Le spectre d'un rebond de l'épidémie en Chine

Les passagers arrivant à l'aéroport de Pékin ont un accueil particulier, avec des mesures de quarantaine forcée. ©EPA

De plus en plus d’étudiants et d’expatriés chinois cherchent à rentrer chez eux. Pékin s’inquiète des cas importés de Covid-19.

L’information a fait la une de tous les journaux en Chine: aucun nouveau cas de malade du coronavirus dans le pays ce jeudi 19 mars. La preuve d’une victoire de la Chine dans cette guerre contre la maladie, claironnent les médias d’État, qui n’oublient pas de taper sur les ennemis du régime, les États-Unis en tête. Car les seuls malades enregistrés ces dernières 24 heures viennent de l’étranger, d’Europe et des États-Unis. "L’inconscience des pays occidentaux qui ont tardé à prendre la mesure du danger en est la cause", écrit un éditorialiste chinois.

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L’aéroport international de Pékin a été transformé en quelques heures en gigantesque gare de triage. Depuis une semaine, plus d’un million et demi de personnes sont rentrées au pays avec dans leur bagages, parfois, le Covid-19. Des centaines de malades ont ainsi été identifiés dès leur arrivée en Chine, obligeant les autorités à mettre en place des mesures inédites de quarantaine forcée. "Nous sommes arrivés à Pékin et immédiatement nous avons été pris en charge par du personnel en tenue de protection blanche avec des masques. Nous avons été emmenés en bus dans un vaste bâtiment avant d’être séparés, mes enfants, mon mari et moi. On nous a annoncé que l’on serait isolé chacun dans une chambre pendant au moins 14 jours", explique une expatriée française de retour à Pékin.

Isolement total

Les mesures sont particulièrement sévères: isolement total avec obligation de prendre sa température deux fois par jour, trois repas servis devant la porte et interdiction formelle de sortir sous peine de trois années de prison. Ironie de l’histoire, la Chine ne recense plus de nouveaux cas mais elle subit le retour de ses expatriés, étudiants, touristes, qui reviennent en Chine, effrayés par la façon dont les pays européens font face à la pandémie. "Personne ne porte de masque en Europe, explique une jeune étudiante chinoise de retour à Pékin. On a l’impression que les gens ne prennent pas conscience de la gravité de la situation. En plus, on a peur de ne pas pouvoir être soigné normalement, alors mes parents m’ont demandé de rentrer. Même si je dois passer quelques semaines en isolement, on préfère être chez nous".

"Nous avons été emmenés en bus dans un vaste bâtiment avant d’être séparés, mes enfants, mon mari et moi. On nous annoncé que l’on serait isolé chacun dans une chambre pendant au moins 14 jours."
Une expatriée française

Cet afflux de voyageurs oblige Pékin à dérouter plusieurs vols vers les villes alentour comme Tianjin, et à mettre en place de vastes centres de quarantaine. La Chine fait aussi payer ses mesures de protection entre 60 et 100 euros par jour et par personne pour ce lit en quarantaine. Une façon certainement de dissuader les retours. Sur les réseaux sociaux, on rapporte aussi les cas de voyageurs turbulents, comme cette expatriée sino-australienne qui a voulu échapper à sa quarantaine pour aller faire son jogging et qui a été ramenée de force chez elle avant d’être licenciée par son employeur. Cette touriste chinoise aussi, de retour d’Italie, qui a voulu forcer la porte de sa chambre, mécontente de la nourriture, pas suffisamment à son goût.

A chaque fois, Pékin emploie la manière forte comme elle l’a fait depuis deux mois en confinant plusieurs centaines de millions de personnes pour éviter la propagation de l’épidémie. Cette méthode chinoise de confinement qui s’impose aujourd’hui en Europe semble avoir porté ses fruits mais le plus dur reste encore à faire: retrouver une vie normale sans provoquer un rebond de l’épidémie dans le pays.

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