La demande s'essouffle, l'approvisionnement est à la traîne, l'économie trinque

Les salariés d'Audi Brussels demandent à la direction de prendre des mesures pour éviter la propagation du virus. ©BELGAIMAGE

Michelin et Fiat annoncent l'arrêt de leurs usines européennes. En Belgique, l'activité économique se poursuit tant que faire se peut, mais personne ne parie sur la pérennité de cette situation.

Le groupe français de pneumatiques Michelin a décidé d'interrompre la production de ses usines pendant "au moins une semaine" à cause du coronavirus. La mesure vaut pour l'Espagne, la France et l'Italie. Le constructeur italo-américain Fiat Chrysler annonce, lui, la fermeture de la majorité de ses usines européennes jusqu'au 27 mars.

En Belgique, l'activité économique est également impactée. "Le moteur de notre croissance commence à s’essouffler et le virus a fait plonger le Bel 20. Nos entreprises sont confrontées à des interruptions de la chaîne d’approvisionnement, à une pénurie de pièces et à une réduction de la demande émanant des régions les plus touchées", explique-t-on au sein de la Fédération des entreprises belges (FEB). 

Appel à l'aide de Brussels Airlines

Depuis vendredi soir, le secteur horeca est plongé dans le coma. Le secteur du tourisme est touché de plein fouet avec des activités suspendues, comme chez TUI. La filiale belge du voyagiste annonce l'annulation de tous les voyages – y compris les citytrips, les vacances au ski et en voiture – au moins jusqu'à fin mars.

"Nous n'avançons pas de chiffre, car nous travaillons toujours sur l'impact des vols annulés."
Brussels Airlines

Au sein des compagnies aériennes, l'offre continue de se réduire: Air France-KLM annonce, pour au moins les deux prochains mois, une réduction de 70% à 90% de son activité. Chez IAG (British Airways, Iberia...) il est question de réduire, en avril et mai, la capacité de vols d'"au moins 75%", là où chez Easyjet et Ryanair l'essentiel de la flotte pourrait être clouée au sol.

©AFP

Brussels Airlines, qui comme sa maison mère Lufthansa va limiter dès mardi son offre à 10% pour les long courriers et 20% pour les destinations européennes, appelle à l'aide publique pour contrer l'impact financier du coronavirus. Déjà affectée par la situation en Italie, la compagnie belge a dû faire face, comme les autres, à l'interdiction, pour les voyageurs européens, d'entrer aux États-Unis. "Nous n'avançons pas de chiffre, car nous travaillons toujours sur l'impact des vols annulés", déclare la porte-parole.

Brussels Airlines insiste pour obtenir un soutien progressif. Sous quelle forme? On ignore encore s'il s'agirait d'un prêt ou d'une intervention de l'État dans le capital de la compagnie. Dans l'intervalle, Brussels Airlines met 30% de ses salariés en chômage économique dès ce lundi.

La semaine dernière, Lufthansa , la société mère de Brussels Airlines, s'était déjà adressée au gouvernement allemand pour obtenir une aide d'État. La filiale belge suit donc le mouvement. Selon Etienne Davignon, président sortant de la compagnie cité par Trends-Tendances, la situation est "très mauvaise" et l'entreprise perd de l'argent chaque jour qui passe.
Notons par ailleurs que la filiale australienne, Austrian Airlines suspend dès mercredi soir tous ses vols jusqu'au 28 mars.

"Au changement d’équipe, ce sont 3.000 personnes qui se croisent chez Audi Brussels. Dans les zones de travail, ils sont souvent 4 ou 5 côte à côte et se passent les machines."
FGTB

Trop de proximité chez Audi Brussels 

La FEB pointe d'autres secteurs affectés. L’automobile est, par exemple, confrontée à de nombreuses pièces venant d'Asie. On apprend que la production d'Audi Brussels a été arrêtée. Néanmoins, il semble que la raison soit d'ordre social: les travailleurs demandent à la direction de prendre des mesures pour éviter toute propagation du virus. "Les gens travaillent les uns à côté des autres. Au changement d’équipe, ce sont 3.000 personnes qui se croisent. Dans les zones de travail, ils sont souvent 4 ou 5 côte à côte et se passent les machines", détaille-t-on à la FGTB. 
Une réunion serait prévue en Allemagne sur un éventuel arrêt de la production bruxelloise.

Le secteur des ressources humaines est également impacté. Les formations d'entreprises sont annulées à tour de bras, tout comme les missions de consultance opérées par le secteur RH. Le secteur événementiel est aussi à l'arrêt.  

Dans l'immobilier, on note aussi un ralentissement de l’activité de courtage. Les professionnels parlent d’activité réduite de moitié, mais pas d'arrêt. Les activités quotidiennes sont toutefois adaptées: réduction des visites à l'extérieur, report des signatures de contrats. Pour l’instant du moins, le temps que les choses se mettent en place.

"On reste sur le pont. On a équipé toutes nos équipes du matériel indispensable pour travailler dans les conditions sanitaires de rigueur, quand le contact direct reste indispensable commercialement. Mais pour nos activités qui ne l’exigent pas, comme celles de syndic, par exemple, nous avons équipé notre personnel d’ordinateurs portables pour qu’il puisse travailler à domicile", explique Eric Verlinden, Trevi.

Les chantiers se poursuivent

Dans le secteur de la construction, pour l'instant, les chantiers se poursuivent. "Si demain, le gouvernement devait prendre des mesures pour les lieux du travail intensif, la donne pourrait changer", indique Francis Carnoy, directeur général de la Confédération Construction Wallonne. Le scénario pourrait également être différent si tout déplacement était déconseillé, en ce compris pour les trajets vers le travail.

Par ailleurs, Francis Carnoy entrevoit à moyen ou long terme une relance de l'activité par le biais des commandes de travaux publics. Il ne nie pas qu'après trois années de croissance, le secteur accuse un tassement.  

La justice n'échappe pas à l'effet coronavirus. Xavier Van Gils, le président d’Avocats.be, la plateforme qui regroupe les barreaux francophones des avocats et le barreau germanophone, a publié une tribune pour dire son regret de l’absence de mesures contraignantes au niveau de la Justice. "Les recommandations du Collège des Cours et Tribunaux ont laissé pantois la plupart des avocats! Même si nous vivons au pays du surréalisme, nous ne pouvons que regretter l’absence de mesures contraignantes prises sur l’ensemble du territoire. Le Coronavirus agit, lui, de la même manière partout."

Moins d'activité économique, c'est également moins d'activité dans les ports.

Certains tirent leur épingle du jeu 

Et puis il y a ceux qui profitent de la crise, non sans devoir s'adapter, eux aussi.

Dans le secteur chimique et pharmaceutique, on note peu de perturbations. Certes parfois la production est réduite, mais les machines continuent de tourner. "Les entreprises du secteur prennent des mesures pour protéger les collaborateurs de fonctions critiques afin d'assurer la production en continu", explique-t-on au sein de la fédération sectorielle , Essenscia. 

"Chez JBC, la décision est autre. La chaîne de magasins de vêtements annonce la fermeture de ses magasins dès ce lundi midi, et ce, jusqu'au 3 avril."

Le secteur de la grande distribution tourne aussi à plein régime. Mais ici, c'est la chaîne logistique qui doit être revue, notamment en raison de l'afflux de clients dans les magasins comme observé vendredi et samedi.

Dans les autres commerces, appelés à fermer le weekend, on s'organise: focus mis sur les ventes en ligne, révision des heures d'ouverture en semaine. Chez JBC, la décision est autre. La chaîne de magasins de vêtements annonce la fermeture de ses enseignes dès ce lundi midi et ce jusqu'au 3 avril. "Nous attachons une grande importance à la santé et au bien-être de nos employés, clients et leurs familles. Certainement dans cette situation exceptionnelle."  

D'autres enseignes suivent le mouvement: Decathlon, Maniet Luxus ,Trakks, Abercrombie... 

L'e-commerce a aussi le vent en poupe, mais souligne-t-on au sein de la FEB, avec une majorité des dépôts situés à l'étranger, l'économie belge ne tirera que peu profit de ce boom du commerce en ligne.  

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

Voyages à l'étranger suspendus, événements annulés, activité ralentie: la propagation du nouveau coronavirus affecte de plus en plus la vie quotidienne des Belges, inquiets, mais aussi l'économie dans son ensemble.

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