interview

Jean-Pierre Lutgen: "Ce ne sera plus la course au chiffre d'affaires et au volume comme on l'a entendu pendant des années"

Jean-Pierre Lutgen, le CEO d'Ice-Watch, a profité de cette crise pour aller à l'essentiel. Et envisage de "vendre moins mais mieux". ©doc

La crise sanitaire aura poussé Jean-Pierre Lutgen à mettre de l'ordre dans ses affaires. Hélas, le CEO d'Ice-Watch a dû se résoudre à licencier des travailleurs. Et quand la reprise s'annoncera, il l'assure, il sera question de vendre moins, mais mieux.

Du jour au lendemain, à peu de choses près, Jean-Pierre Lutgen, le CEO d'Ice-Watch, s'est retrouvé seul dans ses bureaux, à Bastogne. L'occasion rêvée pour mettre de l'ordre, au propre comme au figuré. Dès le début du confinement, il a rejoint deux ouvriers dans son entrepôt pour faire du rangement. "On a accumulé beaucoup de choses en dix ans. Cela nous a permis de regarder autour de nous ce  qui est essentiel. On a été obligés de tout analyser autour de nous, de voir si c'était utile et important et si pas, s'en débarrasser", nous a expliqué Jean-Pierre Lutgen. Qui appelle cela les "on ne sait jamais", ce qu'on garde au cas où... En ce qui le concerne, ce nettoyage de printemps forcé est passé par du matériel d'exposition pour des salons et à des abonnements "que je ne voyais même plus passer". 

Tri physique et intellectuel

L'occasion était belle pour faire un tri physique et intellectuel. "C'est principalement ce qui m'a occupé pendant ces deux mois", nous a-t-il expliqué. Côté business, c'est le calme plat. Au cours des cinq premiers mois de l'année 2019, le chiffre d'affaires d'Ice-Watch s'était élevé à 10 millions d'euros. Pour la même période de cette année, il sera de 4 millions d'euros. "Cette situation ne m'inquiète pas parce que nous n'en sommes pas responsables et que nous sommes solides ", explique-t-il, en concédant que cette situation a forcé le groupe à s'alléger. "Il faut redevenir le plus 'fit' possible afin que la profitabilité revienne en 2021."

"Cette situation ne m'inquiète pas parce que nous n'en sommes pas responsables et que nous sommes solides".

Hélas, cet allègement passera par des licenciements. "Moins de dix personnes", précise Jean-Pierre Lutgen qui emploie environ 50 personnes à Bastogne. "On va devoir se séparer de talents qui, j'en suis convaincu, pourront s'épanouir dans d'autres business qui se développeront ailleurs."

Difficile, à ce stade, pour le CEO d'Ice-Watch, d'envisager la reprise. "Il y a deux points de vue opposés, entre les optimistes et les réalistes, mais il n'y aura rien de linéaire", explique celui qui dresse un premier constat. Selon ce qu'il voit, les centres commerciaux s'en sortent mieux que des magasins en ville. "Tant que l'horeca ne reprend pas, le retail ne reprendra pas."

"Vendre moins mais mieux"

"Avant que la crise sanitaire n'éclate, nous avions décidé de vendre moins mais mieux", explique encore Jean-Pierre Lutgen. Mieux, cela veut dire avec une marge plus intéressante pour pouvoir assumer les charges, mais cela veut également dire que les nouvelles boîtes de montres vont être fabriquées dans un atelier protégé à Bastogne avec du plastique régénéré. "Ce ne sera plus la course au chiffre d'affaires et au volume comme on l'a entendu pendant des années."

"Les rapports humains ont également évolué pendant cette crise. Je n'ai jamais autant vu mes enfants."

Pour lui, cette crise devrait avoir des effets positifs. Sur la façon de consommer, sur la pollution,... "Les rapports humains ont également évolué pendant cette crise. Je n'ai jamais autant vu mes enfants. Mais il faut prendre les choses comme elles viennent et vivre avec le mieux possible. Il faut accepter ce qui arrive et voir comment on peut l'intégrer au mieux."

Jean-Pierre Lutgen a profité de cette crise pour faire produire et vendre des masques. Une expérience mitigée. Il a obtenu la baisse de la TVA et a cassé les prix du marché, mais il ne compte plus les bâtons mis dans ses roues. "A mon âge, on a toujours peur de faire le business de trop", glisse-t-il, avant d'assurer que l'expérience des masques ne lui a pas donné envie d'investir en Belgique. 

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