analyse

Les routiers face à la cacophonie européenne

Des files monstres ont pris naissance à la frontière entre l'Allemagne et la Pologne, le contrôle des voitures se répercutant sur le flux des camions. ©Photo News

Les camionneurs sont parfois bloqués aux frontières entre pays européens, alors qu'on a plus que jamais besoin d'eux pour approvisionner pharmacies, hôpitaux et magasins d'alimentation. En Belgique, la situation est sous contrôle. En France, ça grince. En Europe de l'Est, c'est pire...

Le transport de marchandises par route a vécu des moments difficiles ces dernières heures: files monstres à la frontière entre l'Allemagne et la Pologne, embouteillages sur la rocade portuaire à Calais vers le Royaume-Uni, difficultés aux portes de la Hongrie et de la Tchéquie... L'Europe de la route est-elle sur le point de se bloquer alors qu'on a plus que jamais besoin d'approvisionner les Etats en aliments et produits de soins?

"En Belgique et dans les pays voisins, on roule normalement."
Christophe Ravignat
secrétaire général, Groupe Jost

"En Belgique et dans les pays voisins, on roule normalement", relativise Christophe Ravignat, secrétaire général du groupe Jost, un des principaux transporteurs routiers en Belgique. "Il n'y a pas de souci en Allemagne, en France ou aux Pays-Bas. En Italie, l'accès est ouvert aux camions, mais les chauffeurs doivent être équipés d'un masque et de gants et doivent avoir quitté le territoire dans les 72 heures. La Hongrie, en revanche, a fermé puis rouvert ses frontières aux camions. La Tchéquie reste un point d'interrogation: ouverte ou fermée, cela change d'un jour à l'autre. Quant à la Roumanie, elle met les chauffeurs internationaux en quarantaine durant 14 jours!" Pas le meilleur moyen de faciliter les approvisionnements...

Chez Essers, un autre des principaux groupes belges de transport, on refuse de répondre à nos questions "parce que la situation en Europe évolue trop vite" et que les problèmes rencontrés çà ou là peuvent changer d'heure en heure. Ambiance.

France tâtillonne

"La plus grande partie de notre trafic se trouve en Belgique, développe Christophe Ravignat: on transporte surtout de l'alimentation vers les grandes surfaces. Et là, tout fonctionne sans problème." Ouf, c'est déjà ça.

"A leur entrée en France, les camionneurs doivent produire une attestation prouvant que leur déplacement est professionnel!"
Michaël Reul
secrétaire général, UPTR

A l'Union professionnelle des transporteurs routiers (UPTR), la fédération du secteur, le secrétaire général Michaël Reul pointe la France du doigt. "La France a décidé d'embêter tout le monde en exigeant de lapaperasserie supplémentaire à présenter aux frontières: les camionneurs doivent ainsi produire une attestation prouvant que leur déplacement est professionnel!" Chez Jost, on confirme et on ironise: "Comme si un 30 tonnes allait passer la frontière française pour aller y faire du tourisme..."

Une voie prioritaire?

L'UPTR déplore que les Etats européens prennent des mesures en sens divers, voire parfois contradictoires. "L'Union européenne est en déliquescence."Reste que la Commission vient de lancer l'idée de créer une voie prioritaire pour les camions. "C'est formidable! réagit Michaël Reul. On reconnaît enfin l'importance du transport par camion pour l'économie! Il faut une crise pour s'en rendre compte... Aux Pays-Bas, cela existe déjà; en Belgique, c'était impensable... jusqu'à aujourd'hui."

"On reconnaît enfin l'importance du transport par camion pour l'économie européenne! Il faut une crise pour s'en rendre compte..."
Michaël Reul
secrétaire général, UPTR

"Nous remplissons une mission de service public et nos chauffeurs vont au front", relève par ailleurs le secrétaire général de Jost (qui emploie 2.000 chauffeurs). Ils méritent en effet un coup de chapeau, au même titre que les secteurs des soins, la police, etc. Gauthier Morel, le directeur général de Stef Belgique, autre transporteur spécialisé dans l'alimentaire, propose d'ailleurs au gouvernement fédéral de créer une prime de solidarité exempte de charges, pour saluer l'effort fourni en ces temps troublés par les travailleurs des soins, de la distribution, de l'agro-alimentaire et du transport.

Reste qu'à l'instar de l'horeca, du commerce et de l'industrie, le transport routier est aussi lourdement impacté par la crise. "En dehors de l'alimentaire et des soins, tout le secteur routier est à l'arrêt", rappelle Michaël Reul. "Les dégâts seront énormes."

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