La BCE applique un remède de choc face à la crise du coronavirus

©REUTERS

La BCE lance un programme d'achats d'actifs semblable à celui qu'elle avait annoncé en 2015 pour remédier à la crise de la dette en zone euro. En réaction, les taux des obligations des pays du sud ont nettement baissé.

La Banque centrale européenne a ressorti l'artillerie lourde. Dans la nuit de mercredi à jeudi, l'institution européenne a annoncé un vaste programme d'achats d'actifs, à concurrence de 750 milliards d'euros, jusqu'à la fin de cette année. Ce montant s'ajoute aux 120 milliards d'euros supplémentaires annoncés la semaine dernière comme première réponse à la crise du coronavirus, et aux achats déjà en cours, à savoir 20 milliards d'euros par mois.

"Nous sommes déterminés à utiliser tout le potentiel de nos outils, dans le cadre de notre mandat."
Christine Lagarde
Présidente de la BCE

En tout, la BCE prévoit donc de dépenser 1.110 milliards d'euros cette année pour contrer l'impact négatif du coronavirus sur l'économie de la zone euro. Ce montant est comparable à celui qu'elle avait annoncé en 2015 en réponse à la crise de la dette des pays de la zone euro. Il y a exactement cinq ans, la BCE avait commencé à acheter principalement des obligations gouvernementales à hauteur de 60 milliards d'euros par mois en prévoyant de continuer à ce rythme jusqu'en août 2016, ce qui représentait un montant total de 1.080 milliards d'euros.

Le nouveau programme d'achats de la BCE, dénommé "pandemic emergency purchase programme" (PEPP), ou programme d'achats d'urgence face à la pandémie, pourra se prolonger au-delà de décembre si les banquiers centraux jugent que la phase de crise du Covid-19 n'est pas terminée. Lors de la crise de la dette, le programme d'achats d'actifs avait été prolongé à plusieurs reprises pour ne prendre fin qu'en décembre 2018. En quatre ans, la BCE avait alors dépensé 2.400 milliards d'euros.

Message clair aux marchés

Si la BCE a décidé de frapper à nouveau un grand coup à présent, c'est parce que les investisseurs, paniqués par les difficultés économiques qui se profilent, se mettent à douter de la solidité financière de certains pays, les États étant en première ligne face à la récession attendue. Les hausses prévisibles des dépenses publiques laissent craindre que les pays très endettés seront en mauvaise posture sous peu.

2,4%
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Le taux grec, qui avait franchi la barre des 3,5% mercredi, s'est replié à 2,4% ce jeudi. Les obligations grecques sont visées par le programme d'achats d'actifs de la BCE.

Et comme, sur le marché des obligations gouvernementales, les investisseurs anticipent au maximum les évolutions futures, les taux d'intérêt des États les plus fragiles ont nettement grimpé au cours de la semaine écoulée. Car quand les investisseurs doutent de la qualité d'un pays emprunteur, ils exigent une rémunération plus élevée pour le risque pris en investissant dans leurs obligations, c'est-à-dire en leur prêtant de l'argent.

Lors de la crise de la dette, cette tension des taux des pays fragilisés avait failli menacer l'existence même de la zone euro. La BCE, présidée à l'époque par Mario Draghi, avait sorti le grand jeu pour calmer les marchés en réduisant des écarts de taux entre les pays les plus faibles et les plus solides sur le plan financier. Aujourd'hui, la BCE de Christine Lagarde envoie un nouveau signal clair au marché: cette crise du coronavirus ne remettra pas en cause, elle non plus, la pérennité de la zone euro.

Les investisseurs semblent avoir intégré ce message. Sur le marché des obligations souveraines, les titres des pays qui avaient été "attaqués" ces derniers jours ont retrouvé des couleurs. Le taux des obligations italiennes à dix ans, qui avait dépassé 2,4% mercredi, est revenu à 1,7%. Le taux grec, qui avait franchi la barre des 3,5%, s'est replié à 2,4%. Car, à la différence du premier programme d'achats, le PEPP annoncé ce jeudi porte aussi sur les obligations grecques.

"Pas de limites"

Selon Christine Lagarde, qui préside la BCE depuis novembre, "des temps extraordinaires exigent des mesures extraordinaires". "Il n’y a pas de limites à notre engagement en faveur de l’euro. Nous sommes déterminés à utiliser tout le potentiel de nos outils, dans le cadre de notre mandat", a-t-elle déclaré via Twitter, dans une formule qui ressemble aux propos de son prédécesseur, Mario Draghi, qui avait promis que la BCE ferait "tout ce qui est nécessaire" ("whatever it takes") pour sauver l'euro.

"L’impact de toutes ces mesures ne se fait absolument pas ressentir, bien au contraire."
Bernard Keppenne
Chef économiste de CBC

Reste à voir si cela suffira à calmer les marchés. "C'est un bon début et un pas dans la bonne direction, avec les outils dont les banques centrales disposent, mais elles peuvent toujours en faire plus", estime Sue Trinh, stratégiste chez Manulife AM, citée par l'agence Bloomberg.

Bernard Keppenne, chef économiste de CBC, est plus mitigé: "Il faut bien reconnaitre que l’impact de toutes ces mesures ne se fait absolument pas ressentir, bien au contraire. Les bourses restent sous la pression des vendeurs qui ne recherchent plus que le cash."

La hausse des indices actions de ce jeudi a en effet été modérée au regard des lourdes pertes subies depuis un mois.

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