L'Hôtel Métropole s'apprête à fermer ses portes

Le caractère "Belle époque" de l'Hôtel Métropole a séduit beaucoup de réalisateurs de films. ©Peter Hilz/HH

Lockdown, attentats, travaux piétonnier et maintenant le Covid-19 auront eu raison du mythique palace bruxellois.

Joyau du patrimoine bruxellois, le prestigieux Hôtel Métropole envisage l’arrêt de son activité. C’est ce qu’a communiqué ce mercredi la direction aux représentants du personnel. Situé place De Brouckère, en plein centre de Bruxelles, le Métropole compte 129 salariés. Seule l’activité hôtelière est concernée. La société SA Hôtel Métropole, propriétaire et exploitante du bâtiment, possède aussi un patrimoine immobilier dans le quartier: trois surfaces commerciales rue Neuve ainsi que le Passage du Nord voisin.

Le lockdown de 2015, les attentats de Bruxelles en 2016, les travaux du piétonnier et à présent la crise sanitaire auront donc eu raison du seul 5 étoiles de la capitale resté indépendant. "Le coronavirus, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", commente Charles-Henry Bervoets, administrateur de la société. Depuis 2015, le Métropole était dans le rouge. En 2018, selon les derniers chiffres officiels, la société affichait pourtant un chiffre d’affaires en hausse de 13% à 13 millions d’euros et était parvenue à réduire ses pertes d’exploitation de 673.000 à 165.000 euros.

Mais en 2019, la situation s'est à nouveau dégradée. "Depuis cinq ans, l'activité hôtelière enregistrait entre 1 et 1,5 million d'euros de pertes par an, souligne Charles-Henry Bervoets. 2020 s'annonçait mieux avec la clôture des travaux du piétonnier mais tout s’est effondré avec les mesures de confinement. Il nous était impossible de poursuivre l'activité." Sans compter la contraction des loyers commerciaux issus de son activité immobilière. 

13
millions €
En 2018, la SA Hôtel Métropole avait réalisé un chiffre d'affaires de 13 millions d'euros, en hausse de 13%.

En outre, son indépendance fait qu’il n’a jamais pu bénéficier d’économies d’échelle qu’aurait permis son appartenance à un grand groupe. Un éventuel sauvetage pourrait-il venir de pareil opérateur? Charles-Henry Bervoets n'y croit pas trop. "Nous avons déjà eu par le passé des contacts de ce genre. C'était déjà compliqué et la situation actuelle ouvre peu de perspectives de reprise", lâche-t-il tout en ne voulant pas se projeter plus loin. Du côté du personnel, on est sous le choc. "On ne s'y attendait pas, même si on savait que les comptes n'étaient pas bons", indique une source syndicale, pointant des lacunes au niveau managérial, notamment sur le plan commercial, tout en reconnaissant le "manque de chance" de la société.

Un palace mythique

Le Métropole est l’hôtel le plus emblématique de la capitale. D’autant qu'il a toujours été aux mains des héritiers des familles fondatrices. Il a été lancé en 1895 par les célèbres brasseurs Wielemans-Ceuppens. En 2017, ceux-ci ont cédé les 50% qu’ils détenaient dans l’affaire à leurs cousins, la famille Bervoets qui possédait déjà les autres 50%.

Durant son histoire, qui couvre trois siècles, l'Hôtel Métropole a toujours été aux mains des héritiers des familles fondatrices.

Ce palace compte aujourd'hui 265 chambres, le célèbre Café Métropole, le Bar 31, des salles de séminaires et une terrasse donnant sur la place De Brouckère. Incarnation du style "Belle époque", il a servi de décors à des dizaines de films et accueilli les plus grandes stars. 

Un secteur aux abois

Cette annonce est l'illustration, sans doute la plus frappante, du marasme dans lequel se débat le secteur bruxellois de l’hôtellerie. Selon la Brussels Hotels Association, une centaine d'établissements sont fermés, les autres sont ouverts, mais affichent un taux d’occupation d’à peine 1%. Il nous revient qu’en moyenne un hôtel d’une centaine de chambres perd entre 30.000 et 70.000 euros par mois, sans compter les loyers et prêts hypothécaires.

Aux abois, le secteur demande davantage de soutien du politique. Alors que le déconfinement devrait s’avérer très lent, il souhaite, entre autres, un prolongement du chômage temporaire pour force majeure jusqu’à la fin de l’année.

Lire également

Publicité
Publicité