Le secteur de la construction a baissé le volet

Bien difficile de maintenir les consignes de "distance sociale" liées au confinement actuel dans la construction et le génie civil.

Une à une, la plupart des entreprises de construction ont progressivement fermé leurs portes la semaine dernière. Seules quelques PME restent encore actives, tant que le matériel ne fait pas défaut. Une histoire de quelques jours sans doute. Ensuite, il ne restera que les réparations d’urgence et la rénovation à petite échelle.

La construction est un des leviers majeurs de l’activité en Belgique. Et sans doute le moins délocalisable, par essence. Avec 114.645 entreprises répertoriées employant directement 280.000 travailleurs – et autant en amont –, le secteur est, après les services et le commerce, le troisième fournisseur du pays en termes d’emploi (17% à lui seul). La valeur ajoutée annuelle dégagée représente 5,2% du PIB national, avec un chiffre d’affaires avoisinant les 70 milliards ces dernières années.

Alors, quand la construction se grippe, ça fait mal aux caisses de l’État. Et si les services peuvent encore fonctionner à distance dans nombre de cas, que le commerce alimentaire tourne actuellement à plein régime, la construction, elle, a dû rapidement baisser le volet quasi partout, tant les freins étaient nombreux.

Outre la distance de rigueur, quasi intenable tant sur chantier que durant les déplacements de personnel, il y a surtout l’approvisionnement en matériaux, rapidement devenu hypothétique, car la plupart des fournisseurs avaient eux-mêmes dû cesser leur activité.

"Ne pas nous sanctionner"

"Lorsqu'un entrepreneur doit suspendre ses activités, c'est un cas de force majeure. Il ne peut donc pas recevoir d'amendes ou de sanctions."
Robert de Mûelenaere
Confédération Construction

La Confédération Construction demande d’ailleurs ce lundi aux pouvoirs régionaux davantage de flexibilité dans l'exécution des marchés publics, en s'alignant sur le gouvernement fédéral. "Il ne doit faire aucun doute pour personne que, désormais, lorsqu'un entrepreneur doit suspendre ses activités, c'est un cas de force majeure et qu'il ne peut donc pas recevoir d'amendes ou de sanctions", insiste Robert de Mûelenaere, l’administrateur délégué de la Confédération Construction.

Les "gros" comme un seul homme

Parmi les gros employeurs – quelque 220 entreprises belges comptant plus de 100 personnes –, Franki et sa faîtière flamande Willemen ont été parmi les premiers à débrayer dès le début de la semaine dernière. Les autres ont très rapidement suivi le mouvement, le coup de boutoir étant la décision de confinement prise mardi dernier. Vendredi déjà, Immobel, BPC, Thomas & Piron, Eloy, Cobelba (Besix), Lixon, Collignon (Eiffage) et la plupart des grands du secteur avaient communiqué en ce sens et sécurisaient à la hâte les milliers de chantiers en cours partout sur le territoire belge, voire au-delà. "On a rapidement demandé à nos équipes de sécuriser les chantiers en cours avec le matériel disponible et on maintient une veille administrative. Pour les plus importants, on va passer contrat avec des sociétés de surveillance pour prévenir les vols et les déprédations, en espérant que le confinement ne s’éternise pas", explique un patron passablement dépité.

A notre connaissance, seul Matexi a fait savoir qu'il maintiendrait ses chantiers là où c'était encore possibleLes contrats de maintenance d’infrastructures sont eux aussi par définition maintenus tant que faire se peut.

Extinction lente

À l’heure actuelle, les indépendants et très petites entreprises (TPME) – elles sont plus de 20.000 à compter de 1 à 4 travailleurs – achèvent les chantiers en cours avec le matériel en stock. "J’avais heureusement rentré quelques commandes juste avant l’annonce de fermeture généralisée des magasins. Je sais respecter les mesures sanitaires en vigueur et je ne peux pas laisser les clients dans la m…", confie Pascal, installateur de fenêtres, portes et vérandas.

Même son de cloche chez Aurélien, un jeune charpentier du Brabant wallon. "J’ai pu in extremis acheter le bois nécessaire mercredi dernier, avant la fermeture. Ça me permettra d’achever le chantier en cours." Après, il ne restera plus que les dépannages et réparations d’urgence qui ne nécessitent pas d'être accompagné", soupire-t-il.

Des dégâts matériels et humains à prévoir

Un rapide tour d’horizon suffit pourtant pour constater que certains chantiers dont le gros œuvre n’a pu être fermé à temps souffriront de cet arrêt brutal d’activité.

Si le chômage temporaire pour force majeure a rapidement été décrété chez les gros employeurs qui, avec les reports de charges et les aides des banques et de l’État, peuvent tenter de faire le gros dos quelques mois avant de relancer l’outil, nombre de petits entrepreneurs, en manque de liquidités, vont rapidement devoir mettre la clé sous le paillasson.

Pour ces derniers, la suspension temporaire des remboursements de crédit confirmée le week-end dernier par le ministre des Finances, Alexander De Croo, est vitale. Mais la plupart des spécialistes brandissent déjà la menace de PRJ et faillites en cascade. D’autres, plus discrètement, prédisent le retour du travail au noir, vital pour nombre d’ouvriers et d’indépendants si le confinement perdure, tant la prime de chômage est dérisoire quand on vit à crédit.

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