analyse

L'épidémie de coronavirus précipite l'Europe vers la démocratie numérique

Les Vingt-Sept ne se réunissent plus physiquement (ici, la salle de réunion du bâtiment Europa) mais par vidéoconférence. ©AFP

Les règles de confinement compliquent le fonctionnement des démocraties. Les dirigeants européens passent aux réunions par vidéoconférence. Quant aux 705 eurodéputés, il a été décidé ce jeudi qu'ils voteront à distance. Une première.

Il est midi. Comme chaque jour, la Commission européenne organise un briefing pour la presse internationale. Le plus suivi au monde, après celui de la Maison-Blanche. Face à une salle quasi vide, le porte-parole, Éric Mamer, commente les mesures d'urgence prises contre la pandémie de coronavirus dont l'Europe, avec plus de 83.000 personnes atteintes, est devenue l'épicentre. Des centaines de journalistes suivent à distance. Avant de clôturer, il lit... un poème sur l'espoir, histoire de casser l'image froide collant à l'institution. Du jamais vu.

Les règles de distanciation et de confinement adoptées en Belgique ont poussé les trois institutions de l'UE, Commission, Conseil et Parlement, à réduire au minimum les réunions physiques. Le fonctionnement de la démocratie européenne est repensé, avec son lot d'incertitudes. La question est d'importance, car c'est ici que sont conçues plus de la moitié des lois gouvernant 500 millions d'Européens.

La confidentialité menacée

Désormais, les Vingt-Sept se réunissent tous les mardis par vidéoconférence sous la présidence de Charles Michel. L'ancien Premier ministre belge a ajourné sine die le sommet des 26 et 27 mars. "Le problème, c'est que le sommet est l'occasion pour les chefs d'État de négocier en tête-à-tête. Ici, on ignore combien de personnes se trouvent dans la pièce", confie un diplomate, "difficile aussi de remplacer le dîner des dirigeants, moment fort de chaque sommet".

Charles Michel préside désormais les réunions du Conseil européen par vidéoconférence. ©REUTERS

En amont, les décisions du Conseil européen continuent à être préparées lors de réunions physiques des 27 ambassadeurs. "Pour l'instant, ils continuent à discuter de la procédure de décision à suivre, et ils ne sont pas encore tombés d'accord", poursuit cette source.

La Commission européenne est, elle aussi, passée à la vidéoconférence. Le personnel du Berlaymont est réduit au strict minimum. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, fait une allocution publique chaque jour vers 16h.

Le virus n'épargne pas l'exécutif européen. Son chef négociateur pour le Brexit, Michel Barnier, est atteint par la maladie, a-t-on appris ce jeudi. La présidente devra passer un test de dépistage.

83.000
personnes atteintes en Europe
Plus de 83.000 personnes en Europe sont atteintes par le coronavirus.

Qu'en est-il de la validité juridique des décisions? La procédure classique s'impose, faute de nouvelles règles. "Les réunions sont suivies par les greffiers qui rédigent des procès-verbaux", dit un porte-parole de la Commission européenne.

Les dossiers européens habituels sont relégués au second plan par la pandémie de coronavirus. Les décisions urgentes, sanitaires et économiques, sont devenues prioritaires. Cela complique les négociations, comme celles du budget européen, du Brexit et de l'élargissement de l'UE.

Le Parlement votera à distance

"Ce sera la première plénière qui utilisera le système de vote à distance."
David Sassoli
Président du Parlement européen

Le président du Parlement européen, David Sassoli, a tranché: les 705 députés voteront à distance.

"J'ai décidé de convoquer une session plénière extraordinaire le jeudi 26 mars afin d'approuver les mesures d'urgence présentées par la Commission", a-t-il annoncé ce jeudi, "ce sera la première plénière qui utilisera le système de vote à distance".

Le président du Parlement européen, David Sassoli, a décidé de passer au vote à distance. ©EPA

Les eurodéputés sont divisés en deux camps. "Certains ont plaidé pour maintenir des réunions physiques, en scindant en deux hémicycles pour respecter les distances", dit une source. Mais le siège du Parlement a l'allure d'une boîte de Petri, où le virus peut se développer à grande vitesse.

Certains voudraient en profiter pour passer définitivement à la démocratie numérique. Par la force des choses, l'Europe a les deux pieds dedans. Mais pour l'heure, le modèle est temporaire.

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