reportage

L'usine du monde veut reprendre le travail

Le président chinois Xi Jinping s'est rendu dans la province du Hubei mardi, pour la première fois depuis que le nouveau coronavirus y a fait son apparition. ©AFP

La visite surprise, ce mardi, du président chinois à Wuhan est le signe que la fin de l’épidémie est proche en Chine. Le gouvernement demande aux entreprises de reprendre le travail. Plus facile à dire qu’à faire.

"La guerre contre le virus est sur le point d’être gagnée!" Tel est le message que Xi Jinping, le président chinois, a voulu faire passer mardi. Le poing levé et masque sur le visage, il s’est pour la première fois rendu dans la ville de Wuhan, le foyer de l’épidémie du coronavirus. Après bientôt deux mois de mesures de confinement exceptionnelles, le gouvernement chinois voit enfin le bout du tunnel et le nombre d’infections ne cesse de baisser.

Il était temps. Selon plusieurs estimations, les pertes pour l’économie chinoise sont estimées, au premier trimestre, à 190 milliards de dollars: 108 milliards liés à la baisse des exportations et 82 milliards de pertes pour les secteurs du tourisme et des transports. C’est toute l’économie chinoise qui souffre. Les ventes de véhicules ont baissé de 80% et les chaînes logistiques sont totalement désorganisées. La reprise s’annonce compliquée.

Beaucoup d'ouvriers étaient partis dans les provinces pendant les congés du Nouvel An. Bloqués sur place (...), ils rechignent parfois à retourner travailler.

L'absence des ouvriers 

Dans chaque province, les usines et les entreprises doivent obtenir l’accord des autorités locales pour reprendre leurs activités à la condition de respecter un certain nombre de mesures très strictes: port du masque au travail, désinfection des locaux plusieurs fois par jour, interdiction de parler à moins d’un mètre avec ses collègues et obligation de manger seul à la cantine.

Certains patrons feraient ainsi tourner les usines à vide, allumant l’électricité 24 heures sur 24 pour faire croire à une consommation importante.

Dans les usines, où travaillent parfois des dizaines de milliers d’ouvriers, c’est encore plus compliqué. Les mesures de contrôle de température ont lieu toutes les deux heures et les ouvriers doivent impérativement dormir sur place dans des dortoirs spécialement aménagés. Pas simple, dans ces conditions, de relancer l’usine du monde. Mais le principal écueil reste l’absence d’ouvriers.

Beaucoup étaient partis dans les provinces pendant les congés du Nouvel An. Bloqués sur place par les mesures de confinement et les quarantaines obligatoires, ils rechignent parfois à retourner travailler et laisser seule leur famille. Le gouvernement a donc affrété, cette semaine, des avions et des trains spéciaux pour les acheminer. Six millions d’ouvriers ont ainsi déjà été transportés direction la province du Guangdong.

Une reprise en trompe-l’œil 

Sur place, officiellement, 90% des usines ont repris le travail. Mais, selon un cabinet d’études indépendant, on serait plus proche des 60% et moins de 45% pour les PME.

Les Chinois sont censés reprendre le chemin du travail. Mais certains patrons d'usines font semblant que leurs installations tournent pour gonfler les statistiques. ©AFP

Le magazine Caixin a même révélé, cette semaine, les cas de centaines d’usines qui feraient semblant de fonctionner afin de plaire au gouvernement central. Certains patrons feraient ainsi tourner les usines à vide, allumant l’électricité 24 heures sur 24 pour faire croire à une consommation importante. En Chine, la consommation électrique est, en effet, l’un des critères pour mesurer l’activité.

Une reprise en trompe-l’œil qui fausse certainement les statistiques officielles.

Pour ou contre un plan de relance?

600 milliards
dollars
En 2008, le gouvernement chinois avait décidé d'injecter près de 600 milliards de dollars dans l’économie nationale.

Autre difficultés, beaucoup d’entreprises sont au bord de la faillite, notamment les sous-traitants et les PME. Le gouvernement a bien promis des allègements fiscaux et des facilités de crédit, soit l’équivalent de 150 milliards de dollars d’aides diverses aux entreprises, mais c’est sans doute insuffisant.

Le débat fait donc rage au sommet de l’État: pour ou contre un plan de relance massif pour redonner un peu d’air à l’économie? Une économie qui n’avait pas souffert autant depuis 2008 et, justement, le plan de relance qui avait permis, à l’époque, d’injecter près de 600 milliards de dollars dans l’économie nationale.

Mais la Chine de 2020 n’est pas celle de 2008. Beaucoup de provinces sont surendettées et l’inflation guette. Le pays est également affaibli par deux années de guerre commerciale avec les États-Unis alors que la consommation interne est restée atone et ne compense pas la baisse des exportations. La Chine va également devoir résoudre un nouveau casse-tête: comment relancer les machines dans une économie mondiale à son tour affaiblie par la pandémie?

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