Les hôteliers durement touchés par le coronavirus... comme au lendemain des attentats

Les hôteliers bruxellois voient, comme leurs collègues aux quatre coins de l'Europe, les annulations se succéder. ©Kristof Vadino

Les annulations des séminaires et congrès touchent de plein fouet les hôteliers, dont c'est le principal business en semaine. Mais les restaurants trinquent aussi. Le secteur à Bruxelles se remettait à peine de l'impact négatif des attentats de 2016. Il demande des mesures de soutien au politique.

Le secteur des hôtels et restaurants n'avait pas besoin de cette nouvelle crise. A Bruxelles, nombre d'exploitants se remettaient à peine des conséquences des attentats de 2016. L'impact actuel du coronavirus est toutefois pire pour les hôteliers que pour les restaurateurs.

On sait déjà, en voyant les réservations, que l'entièreté du mois de mars sera fortement affecté.
Philippe Trinne
Président de la Fédération Horeca Bruxelles

"Le secteur enregistre énormément d'annulations de réceptions et banquets en raison de la suppression des congrès et séminaires", souligne Philippe Trinne qui préside la Fédération Horeca Bruxelles. "Cela frappe en premier lieu les hôtels; les restaurants sont touchés aussi, mais moins. Et l'on sait déjà, en voyant les réservations, que l'entièreté du mois de mars sera fortement affecté. Ce n'est pas bon du tout! Dans ce contexte, annoncer qu'on risque d'avoir 850.000 Belges infectés est gratuit et néfaste!" Il fait allusion au président du syndicat des médecins Absym, qui a évalué dans Le Soir le risque à un total aussi élevé si l'on ne prend pas de mesures strictes.

Selon Philippe Trinne, la communication autour de l'épidémie de coronavirus a été trop négative jusqu'ici. On a exagéré les risques et accru de ce fait les répercussions pour l'économie. Il illustre la dimension irrationnelle de ces réactions en évoquant le cas des restaurants chinois et italiens en Belgique: les premiers ont vu leur chiffre d'affaires chuter de 30 à 50% dès le début de la crise il y a deux mois, sans rebond jusqu'ici, les seconds ont subi une forte baisse de fréquentation ces cinq derniers jours. "Sans aucune raison, sur la base de rumeurs sans fondement", dit-il.

Télétravail impossible

Les intentions de voyage sont partout revues à la baisse en Europe et dans le monde.
Marc Van Muylders
Président de la section Hébergements touristiques, Fédération Horeca Bruxelles

"Le phénomène dépasse largement Bruxelles et la Belgique", embraie Marc Van Muylders, qui préside la section Hébergements touristiques de la fédération. "Les intentions de voyage sont partout revues à la baisse en Europe et dans le monde. Et les grandes réunions, comme les foires ou les événements, sont annulées les unes après les autres. La grande question est de savoir combien de temps la menace liée au coronavirus va durer. Si elle dure un trimestre, l'impact sera grave."

"Contrairement à de larges pans du commerce et de l'industrie, poursuit-il, nos stocks sont périssables. On ne pourra jamais récupérer les ingrédients et les nuitées perdus. Et on ne peut pas faire de télétravail quand on cuisine ou qu'on sert les clients!"

Chômage économique

Nos entreprises se caractérisent par un faible niveau de fonds propres.
Marc Van Muylders
Président de la section Hébergements touristiques, Fédération Horeca Bruxelles

Durement touché par la mesure de "lockdown" qui avait suivi les attentats à Bruxelles en mars 2016, le secteur ne s'en est pas complètement remis aujourd'hui. "Nos entreprises se caractérisent par un faible niveau de fonds propres. Et leur coût principal est la main-d'oeuvre, qui en représente 40 à 45%, devant les frais fixes (loyers...), 20 à 25%. Autrement dit, si l'on perd 50% de son chiffre d'affaires, on glisse immédiatement dans le rouge."

Point positif, en revanche: si la menace disparaît, contrairement aux lendemains des attentats, la reprise pourrait être immédiate.

Tout en soulignant que l'horeca a déjà pris une série de mesures de type sanitaire, "car la santé de nos personnels et de nos clients prime". Van Muylders ajoute que le secteur négocie avec les autorités fédérales et régionales. Il leur demande d'emblée deux mesures d'accompagnement: un accès plus rapide au chômage économique et, sans doute plus délicat à obtenir, un mécanisme pour pouvoir plus vite faire indemniser le travailleur prié de rester chez lui par sa caisse d'assurance maladie plutôt que par son employeur. "Si l'employeur doit prendre à sa charge la première semaine ou le premier mois et que la mesure touche beaucoup de monde, cela va vite devenir très coûteux."

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