Jean Tirole: "Il faut préparer le retour au travail"

Jean Tirole dénonce le court-termisme des Etats. ©Debby Termonia

Le prix Nobel d'économie estime que la crise pourrait devenir très coûteuse si elle venait à durer.

L'Institut interdisciplinaire d'Innovation en Santé (I3h) a réuni vendredi par téléconférence différents experts pour débattre des mesures indispensables pour anticiper une sortie de crise et contenir l'impact économique du Covid-19. Parmi eux, Jean Tirole, le prix Nobel d’économie, qui a expliqué que cette crise pourrait devenir très coûteuse si elle venait à durer.

Jean Tirole regrette le manque de préparation et de coopération dans cette crise, où chaque pays a joué sa propre carte. Il épingle le court-termisme du monde politique. Tous les problèmes de long terme, comme le climat, la recherche, l’éducation et la santé, sont négligés. Tout comme d'ailleurs le problème de la dette publique.

"Il faut mettre l'argent, là où l'on en a vraiment besoin."
Jean Tirole

Aujourd’hui, le rôle de l’État dans cette crise est de protéger les individus. Ce n’est pas de leur faute si ces derniers sont malades ou forcés de rester confinés. Il s’agit aussi de venir en aide aux entreprises et aux banques qui font face à des difficultés. Ce n’est pas non plus de leur faute si les entreprises sont mises à l’arrêt.

Le problème, c’est que les États ont moins de marge de manoeuvre financière qu’ils n’en avaient lors de la crise financière de 2008. Les difficultés financières sont présentes dans le sud de l’Europe. Et il ajoute volontiers la France et la Belgique à ce groupe. C’est pourquoi il est nécessaire de mettre l’argent là où l'on en a vraiment besoin. Et préparer le retour au travail dès que possible.

Jean Tirole se réfère aux propositions de l’immunologue Michel Goldman et de l’économiste Mathias Dewatripont. Selon eux, la combinaison de deux tests déjà disponibles permettrait d’identifier les gens qui n’ont pas le coronavirus et qui sont immunisés, et qui pourraient donc retourner travailler en toute sécurité. Une mise en œuvre progressive de ces deux tests permettrait de maintenir les services vitaux et d’accélérer le redémarrage de l’économie tout en minimisant le risque d’un retour en force de l’épidémie lorsque les mesures de confinement seront levées.

"Il s'agit d'une crise systémique globale."
Mathias Dewatripont

Pour Mathias Dewatripont, professeur de l’ULB et co-directeur d’I3h, la crise du Covid-19 est une crise systémique globale. En termes économiques, la contraction est la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale. Il suffit de voir les demandes d’allocations de chômage aux USA qui ont explosé. Le tout est de voir quelle sera la durée de cette crise. " Il faut éviter de s’orienter vers une grande récession, voire une grande dépression, avertit-il.

Vaccin

Le professeur Michel Kazatchkine, ex-directeur général du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et Conseiller spécial du Programme conjoint de l’ONU sur le VIH/Sida, déplore aussi l'image de cacophonie et de discorde entre pays dans le cadre de cette crise. Une gouvernance globale en matière de santé serait nécessaire.

Il se dit par ailleurs favorable à la consultation des gens sur les mesures sanitaires à prendre. 'Les gens doivent être associés au débat. C'est le meilleur moyen pour que les mesures soient pleinement acceptées. Le débat ne doit pas être réservé qu'aux seuls experts'. Il se dit convaincu qu'un vaccin sera trouvé d'ici un an et demi. "La mobilisation est remarquable".

Le professeur Michel Goldman, co-directeur d’I3h, est également persuadé de l'arrivée d'un vaccin. Il souligne que les  leçons tirées des pandémies précédentes (SRAS, MERS, Ebola, H1N1 et Sida) doivent être appliquées afin que les traitements et vaccins en préparation soient disponibles pour tous dans un délai très bref. Car le défi ne sera pas mince en termes de production et de distribution, dit-il.  

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