Macron et Merkel proposent un fonds de relance de 500 milliards

©Kay Nietfeld/dpa-Pool/dpa

L’Allemagne et la France chiffrent à 500 milliards d’euros le montant des emprunts à souscrire par l’Europe pour subsidier les secteurs et régions les plus durement frappés par la crise du Covid-19.

Sans accord franco-allemand, point d’avancée européenne. Paris et Berlin ont franchi lundi une étape majeure dans l'élaboration de la réponse à la crise économique du coronavirus en proposant la création d’un fonds européen de 500 milliards d’euros pour soutenir les secteurs et régions les plus marqués.

"Ces 500 milliards ne seront pas remboursés par ceux qui utiliseront cet argent."
Angela Merkel
Chancelière fédérale d'Allemagne

La Commission européenne planche déjà sur ce fonds demandé par le Conseil européen, mais n'a pas encore dévoilé le montant qu'elle envisage de proposer – elle espère faire valider le plan par les Vingt-Sept avant le mois de juillet. "Ces 500 milliards ne seront pas remboursés par ceux qui utiliseront cet argent", a précisé Angela Merkel: en portant le projet d’un endettement en commun des États membres au bénéfice de subsides – et non des prêts conditionnels –, la chancelière engage l’Allemagne dans une nouvelle approche de la solidarité européenne.

3.000 milliards en tout

Le compromis franco-allemand tente une synthèse entre les positions de pays du sud de l’Union qui plaident pour une solidarité beaucoup plus ambitieuse et de pays du nord rétifs à toute nouvelle forme de subsides. Elle est le résultat "d’échanges avec plusieurs de nos partenaires", a souligné Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse en ligne, citant l’Italie, l’Espagne, le Portugal et les Pays-Bas.

En autorisant la Commission européenne de lever 500 milliards d’euros sur les marchés, il s’agirait donc pour l’ensemble des États membres de l’Union de soutenir les régions et secteurs les plus touchés, à commencer par celui du tourisme. "C’est à la Commission européenne de faire une étude pour voir les secteurs et les pays les plus touchés. Cette analyse est en cours", a indiqué Angela Merkel, étant entendu que ce mécanisme d'aide serait strictement circonscrit dans le temps.

Le projet de plan de relance européen – que le président du Conseil européen, Charles Michel, a proposé de baptiser "plan De Gasperi", du nom du père fondateur italien de l’Union – doit être présenté avant la fin du mois par la Commission. Sa présidente, Ursula von der Leyen, avait déjà indiqué que le Fonds de relance serait entièrement canalisé au travers des programmes de l’Union.

En comptant les mesures d'urgence déjà validées par les grands argentiers européens, l'Union aura avec ce nouveau fonds injecté 1.000 milliards d’euros dans l'économie. Un chiffre qui s’ajoutera au budget européen des sept années qui viennent, le Cadre financier pluriannuel (CFP), pour lequel la Commission va présenter une nouvelle proposition visant à avancer les dépenses sur les premières années de la période. Si l’on ajoute les mesures d’urgence prises dans les États membres, "ça fait en tout à peu près 3.000 milliards d’euros" de réponse à la crise de la Covid-19, a souligné Angela Merkel.

L’Europe stratégique

"Cette Europe de la santé n’a jamais existé, elle doit devenir notre priorité."
Emmanuel Macron
Président de la République française

Outre cette approche commune de la relance européenne, Emmanuel Macron et Angela Merkel proposent dans leur "initiative" trois autres axes de réformes pour l'Union. Ils plaident pour des mesures européennes de "souveraineté sanitaire stratégique". Alors que l’UE n’a pour l’instant pas de compétence en la matière, l’intention est de constituer des stocks stratégiques communs de produits pharmaceutiques et médicaux, ou encore de développer les capacités de production de médicaments et les capacités de recherche médicale. "Cette Europe de la santé n’a jamais existé, elle doit devenir notre priorité", a plaidé Emmanuel Macron.

Paris et Berlin souhaitent encore accélérer le Pacte vert européen, en élaborant notamment pour chaque secteur une "feuille de route pour une reprise respectueuse de l'environnement", avec des objectifs chiffrés et conditionnalités "là où c'est nécessaire".

"Nous devons avoir le courage de créer des champions de niveau mondial."
Angela Merkel
Chancelière fédérale d'Allemagne

Paris et Berlin plaident enfin pour réduire la dépendance européenne à l'extérieur dans des secteurs stratégiques comme la production de médicaments. Ils appellent entre autres à revoir les règles des aides d’État, aujourd’hui tournées vers le consommateur plutôt que vers la concurrence internationale. "Nous devons avoir le courage de créer des champions de niveau mondial", a estimé la chancelière Merkel, alors que son partenaire français défendait le développement de projets industriels paneuropéens, comme celui en cours de développement sur les batteries.

La dernière grande initiative franco-allemande pour l’Union européenne, "la déclaration de Meseberg" de 2018, s’était soldée par de très faibles avancées concrètes. En reprenant l’initiative, Paris et Berlin exercent à nouveau leur rôle de "moteur" de l’Union européenne.

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