car il signifie qu’il ne faudra pas télécharger d’application au départ.

Premier pays à s’être lancé dans le "contact tracing", Singapour n'a eu que 12% d'adoption de son application de recherche de contacts, preuve que l’adoption massive est compliquée pour ce type d'application. Placer les notifications de contact "dangereux" au niveau du système d’exploitation représente une avancée majeure pour l’adoption de cette technologie, même si les gens doivent toujours y adhérer in fine lors du téléchargement de la mise à jour. Un consentement plus faible que le fait de télécharger une application.

2/ Quel élément du smartphone permet de connaître votre position?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les données de localisation, apparemment peu fiables, mais bien le Bluetooth qui sera l’élément essentiel pour déterminer votre position et votre historique de contacts. Pourtant, l’usage du Bluetooth est déjà remis en cause par de nombreux experts qui estiment que sa fiabilité n’est pas assurée et que la puissance du signal dépend du type de téléphone. Apple et Google chercheraient encore la meilleure formule à ce niveau-là. Le Bluetooth est également l’élément clé des applications de traçage.

3/ Pendant combien de temps votre smartphone sera-t-il "suivi"?

Google et Apple se sont engagés à démanteler cette fonctionnalité lorsqu’elle n’aura plus d’utilité. Il ne s’agit pour l’instant que d’un engagement. Le risque de voir les données utilisées pour de la publicité ciblée, par exemple, est bien réel. Comme bon nombre de mesures exceptionnelles prises actuellement, la notion de temporalité est essentielle. Si on ne connaît donc pas encore la date de fin, les deux entreprises annoncent que leur solution devrait être finalisée pour la mi-mai, ce qui correspond avec la période de déconfinement envisagée dans la plupart des pays européens. L'application européenne est de son côté toujours en développement, elle aussi ne pourra qu'être temporaire dans son utilisation et dans le stockage des données.

4/ Quelle garantie pour le respect de la vie privée?

Le fait que Google et Apple travaillent sur le sujet est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Tout d’abord une bonne, car leur puissance leur permet de pouvoir développer rapidement une solution et de l’implémenter dans leurs environnements respectifs, qui sont régis par des politiques de confidentialité que tout un chacun, ou quasi, a un jour déjà approuvées. Ensuite, les deux entreprises seront tenues de respecter le RGPD sur le sol européen et donc de maintenir des standards de protection de données élevés. Mais c'est aussi une mauvaise nouvelle, car les deux géants sont coutumiers des scandales et amendes liés à des divulgations ou reventes de données sans l’accord des utilisateurs. Leur puissance leur permet parfois de se situer au-dessus des États et de bafouer certaines lois en vigueur.

Plusieurs appels ont déjà eu lieu pour mettre en place des gardes-fous suffisants par rapport à l'utilisation de cette technologie extrêmement intrusive. L'application européenne sera également tenue de respecter le RGPD, ce qui signifie notamment une anonymisation stricte des données personnelles. 

5/ Peut-on vous obliger à accepter d’être suivi via votre smartphone?

C’est la grande question. Théoriquement non, mais des mesures exceptionnelles pourraient permettre d’obliger la population désirant sortir de chez elle à utiliser l’application. Les textes de loi permettant cela ne sont pas encore prêts et devront être très précis, car la question est hautement sensible. Sans oublier qu’il y a des personnes qui n’ont pas de smartphone ou qui pourraient tomber à court de batterie pendant la journée… Les modalités pratiques sont toujours en discussion tant au niveau belge qu’européen. Didier Reynders, commissaire européen à la Justice et à la Protection des consommateurs, a encore insisté récemment sur la dimension volontaire dans l’utilisation de ce type de technologie.

 

6/ Quelle application sera-t-elle utilisée chez nous?

Selon nos informations, une application mobile européenne est sur les rails et tient la corde pour devenir la référence du "contact tracing" pour les pays européens, dont la Belgique. L’annonce de Google et Apple pourrait changer la donne ou permettre de propulser cette application sur l’ensemble des smartphones belges et européens très rapidement. Une alliance entre les géants du net et cette future application n’est pas non plus à exclure, les deux géants pourraient faciliter l'accès à leurs systèmes d'exploitation et catalogues d'applications pour garantir un taux d'adoption suffisant.

Si l'utilisation du "contact tracing" semble être une évidence, la question du choix du moyen et celle de l'obligation ou non de l'adopter pour les citoyens restent politiques. Ces questions sont en ce moment étudiées par les différents groupes de travail et le gouvernement fédéral, qui devrait se décider dans les prochains jours pour préparer le terrain avant le déconfinement.

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