La diplomatie des masques de la Chine

En livrant du matériel médical, notamment des masques - comme ici à Liège - la Chine joue une véritable partie d'influence diplomatico-sanitaire. ©Photo News

A l’ère du Covid-19, le Parti communiste chinois a endossé les habits neufs de sauveur des démocraties occidentales. Un habile tour de passe-passe.

Pékin joue à fond la carte du soft power depuis que la situation semble s’améliorer en Chine. La propagande du régime se montre ainsi particulièrement hostile aux États-Unis, sans manquer de souligner la "supériorité du système chinois" et la "sagesse" de Xi Jinping, le Président tout-puissant.

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Quand Donald Trump tweete sur le "virus chinois", Zhao Lijian répond "diffamation". Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères est devenu le porte-lance de cette contre-offensive diplomatique, et pour cela, il n’a pas le tweet dans la poche, s’en prenant avec une rare virulence au locataire de la Maison-Blanche : "Les États-Unis devraient s’occuper de leurs problèmes au lieu de dénigrer la Chine" ; "L’armée américaine pourrait très bien avoir amené le virus à Wuhan"…

La guerre des tweets

Cette guerre des tweets a pris un tournant particulièrement agressif alors que la Chine affirme que le pic de l’épidémie est passé et que la situation chez elle est sous contrôle, "contrairement aux États-Unis".

«Les Etats-Unis devraient s’occuper de leurs problèmes au lieu de dénigrer la Chine.»
Zhao Lijian
porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères

Zhao Lijian fait partie des faucons de Zhongnanhai, le cœur de l’État chinois. Il a passé quatre ans comme numéro deux de l’ambassade de Chine à Islamabad et multiplie depuis son retour à Pékin en août dernier les tweets anti-américains.

Le ton revanchard de ses communiqués est au diapason de la communication officielle du régime. L’ambassadeur de Chine en Afrique du Sud affirme ainsi que le virus ne vient peut-être pas de Chine. En Australie, la mission chinoise accuse les journalistes de stigmatiser la Chine quand ils parlent du "virus de Wuhan", et même l’ambassadeur de Chine à Paris s’est fendu d’un communiqué rageur contre "certains médias français (qui), au mépris de toute déontologie et de la plus élémentaire bonne foi, ont nié les faits et se sont moqués de la Chine".

Sauver la face

La meilleure défense étant l’attaque, la Chine allume des contrefeux et cherche à masquer sa part de responsabilité au moment où l’on découvre via plusieurs rapports publiés par la presse de Hong Kong que les premiers malades ont été identifiés à Wuhan dés le mois de novembre et que le régime aura mis sous le tapis l’épidémie pendant plus de deux mois avant de reconnaître enfin l’ampleur de la catastrophe. Trop tard pour éviter une pandémie, mais pas trop tard pour sauver la face.

Depuis que le régime a repris sa communication en main, la Chine distribue les bons et les mauvais points, envoyant des masques et du matériel médical à des pays qu’elle considère comme ses alliés: en Europe de l’est, Europe centrale, Afrique, Italie, Pakistan et Iran… Tous les pays membres des nouvelles routes de la soie, le programme phare du Président chinois Xi Jinping pour développer les investissements à l’étranger, ont reçu promptement et bruyamment leur aide siglée Pékin. D’autres pays moins en cour comme les États-Unis, le Japon et la France ont eu droit aussi à leur cargaison de masques et de tenues de protection, ce qui n’a pas manqué de faire la "une" des journaux du soir, qui saluent ce geste de la Chine pour sauver la monde. Une "diplomatie des masques"  qui doit permettre au régime chinois de reprendre la main et de réécrire au moins en partie l’histoire.

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