Face au coronavirus, les marchés matinaux font de la résistance

Au Marché matinal de Bruxelles, seuls les fournisseurs de l'horeca, les fleuristes et les marchands de rue ont dû arrêter leurs activités. ©Kristof Vadino

Les étals de rue sont repliés, mais les marchés de gros poursuivent bon an mal an leurs activités. Leurs acteurs connaissent des fortunes diverses. A Bruxelles, le loyer des fleuristes et des marchands de rue a été annulé. A Liège, l'entrée des acheteurs professionnels est gratuite.

Depuis plus d'un mois, la crise du coronavirus a réduit à néant l'activité des marchés de rue du pays, à l'exception de quelques marchés alimentaires maintenus dans des régions dépourvues de commerces de proximité. Les marchés matinaux destinés aux professionnels restent par contre ouverts, moyennant le respect des règles de distanciation.

-20%
de fréquentation
Par rapport au début de l'année, la fréquentation du Marché matinal de Bruxelles a baissé de plus de 20%.

Au Marché matinal (Mabru) de Bruxelles, le plus grand du pays, la tolérance accordée aux particuliers est supprimée. Les seuls visiteurs extérieurs admis sont les professionnels. Mais par rapport au début de l'année, la fréquentation a baissé de plus de 20%.

"Les commerçants qui ne vendent qu’à l’horeca, les fleuristes et les locataires marchands ambulants (environ 30) sont totalement à l’arrêt. A l'inverse, les locataires qui livrent les petits commerçants de proximité cartonnent. Leur chiffre d’affaires a progressé d’au moins 50%", explique Laurent Nys, directeur général de l’ASBL Mabru-Marché matinal.

Moins d'entrées

"Si le confinement se termine début mai, ce ne sera pas trop difficile de relancer la machine. D’autant que le ramadan, une période traditionnellement très profitable, approche."
Laurent Nys
Directeur de Mabru

La nécessité d'assurer une distanciation suffisante a poussé les responsables de Mabru à installer des palettes pour créer des couloirs et ainsi mieux délimiter les flux de circulation. Le nombre de portes d’entrée au site (5 halles sur un total 40.000 m2 de surfaces de vente, 8.000 m2 d’espace logistique) a aussi été limité.

Le volume des déchets amassés sur le site du Quai des Usines témoigne néanmoins d'une activité qui reste correcte. "Si le confinement se termine début mai, ce ne sera pas trop difficile de relancer la machine. D’autant que le ramadan, une période traditionnellement très profitable, approche", dit Laurent Nys.

200.000
Le loyer des fleuristes et des marchands de rue a été annulé, et des ristournes ont été accordées aux marchands fournisseurs de l’horeca. Cela représente un manque à gagner de 200.000 euros.

Mabru, c'est 140 commerçants locataires et environ 700 emplois. A ce stade, une centaine d’entre eux sont soit en chômage partiel, soit en demande de droits partiels pour les indépendants. Certains se sont reconvertis dans la livraison de paniers préparés, à l’instar de ce que font les restaurateurs. Le Marché matinal a donné un petit coup de pouce aux locataires en arrêt d'activité. Le loyer des fleuristes et des marchands de rue a été annulé entre le 15 mars et le 30 avril, et des ristournes ont été accordées aux marchands fournisseurs de l’horeca. Au total, ces ristournes représentent un manque à gagner de 200.000 euros.

Entrée gratuite

A Liège, le Marché matinal (80 exploitants), installé à Droixhe, a opté jusqu'ici pour une autre politique. Pour favoriser la poursuite des relations commerciales, les responsables ont annulé dès le début du confinement la redevance d'entrée du marché (réservée aux professionnels), d'un coût de 5 euros. Le trou financier se limite donc pour l'instant à 5.000 euros. 

"Actuellement, 15 exploitants (un fleuriste et des fournisseurs de l’horeca) sont fermés, et 15 autres sont présents mais souffrent de la baisse d’activité."
William Heynen
Directeur du Marché Matinal

Jusqu'ici, la redevance proportionnelle à la surface occupée reste due. Mais le directeur du Marché Matinal, William Heynen, se rend bien compte que plusieurs commerçants ont le couteau sous la gorge. "Actuellement, 15 exploitants (un fleuriste et des fournisseurs de l’horeca) sont fermés, et 15 autres sont présents mais souffrent de la baisse d’activité", explique-t-il.

Le directeur du marché proposera dès lors au conseil d’administration de la semaine prochaine un geste financier de la coopérative, proportionnel à la situation de chaque exploitant.

Tant à Liège qu'à Bruxelles, la situation actuelle reste tenable, à condition de ne pas se prolonger. Les sociétés qui gèrent les marchés matinaux le font sur fonds propres et se financent par les loyers locatifs et par les droits d’entrée au marché. "Si la situation actuelle dure encore un mois, on tiendra le coup sans problème", assure Laurent Nys.

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